Le sonnet élisabéthain : Difficile politique !

Merci à mon amie poétesse Maria pour sa belle mise en page de mon sonnet !

 

Difficile politique !

 

Lorsque chacun aura dressé sa barricade
Le monde vivra-t-il enfin comme il se doit ?
On a du pain, du vin, quelle est cette toquade
Qui nous pousse à vouloir lever le petit doigt ?

Depuis la poule au pot de notre roi si brave,
Voilà que l’on devient beaucoup plus exigeants !
N’était-il pas plus sain de manger de la rave
En laissant les rôtis à tous nos dirigeants ?

Plutôt que de baver face à la grande élite,
Ayons l’esprit heureux en pensant que demain
Elle devra lutter contre la cellulite,
En cela nous aurons un bon point en commun !

En préférant le jeûne à toute politique,
Que j’aime m’enivrer de verve poétique !

Annie

Le sonnet marotique : Autre époque, autre temps !

Autre époque, autre temps !

Ne gagner que trois sous pour vaquer à l’ouvrage
Pendant que ces messieurs rêvent d’être rentiers,
Voilà comment l’on perd les plus jolis métiers
Exigeant savoir-faire et beaucoup de courage !

Jadis ne disait-on, labour et pâturage
Font de notre pays les meilleurs héritiers ?
Ceux-là cultivaient l’or loin des plus beaux quartiers
Où la valeur se fond dans le creux d’un mirage…

Aujourd’hui chacun veut le beurre et son argent,
Quant à la qualité n’est-il pas affligeant
De la voir se noyer dans une mer immonde ?

Ainsi va notre époque accélérant le temps,
Mais saurons-nous toujours ciseler les printemps
Si nous courons après l’hiver de notre monde ?

Annie

Le sonnet à rebours : Toi mon chat.

 

 

Tableau de mon ami poète Michel Doucet que je remercie du fond du cœur !

 

Toi mon chat !

 

Mais à quoi penses-tu figé dans ton silence ?
Tu feins de m’ignorer, si fier, comme un pacha !
T’en souviens-tu d’hier quand ton œil m’aguicha ?…

Mi-tigre, mi-copain, soignant ta nonchalance
Qu’attendais-tu de moi si ce n’est un câlin ?
De nous deux tu croyais être le plus malin !

En entrant dans ton jeu, j’ai freiné ma tendresse
Et toi, mine de rien, de tes pas gracieux,
Tu t’approchas plus près, l’œil révérencieux
Pour déguster déjà la future caresse…

J’ai suivi ton manège et ta fausse paresse
Lorsque soudainement, d’un bond audacieux
Tu visas mes genoux, un rien prétentieux,
Pour m’accorder enfin mon titre de maîtresse !

Annie

Le sonnet polaire : Mystérieuse nuit.

Merci Annick pour ce clin d’œil à mon poème !

 

http://jardin-des-mots.eklablog.com/clin-de-lune-a153302700

 

 

Mystérieuse nuit

Le jour baisse les yeux, la nuit entre en prière,
Hélios a sombré dans un sommeil divin,
L’étoile du Berger n’éclaire pas en vain,
La douce Séléné baigne dans sa lumière

Toute une humanité qui traîne son chaînon.
C’est l’heure où chaque bruit fait taire son canon ;
Le silence est gourmand de rêve et de mystère…

Chaque ombre qui se meut précipite le pas,
Le noir à la raison lance son serpentaire
Pour échapper plus vite au curieux trépas.

Bienheureux est celui qui dort dans sa chaumière !
Sous la voûte des cieux le pauvre en son ravin
Élude la question, la noyant dans son vin :
De l’ange ou du démon, qui ferme la paupière ?

Annie

 

 

Le sonnet irrégulier : Lune.

Superbe photo de lune By Marie que je remercie du fond du cœur !

 

 

Lune

Hier soir, je l’ai vue accrochée aux étoiles,
Ronde comme une pomme à croquer sous la dent
Ou comme un médaillon dans un désir ardent
De faire étinceler tout son or sur les toiles…

Carrosse sans cocher sur la sente du temps,
Chariot sans les bœufs qui voudrait sur la terre
Labourer son reflet mais garder son mystère,
Elle a versé sur moi le miel de ses instants…

Je me suis attardée en ce doux bain de lune,
Pataugeant de plaisir ainsi qu’un poisson-lune
Fait mousser l’océan pour nager de bonheur…

Alors j’ai refermé doucement mes paupières
Et tout en me posant sur un rêve flâneur,
J’ai pensé, cette fois, j’ai bien dit mes prières !

Annie

Poésie libérée : Voyage sans retour.

Photo de mon ami Géard Méry.

http://photoplap.eklablog.com/

La valise est fin prête, elle attend cette histoire
Qui n’en finira pas de hanter ma raison.
Tout seul au fond d’un lit repose mon doux père
Dont le souffle ténu s’accroche encore un peu.
Ah que la route est longue et que le ciel est bleu !

Mais je n’ai qu’un seul but, atteindre l’horizon,
Je crains d’être en retard, j’invente des prières,
Les regrets, les espoirs, la peur et la souffrance
Forment un bataillon qui dévore l’esprit.
Ah que la route est longue et que le ciel est bleu !

La petite maison n’a déjà plus qu’une âme
Qui s’attache à mes pas, pour une fois docile,
N’ayant plus d’autre choix que d’attendre en silence
Qu’on nous laisse le voir timide et malheureux.
Ah que la route est longue et que le ciel est bleu !

Voici donc l’hôpital et ses murs en béton !
Mon cœur cogne plus fort, je marche en automate,
Enfin je vais pouvoir l’embrasser, le chérir,
Lui dire mon amour, lui faire mes adieux.
Je reconnais mes fleurs mais la chambre est si vide…

Que la route était longue et que le ciel est noir !

Annie

La terza-rima : Le vieil arbre.

Le vieil arbre

Je suis l’arbre qui meurt sous des chagrins d’automne,
Vous le pensez sans doute à me voir si chenu !
A chaque nouvel an je tremble et m’en étonne…

Dans la forêt, l’été, si joliment charnu,
J’accueillais passereaux, pigeons et tourterelles
Qui trouvaient dans mes bras le gîte et le menu.

J’ai couvé tant de nids et de feintes querelles,
Puis-je enfin m’endormir sans remords ni regrets,
Tandis que vous pliez vos chapeaux, vos ombrelles ?

Puisque pour vous mon bois a toujours ses attraits ,
Plutôt que de gémir comme un cœur qui s’afflige,
Ne quittez pas des yeux les monts et les guérets !

Vous y verrez bientôt l’hiver qui se néglige,
Oubliant de poudrer ma neuve frondaison,
Et la ronde des fleurs que le printemps collige…

Vous m’aimerez alors plus fort que la raison,
Car je suis comme vous, je vis de mes racines,
Mais je reste attentif aux voix de l’horizon

Qui me bercent le soir de leurs douces buccines.

Annie

Le sonnet à rebours : Anniversaire.

 

Anniversaire

N’es-tu donc plus qu’un souvenir,
Un simple nom sur une plaque,
Un océan devenu flaque

Ne reflétant pas d’avenir ?
Peut-on parler d’anniversaire
Quand de chagrin le cœur se serre ?

Pour toi je cueillerai la fleur,
Qui sur la fibre paternelle,
Laisse venir la coccinelle
Pour y déposer sa couleur.

Je sécherai mon dernier pleur
Pour lui chanter ma ritournelle,
Et si le bon Dieu la rappelle
Oh qu’elle emporte ma douleur !

Annie

Le sonnet curtal : Quand naît la nuit.

Quand naît la nuit

A l’heure où le corbeau fait taire sa disgrâce,
Le joyeux rossignol reprend son doux refrain ;
Toutes les fleurs dehors s’endorment avec grâce.

Dans un soupir, le jour que la lune embarrasse,
Recule devant Nyx dont l’éclat purpurin
Colore l’horizon que mon regard embrasse.

Dans l’océan du ciel voguent tous les secrets,
Que la terre endormie, en murmures discrets,
Confie à chaque étoile.

Quand l’ombre se fiance au silence soudain,
Il est temps d’attraper le songe du jardin
Pour enrichir ma toile…

Annie

Écho à Annie : Dans l’armoire d’antan par Roger Massé.

Merci à mon ami poète, très talentueux,  Roger Massé pour avoir écrit à ma demande un poème en écho à mon rondel  !

Dans l’armoire d’antan

Dans l’armoire d’antan
Aux entrelacs des jours
Il y a des reliques
Devenues inutiles
Des serments végétant
Des jamais des toujours
Des aveux des suppliques
Des phrases volatiles

Dans l’armoire d’antan
Il y a dispersées
Des photos racornies
Pigmentées de sépia
Des moments envoûtants
Des secrets à percer
Du doute qui fournit
De l’ombre à l’immédiat

Dans l’armoire d’antan
Demeurent calfeutrés
Des émois suspendus
Des sensations en friche
Des fragments de printemps
Des empreintes feutrées
Des paradis perdus
Dont le présent s’entiche

Dans l’armoire d’antan
Il y a des habits
Il y a des parures
Qui recouvrent des tares
Il y a du clinquant
Qui cache des phobies
Masque des déchirures
Sous forme d’avatar

Dans l’armoire d’antan
Il y a des tiroirs
Des classeurs des valises
Gorgés de souvenirs
Tronqués à chaque instant
De flous et de trous noirs
D’un passé qui s’enlise
Ignorant l’avenir

Dans l’armoire d’antan
Il y a des racines
Il y a des visages
À nos fibres liés
Des moments éclatants
De vie qui nous fascinent
En ouvrant des passages

Roger Massé