Le pantoum : Mes richesses.

 

reflets

 

Mes richesses

Je n’aime plus les cathédrales
Elles sont faites pour les rois !
Le vent préfère les chorales
Au pied des plus modestes croix.

Elles sont faites pour les rois
Toutes les richesses du monde ;
Au pied des plus modestes croix
On voit de l’or couler dans l’onde.

Toutes les richesses du monde
Je les récolte pas à pas ;
On voit de l’or couler dans l’onde,
L’azur a de si beaux appas !

Je les récolte pas à pas
Les diamants de ma fortune !
L’azur a de si beaux appas :
– Reflets d’argent ou clair de lune ! –

Les diamants de ma fortune
Je les devine au fil des eaux !
Reflets d’argent ou clair de lune,
Cueillez la paix dans les roseaux !

Je les devine au fil des eaux
Chantres des bois et pastourelles…
Cueillez la paix dans les roseaux
Chantez, dansez, les tourterelles !

Chantres des bois et pastourelles
Brillent au cœur de tes doux yeux.
Chantez, dansez, les tourterelles
Quand mon regard chérit les cieux !

Brillent au cœur de tes doux yeux
Mes rêves d’amours pastorales,
Quand mon regard chérit les cieux,
Je n’aime plus les cathédrales !

Annie

Le sonnet irrégulier : Quand l’homme devient monstre.

dame

Tableau de mon amie Christiana,  je vous conseille de visiter son blog car son talent est sans pareil.

 

Quand l’homme devient monstre

Comment avez-vous pu, vous, monstres sans pitié,
En plus de nos soldats, vous attaquer aux femmes?
Je n’oserai citer les paroles infâmes
Qu’alors vous leur crachiez de votre inimitié.

Ils étaient donc si loin les bras de votre mère
Quand vous forciez leurs corps à vivre l’impudeur?
En mutilant leurs seins, vous calmiez votre ardeur
En buvant au pouvoir de cette ivresse amère.

Elles ont tant lutté, s’accrochant aux barreaux,
Au nom de Liberté, pour trouver le courage
De taire leurs secrets en face des bourreaux !

J’ai lu l’atroce hier mais aujourd’hui j’enrage,
Nous traitons de la guerre en termes masculins,
De sa féminité nous sommes orphelins.

Annie

La Rotrouenge : Les bruits de la maison.

gite

Je précise que je ne suis pas chez moi  !

 

Les bruits de la maison

Lorsque le jour se lève, il me plaît d’écouter
Les bruits de la maison qui bâille et se réveille.
Au loin, le chant d’un coq me berce et m’émerveille,
Je souris à cette aube aimant se velouter
Sur un rayon de lune.

L’horloge et son tic-tac que je n’entendais plus,
A nouveau battent fort comme un cœur qui palpite…
Le froufrou de la nuit que la clarté dépite
S’échappe à pas feutrés, en frôlant un talus
Endormi sous la lune.

Le café qui s’égoutte au suave parfum,
Ou le pain qui croustille, en croquant dans sa tranche,
Permettent d’oublier le noir qui se retranche ;
J’ouvre alors grand les yeux, en apaisant ma faim
D’un chaud croissant de lune.

Le vent dans mes volets fait glisser sa chanson,
Accompagné parfois du cri d’une crécelle
Qu’imite en gémissant ma vieille balancelle,
Pour réclamer enfin la modeste rançon
D’un doux morceau de lune.

L’église du village annonce le matin ;
Un meuble, en s’étirant, fait grincer sa jointure ;
Et les oiseaux du ciel, retrouvant ma toiture,
S’égosillant ensemble en un timbre argentin,
Saluent alors la lune…

Annie

La terza rima : Rue gourmande.

 

 

 

place

Rue gourmande

J’aimerais au balcon de la lune m’asseoir,
Pour retrouver la rue où je vécus l’enfance
Entre l’aube rieuse et son voile du soir.

Nous l’empruntions à pied, sans craindre aucune offense,
Pour aller à l’école en se donnant la main,
Concédant aux parents leur dernière défense !

Les pavés des trottoirs, aux senteurs de cumin,
Avaient tous les jeudis comme un goût des brioches
Dont on gardait la tête, offerte au lendemain !

L’épicerie ouvrait sur un rire de cloches,
Quand nous passions sa porte avec timidité
Pour échanger trois sous qui démangeaient nos poches…

La magie opérait quand la publicité
Agitait sous nos yeux le serpent de réglisse
Enroulé sur lui-même et notre avidité !

Le manège du temps, sur un air de malice,
Fait-il encor danser les doux chevaux de bois
Et ce nouvel oiseau si fier de son hélice ?

Hélas, je ne sais plus, dans ce monde aux abois,
Si l’enfant de nos jours pour un cornet de glace
Ose se rendre seul écouter le hautbois

Du platane géant de mon ancienne place…

Annie

Le sonnet français : Automne gourmand.

caly-automne

Automne gourmand

L’automne ce matin décoiffe mon jardin,
Ébouriffant mes fleurs sans respect pour la rose ;
En triste condamnée, elle en devient morose
Sous l’haleine d’un vent lui soufflant son dédain.

Le sablier du temps, en se vidant soudain
Laisse couler ses grains, sans craindre la névrose
De la belle aux abois que la détresse arrose,
La nouvelle saison prépare son gourdin.

Le festin terminé, restent des friandises :
Berlingots de rhubarbe ou d’autres gourmandises,
Mille feuilles volant tout autour de mon banc.

Comme barbe à papa le nuage menace,
Annonçant que bientôt viendra le vieux forban
Qui malgré sa blancheur, sera le plus tenace !

Annie

La bandollière : Le rouge-gorge.

rouge-gorge

Aquarelle de Marie-Luce

Le rouge-gorge

Couleur de l’automne, il est revenu
Comme le gamin courant chez sa mère
Quand la liberté redevient amère,
Couleur de l’automne, il est revenu.

Couleur de l’automne, il n’attend plus rien
Pour sa gorge rouge et sa douce plume
Si ce n’est l’espoir que ma main rallume,
Couleur de l’automne, il n’attend plus rien.

Couleur de l’automne, il est bien poli,
En manteau de feu sur la neige blanche
Quand l’hiver venu porte sa palanche,
Couleur de l’automne, il est bien poli !

Annie

Le rondel : Pour concocter un fin rondel !

vendanges

Huile sur toile d’Yvette ma maman

En écho à  Annick !

Pour concocter un fin rondel !

Pour concocter un fin rondel,
Saisir une tranche de vie,
Et pour en attiser l’envie,
Ne pas en oublier le sel…

Remplir ses vers de l’hydromel,
La bonne rime en est ravie.
Pour concocter un fin rondel,
Saisir une tranche de vie.

En terminant ce doux cocktail,
La muse alors bien assouvie,
Voudra qu’à table l’on convie
Son adorable ménestrel,
Pour concocter un fin rondel !

Annie

Le sonnet espagnol : Au lit !

chambre

Au lit !

Qu’ils étaient bons tous ces dimanches,
Quand les enfants venaient au lit
Se blottir entre nos deux manches,
Poser leur cœur de pissenlit,

Pour le remplir en avalanches
Des chauds baisers de leur délit
Que commettaient nos deux « Comanches »
Prenant d’assaut notre châlit !

Parfois le chien pour la caresse
Venait aussi pointer son nez ;
Sur le plateau de la tendresse,

Nous devenions leurs mutinés,
Ils secouaient notre paresse
Se sachant déjà pardonnés !

Annie