Le sonnet pétrarquien : La rumeur.

Je dédie ce sonnet à mon amie Marie qui a également écrit sur le sujet !

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La rumeur

Mon Dieu combien je hais la rumeur d’un village
Qui ne sait pourtant rien d’un passé, d’un demain ;
En pauvre mendigote elle vous tend la main
Quand vous tournez le dos, voyez le déballage !

La commère se plaît devant son étalage
Où vous ne trouverez ni roses ni jasmin
Mais toute une misère arrachée à l’humain
Dont la naïveté force le persiflage…

Gardez par devers-vous vos précieux coffrets
Et ne les ouvrez pas un jour de grand orage,
Elle se nourrirait de vos moindres secrets…

Sur l’écharpe d’un vent, complice de l’ouvrage,
Broderait vos propos même les plus discrets
Les offrant en pâture à tout son entourage !

Annie

Le sonnet français : Prémices du printemps.

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Prémices du printemps

Les pruniers sont en fleurs, vive le temps qui passe !
Il ramène les nids et les plus doux minois,
Si parfois il se veut un tant soit peu sournois,
C’est qu’il porte le deuil de l’hiver qui trépasse…

A chacune saison son petit brin d’espace !
L’une y fond tout son or, l’autre un denier tournois,
Mais la grande gagnante au plus fort des tournois
Est celle de l’espoir ôtant sa carapace !

La nature endormie ouvre enfin grand les yeux ;
Dans un dernier frisson, ses doigts industrieux
Reprennent le tricot des nouvelles semailles.

Riches sont les ajoncs de leur jaune éclatant,
Ils incendient les prés où broutent les aumailles ;
Mon regard ébloui devient papillotant !

Annie

Le Madrigal : A ma rose trémière !

Roses trémières

Je dédie ce madrigal à mon amie Marie en écho à son poème qu’elle a écrit à ma demande sur la rose trémière… Merci Marie !

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A ma rose trémière !

Ma chère mais pourquoi m’avoir tant fait attendre ?
Durant l’été passé je m’étais faite tendre
En choisissant pour vous l’endroit le plus charmant.

J’y surveillais de près la limace gourmande
Ou l’escargot friand venu passer commande
De vos doigts de velours gantés coquettement.

Ô ma rose trémière enfin je vous découvre
Même si le pinceau ne vous conduit au Louvre,
Sachez que mon regard vaut celui d’un amant !

Annie

Le pantoum : Mes richesses !

 

 

cathedrale 

Mes richesses

Je n’aime plus les cathédrales
Elles sont faites pour les rois !
Le vent préfère les chorales
Au pied des plus modestes croix.

Elles sont faites pour les rois
Toutes les richesses du monde ;
Au pied des plus modestes croix
On voit de l’or couler dans l’onde.

Toutes les richesses du monde
Je les récolte pas à pas ;
On voit de l’or couler dans l’onde,
L’azur a de si beaux appas !

Je les récolte pas à pas
Les diamants de ma fortune ;
L’azur a de si beaux appas :
-Reflets d’argent ou clair de lune !-

Les diamants de ma fortune
Brillent au cœur de tes doux yeux ;
Reflets d’argent ou clair de lune,
Il n’est rien de plus précieux !

Brillent au cœur de tes doux yeux
Mes rêves d’amours pastorales ;
Si mon regard chérit les cieux,
Je n’aime plus les cathédrales !

Annie

Le sonnet à échos : Xynthia.

 

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Xynthia

 Ce fut une nuit folle et je ne vis l’enfer
Mais je le pressentis quand hurlait la tempête ;
Mieux vaut le chant du coq qu’un réveil en trompette
Ouvrant tout grand la porte au sombre Lucifer…

Puis ce fut l’épouvante et son cheval de fer
Galopant sur les rails d’une côte endormie
Dont le rêve était loin d’une telle infamie,
Ouvrant tout grand la porte au sombre Lucifer…

L’océan devenu terrible brise-fer
Pénétra les maisons comme une bête immonde
Chacun cria : «  Mon Dieu ! mais c’est la fin du monde
Ouvrant tout grand la porte au sombre Lucifer ! »

Ce fut une nuit folle et je ne vis l’enfer
Ouvrant tout grand la porte au sombre Lucifer…

Annie

Le sonnet français : Réveil de la banquise.

 

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Réveil de la banquise

Dans l’univers obscur d’un monde en somnolence,
Une fausse pudeur accroche à l’horizon
Le voile délicat de la blanche saison
Attentive au plaisir d’écouter le silence.

Le printemps revenu brise la nonchalance
D’un vieux morse tombant en douce pâmoison,
Devant l’immensité qui rouvre la cloison
D’un souvenir bien vague et de sa turbulence…

Maintenant que s’enfuit la douceur d’un regard,
Le miroir de la lune affiche un air hagard
Avant d’émietter des morceaux de banquise.

Au chant de la licorne, un ange de la mer
Éclaire les bas-fonds d’une lumière exquise
Refoulant l’avenir qui se voulait amer !

Annie

« La sonate oubliée » par mon amie Christiana Moreau.

J’ai le grand plaisir de vous présenter le roman de mon amie Christiana et quel roman ! C’est en tant que lectrice assidue depuis l’enfance que je vous le recommande. Il est Impossible d’être déçu !

Christiana Moreau, artiste peintre, sculptrice, auteure

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La sonate oubliée de Christiana Moreau publié aux Éditions Préludes.

J’ai appris à connaître Christiana Moreau par le biais de nos blogs respectifs. La découverte fut surprenante tant au niveau de la qualité de ses articles sortant des sentiers battus qu’à celui de la personnalité attachante de cette talentueuse artiste.

Je ne peux qu’applaudir à la parution de « La sonate oubliée » tant le travail d’écriture atteint ici la perfection. Christiana possède un tel don pour se fondre dans la peau de ses personnages que l’on en oublie parfois la fiction. Férue d’art et de beauté, elle possède cette qualité rare de pouvoir instruire un très large public sans jamais ennuyer.

Ce roman parfaitement ciselé nous fait voyager entre deux époques, celle de Lionella, jeune violoncelliste se préparant au fameux concours Arpèges, celle d’Ada, élève orpheline du célèbre Antonio Vivaldi en plein Venise du XVIIIème siècle. Deux destins racontés en parallèle, deux formes de langage, l’un adapté à notre époque moderne, l’autre qui sied parfaitement au statut de jeune fille élevée dans la sévérité d’un orphelinat.

Que d’habileté pour avoir su conter les deux épopées en intercalant chaque phase de l’aventure de Lionella entre les pages du journal manuscrit dans lequel Ada dévoile son existence peu ordinaire, partagée entre ses rêves inassouvis et sa passion pour la belle musique classique… Impossible de s’y perdre, Christiana jongle avec les époques de main de maître. Ici tout est clair et tout est satiné ! Et que de finesse également pour avoir lié de manière ô combien poétique le destin de ses deux héroïnes violoncellistes hors pair !

J’ai eu la chance, à l’occasion de l’une de ses expositions de sculptures, de rencontrer Christiana qui fut tout à la fois mon guide dans Seraing et mon hôtesse à l’élégante et douce simplicité. J’apprécie par conséquent d’autant plus la précision avec laquelle elle décrit sa ville. Quant à Venise, comment ne pas succomber à sa magie qui renaît au fil des pages et se termine en apothéose pour la plus grande joie des inconditionnels d’excellents romans d’amour !

Merci par conséquent à Christiana d’avoir sorti de son imagination cette sonate oubliée ( dont je ne dévoilerai surtout pas le mystère !) qui fera vibrer encore longtemps tous les violoncelles d’hier et d’aujourd’hui !

Annie Poirier

Le maillet : J’accuse !

regard

BLOG EN PAUSE

J’accuse !

A tous ces petits mots que mon esprit emporte,
J’accuse le chagrin d’avoir fermé la porte
Pour Dame poésie, espérant au matin
Un costume de brume et de fleurs de satin,
Un manteau d’alpaga durant la saison morte.

Voyez-les qui trépignent ainsi qu’une cohorte !
A tous ces petits mots que mon esprit emporte,
J’aimerais bien encore offrir un doux sonnet
Au parfum de bonheur et chants de sansonnet,
J’en implore Érato, je veux qu’elle m’exhorte !

Faut-il donc désormais sur mon triste cahier,
Que ma discrète plume écrive un plaidoyer
A tous ces petits mots que mon esprit emporte ?
De pauvres vers tenus faudra-t-il que j’avorte
Et que ma page blanche embrase mon foyer ?

J’en appelle Apollon et même Jupiter,
En me voyant prier, l’on dirait un pater
Que je récite afin que l’on me réconforte,
A tous ces petits mots que mon esprit emporte,
Je promets un refrain aussi beau que l’éther…

Je dois me raisonner, il me faut rester forte,
Ne pas tout bousculer, exiger de la sorte !
Mais avoir sous la main, quelque rime, un quatrain,
Même un simple tercet, redonnerait l’entrain
A tous ces petits mots que mon esprit emporte !

Annie

Le sonnet irrationnel : J’aurais tant voulu…

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BON ANNIVERSAIRE FANNY !

J’aurais tant voulu…

J’ai prêté mon regard à tes yeux endormis
Espérant que d’en haut, cela te soit permis,
Parmi les spectateurs, d’asseoir un peu ton âme…

Cette petite fille, oh, la vois-tu danser,

Interpréter Chimène et manier la lame
Contre de faux bandits, en gestes gracieux
A tel point qu’une étoile a déserté les cieux
Pour voler au public la braise d’une flamme ?

Je veux que ce soit toi qui la fasses danser,

Que ton ombre s’invite en la voyant valser
Taper fort des talons en robe de gitane
Afin qu’un flamenco puisse enfin commencer !
C’est là, que doucement, tu pourrais t’éclipser
Pour déposer l’amour au
cœur d’une sultane…

Annie

Le sonnet français : A mes anciens volets !

maison

A mes anciens volets !

Je ne me penche plus le soir à la fenêtre
Pour clore les volets à la face des cieux ;
Combien j’aimais pourtant cet instant précieux :
-L’attente d’un troupeau d’étoiles à renaître !- 

Seul un bouton suffit à combler mon bien-être !
Mais mon esprit frondeur, un rien suspicieux,
Ne pouvant plus fleurer le temps facétieux,
Toujours aussi têtu, peine à le reconnaître !

Sans doute ai-je oublié la rigueur des hivers
Quand la Muse frileuse à m’offrir quelques vers
Me servait d’alibi pour oublier ma porte !

Mes persiennes du coup, se languissaient souvent
Quand ma main refusant le plaisir qu’elle apporte
Ne leur ouvrait les yeux sur la force du vent !

Annie