Le sonnet à échos : Transhumance.

BLOG EN PAUSE

 moutons du Causse

Transhumance

Écoutez les bergers retournant au village,
Écoutez-les chanter ramenant le troupeau,
Finir la transhumance et jouer du pipeau !
Pour retrouver la plaine ont quitté le nuage.

Admirez la marée éternelle et sans âge
Des gentilles brebis au doux manteaux laineux,
– Effluves de senteurs des buissons épineux –
Pour retrouver la plaine ont quitté le nuage.

Pâtres de l’ancien temps et même davantage,
Après leur longue marche ils ont bien mérité
De se rendre à la fête en marge de l’été ;
Pour retrouver la plaine ont quitté le nuage.

Écoutez les bergers retournant au village,
Pour retrouver la plaine ont quitté le nuage.

Annie

Le sonnet français : Paroles de Roi.

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Paroles de Roi

Comme un discours de Roi qui se traîne en babouches
La peur se réfugie au fond d’un coffre-fort
Et ne pointe son nez qu’au prix d’un gros effort
Pour en tirer les vers sortis de mille bouches.

Le flot d’une parole inondant les embouches
Fait taire le silence, en mal de réconfort,
De l’être malmené dans l’ombre d’un vieux fort
N’ayant pour seul atout que l’or des croquembouches…

La dame a son valet, le cœur a ses raisons,
L’un n’allant pas sans l’autre, aux tristes oraisons
Le destin qui délire espère un autre prince.

L’homme qu’il a choisi sur son chemin de croix,
Ne pouvant accepter que la couronne grince,
Sort de sa cage enfin dans un éclat de voix !

Annie

Le sonnet français : L’infidèle.

 plume

L’infidèle

J’ai beau crier au loup, je dois être vilaine !
Muse, tu ne viens plus me tenir le crachoir !
Vais-je devoir nouer le verbe et le mouchoir
Puis pleurer tout mon saoul comme une Madeleine ?

La mode est au blason, t’appeler châtelaine
Serait-il de bon goût, si je ne veux déchoir,
Pour te revoir ma belle en haut de mon perchoir
Où je ravaude en vain de tristes bas de laine ?

Car mes vers désormais sont bien peu reluisants ;
Finiront-ils bientôt chez les agonisants
Et quant à moi c’est sûr avec un bonnet d’âne ?

Mais puisque j’en suis là, ne voyant rien venir,
Je vais faire le point avant que d’en finir,
Tant pis si Poésie au gibet me condamne !…

Annie

Le sonnet à kirielle : Richesse.

Terrasse Annie 2 

Richesse

Je possède bien peu, si ce n’est ma maison,
Point de bateau de luxe ou de cheval de course
Et je n’ai nul besoin de surveiller la Bourse ;
Seul me suffit cet or qui brille à l’horizon !

Mais j’allais oublier la riche frondaison
Qui parfois du jardin fait déborder sa bourse
M’obligeant à sévir, trop grande est sa ressource !
Seul me suffit cet or qui brille à l’horizon !

Des lingots de secrets pendent à ma fenêtre
Vêtus de leur dentelle au parfum de bien-être ;
Seul me suffit cet or qui brille à l’horizon !

Et sous mon paillasson les clefs de l’habitude
Ouvrent tous les coffrets de cette quiétude ;
Seul me suffit cet or qui brille à l’horizon !

Annie

Le sonnet français : Larmes de l’infini.

 

Un nouveau style pour moi ! J’ai proposé à mon ami de plume de grand talent, Francis Etienne Sicard , d’écrire à la suite de mon premier quatrain et je le remercie du fond du cœur d’avoir accepté ce jeu d’écriture à quatre mains.

Ile d'Yeu 

Larmes de l’infini

Dans l’océan bleuté d’un songe sans histoire
Une étoile en filant déchire l’horizon,
Et s’échappe aussitôt de la chaude prison
Le secret bien gardé d’un ancien purgatoire.

Des flammes de saphir tirent d’une écritoire
Des rubans d’aubépine où se mêle un tison
Comme une perle en or dont le puissant poison
Endort l’ombre étouffée au fond d’un oratoire.

Les larmes de la nuit s’accrochent au hasard
Telles des gouttes d’eau que gèle le blizzard
Pour accomplir le vœu des âmes en partance.

De farouches lueurs éclatent dans le ciel
Et vidant le destin de son inconsistance
Nappent l’infinité d’une couleur de miel.

Annie et Francis Etienne Sicard

Le sonnet à échos : Jour de canicule.

 

Papillon

Jour de canicule

Les oiseaux se sont tus, l’air est chaud et pesant,
Seuls les blancs papillons font tourner leur manège ;
Mon regard qui les suit a réveillé la neige,
J’ajoute deux flocons à mon rêve plaisant…

Ne plus penser à rien qu’à ce ballet grisant,
Le spectacle est gratuit, la nuit veut sa chandelle
Et marche à pas de loup derrière une hirondelle ;
J’ajoute deux flocons à mon rêve plaisant…

Un semblant de fraîcheur tout en chemin faisant
Ranime du jardin chuchotis et murmures ;
Pour profiter encor des secrets des ramures,
J’ajoute deux flocons à mon rêve plaisant…

Les oiseaux se sont tus, l’air est chaud et pesant,
J’ajoute deux flocons à mon rêve plaisant !

Annie

Le sonnet à échos : Le festin.

 Crayon

Le festin

Mais que font donc ces gens tous assis à leur table ?
Une plume à la main voyez-les griffonner
Ou bien même certains en train de chantonner,
Ont-ils l’esprit en fête et le cœur charitable ?

Oh le menu me plaît, il est fort délectable,
Oserai-je me joindre à tous ces érudits,
Proposer de mon cru quelques vers inédits?
Ont-ils l’esprit en fête et le cœur charitable ?

Ma besace est bien plate et pour être acceptable
Ma muse je t’en prie, il me manque un quatrain
Pour ajouter au mets mon modeste refrain !
Ont-ils l’esprit en fête et le cœur charitable ?

Mais que font donc ces gens tous assis à leur table ?
Ont-ils l’esprit en fête et le cœur charitable ?…

Annie

Le sonnet français : Senteurs estivales.

 deux roses

 

Senteurs estivales

Un parfum s’est glissé dans les plis d’un regret,
Celui d’une campagne à l’heure où l’aube rose
Caresse les blés mûrs avant le couperet
D’un soleil si brûlant que lui-même en explose !

J’ai vu le vrai bonheur courir dans le guéret,
Une nuit l’a surpris blotti dans une rose
Afin de s’enivrer de l’odeur d’un secret,
Celui de chaque fleur bien avant qu’elle éclose…

Effluves de brugnons, de melons de coteaux,
Gourmands, se sont posés sur l’immense plateau
D’une riche nature experte en aromates.

Au jardin de mon cœur fleurit encor le thym,
Tandis que le piment fait rougir les tomates,
Il est tellement fort ce piquant plaisantin !

Annie

Le sonnet marotique : Injustice !

 pigeons tilleul Annie

 

Injustice!

Mais que racontent-ils ces oiseaux dans mon chêne,
Crient-ils à l’injustice, à ce monde assassin ?
S’égosillant ensemble, on dirait un essaim
Troublé dans son rucher qui protège sa reine…

L’affaire est d’importance, il faut briser la chaîne
D’un silence coupable et sonner le tocsin ;
Le peuple est fatigué d’avoir le tracassin
En vain se demandant, qui sera la prochaine ?

«Mes petits sont au nid, je dois veiller au grain,
Respectez, s’il vous plaît, mon terrible chagrin,
Hurler ne sert à rien, battez donc la campagne !

Le monde est ainsi fait, de vautours, de félins,
Discuter sans agir en vous croyant malins,
Ne me rendra jamais ma fragile compagne !»

                                                                      Annie

Le sonnet pétrarquien : Doubles racines.

 Toile maman

Huile sur toile de ma maman

 

Doubles racines

J’ai l’âme d’une celte et le cœur provençal ;
Dès lors, mon rêve flotte, emporté par la vague
D’un souvenir ancré dans un monde abyssal,
Implorant un soleil tandis que l’esprit vague.

Du coup ce double choix semble paradoxal ;
Oh non, il ne l’est pas ! Voilà que je divague…
De mon passé lointain, il n’est que le vassal
Qui d’un côté s’alarme et de l’autre extravague !

J’aime la farandole et le gai tambourin,
Le souffle du mistral décoiffant le platane
Avant qu’il ne s’endorme au creux d’un romarin…

Mais d’un pays breton, j’ai gardé la soutane
Habillant le mystère et le chant du marin
Faisant toujours couler les larmes de Sainte Anne.

Annie