Le sonnet lozérien : A qui la faute ?

Un grand MERCI à mon amie Tyna pour cette mise en page !

 

A qui la faute ?

Hier j’avais vingt ans, mais triste et solitaire,
Je comptais peu d’amis.
Quand souffrent les parents, rire n’est plus permis.
On ne peut que se taire.

J’étais, sans le vouloir, celle dont le mystère
Ne retient les promis.
Ainsi je crus longtemps, et je l’avais admis,
Rester célibataire !

Mais un jour j’ai lâché pour de bon ce tamis *
Dont j’étais tributaire,
Pour vivre mes printemps, la douceur des semis.

Adieu la vie austère !
Et si j’ai soulevé deux ou trois tsunamis,
C’est la faute à Voltaire !

Annie

 

Tamis : Dans le sens, attribut de chasteté

Le Maillet : J’accuse !

J’accuse!

A tous ces petits mots que mon esprit emporte,
J’accuse le chagrin d’avoir fermé la porte
Pour dame poésie, espérant au matin
Un costume de brume et de fleurs de satin,
Un manteau d’alpaga durant la saison morte.

Voyez-les qui trépignent ainsi qu’une cohorte !
A tous ces petits mots que mon esprit emporte,
J’aimerais bien encore offrir un doux sonnet
Au parfum de bonheur et chants de sansonnet,
J’en implore Érato, je veux qu’elle m’exhorte !

Faut-il donc désormais sur mon triste cahier
Que ma discrète plume écrive un plaidoyer
A tous ces petits mots que mon esprit emporte ?
De pauvres vers tenus faudra-t-il que j’avorte
Et que ma page blanche embrase mon foyer ?

J’en appelle Apollon et même Jupiter ;
En me voyant prier, l’on dirait un pater
Que je récite afin que l’on me réconforte ;
A tous ces petits mots que mon esprit emporte,
Je promets un refrain aussi beau que l’éther…

Je dois me raisonner, il me faut rester forte,
Ne pas tout bousculer, exiger de la sorte !
Mais avoir sous la main, quelque rime, un quatrain,
Même un simple tercet, redonnerait l’entrain
A tous ces petits mots que mon esprit emporte !

Annie

Le blason : La belle et la nuit.

La belle et la nuit

Mais que fais-tu ma belle
Innocente rebelle ?
Car je sais que la nuit
Tu calmes ton ennui
En quittant ta demeure
Si peu que le jour meure ;
Cours-tu le guilledou
Sans craindre l’amadou ?
Sais-tu que sous la lune
Caché parmi la brune
Se terre un loup-garou
Qui guette ton froufrou ?
Parfois je me réveille
J’imagine vermeille
Ta robe et tes atouts ;
J’ai peur des vieux matous
Ils ont la griffe habile
Car te sachant nubile
Ne mettraient pas longtemps
Pour voler ton printemps !
Quand le matin respire
Mon rideau je retire
Chouette, je te vois,
Je baisse alors ma voix…

Annie

Le zégel : Il neige !

 

Il neige !

Il a neigé sur mon jardin !
Est-ce l’hiver et son gourdin
Qui décida comme un gredin
De secouer son ankylose ?

Il semblerait que les flocons
Se soient lassés de leurs cocons ;
En se penchant à leurs balcons
Ont préféré fêter ventôse !

Les voyez-vous valser au vent ?
Comme nonnes en leur couvent,
Vierges encor, c’est émouvant,
Riant de leur métamorphose !

Les innocents ne savent pas
Que pour bientôt, marchant au pas,
Seul les attend un dur trépas
Pressé de voir fleurir la rose !

Annie

Le sonnet français : Rêve de cent sonnets.

 

Rêve de cent sonnets

Ainsi qu’un animal, blessé, dans sa tanière,
Je me lève plus tard et plus tôt je m’endors…
Seuls les oiseaux du ciel, toutes plumes dehors,
Font naître un brin d’espoir chacun à sa manière.

Quand le matin frileux relève sa crinière,
Et que la lune blême ôte son justaucorps,
Les trilles et les chants mêlent tous leurs accords,
Suis-je prête à semer ma rime printanière ?

Le long des trottoirs gris, s’éteignent les fanaux,
Mais mon regard s’éclaire au fouillis des moineaux
Qui s’ébattent, repus, sous l’aile des mésanges.

Au restaurant du cœur, merles et sansonnets,
Arrivent en renfort comme on part aux vendanges,
Le panier déjà plein de mes plus doux sonnets !

Annie

Le sonnet pétrarquien : Ma Muse est un poète…

Ma Muse est un poète

Ma Muse est un poète, ah mais oui pourquoi pas !
Ne riez pas messieurs car grande est votre quête,
En soufflant sur vos vers la vôtre est bien coquette
Et vous buvez des yeux ses multiples appas !

Mon aède est discret, ses mots sont mes repas,
Il est vêtu d’amour, si sombre est sa jaquette
C’est pour mettre en valeur la blanche pâquerette,
Ne voulant la froisser, il marche à petits pas…

Je l’attends chaque soir en cherchant son étoile
Seul lien qui nous unit car long est le chemin,
Pour tisser avec moi tous les fils de ma toile.

Un jour naîtra, c’est sûr, un plus grand parchemin
Quand la lune sur nous déroulera son voile,
Au parfum d’océan, de sable et de jasmin.

Annie

Le carillon : Dans le monde des songes.

Tableau de mon amie Christiana Moreau

Merci Christiana !

Dans le monde des songes

L’on s’endort chaque soir dans les bras d’une fée
En gaspillant le temps qui nous est imparti ;
Mais comment refuser l’invite de Morphée
Quand le corps est heureux de s’être assujetti ?

Tandis que la raison, dans un songe blotti,
Se laisse transporter par toute une cohorte
D’étranges précurseurs se pressant à la porte
De notre inconscient qui joue à l’abruti !

Le passé, le présent, voguent sur la mer morte
De nos anciens désirs enfin ressuscités ;
Pendant que nous dormons c’est l’âme qui les porte
Pour les conduire au port, -curieux invités !-

C’est ainsi que parfois au cœur d’une clairière
L’on voit le souvenir pousser la barrière
Pour danser avec nous dans son air bruineux.

Arrivent en renfort un flot de personnages,
Oh les drôles acteurs démontant les rouages
D’un bon ordre établi par un jour lumineux !

Le rêve a ses raisons qui ne sont pas les nôtres,
Faisant venir l’orage il nous envoie aux peautres
Et c’est le cauchemar qui s’amène haineux !

Annie

Le rondeau : Sur le plateau de Valensole.

Sur le plateau de Valensole

Sur le plateau de Valensole,
Entre la lavande et le thym,
Las, j’ai pensé que le destin
Avait dû perdre la boussole
En me privant d’un tel festin !

Que n’ai-je connu, c’est certain,
Ce lieu qui rend la rime folle !
J’aurais clamé mon baratin
Sur le plateau !

Quand un village dégringole
Pour vous offrir son serpentin,
Empruntez-le s’il caracole,
Vous y verrez naître un matin
Mon souvenir qui batifole
Sur le plateau !

Annie

Le sonnet à refrains : La femme.

Sculpture de mon amie de grand talent, Christiana que je remercie !

La femme

La femme est la Beauté que l’ homme ne conteste,
Encor toute jeunette, étonnamment la craint
Quand il lui faut cacher en un servile écrin,
Ces deux trésors laiteux qui pointent sous sa veste.
La femme est la Beauté que l’homme ne conteste.

Le peintre la sublime et le manant la teste,
Le poète souvent pleure un alexandrin
Quand Rose elle se meurt à la fin d’un refrain.
Ayant bien faible voix mais courage d’Alceste,
Le peintre la sublime et le manant la teste.

Elle se vêt d’un rien pour plaire à son amant
Mais s’habille d’amour en devenant maman,
Son corps est ainsi fait, de vallons, de collines,
Elle se vêt d’un rien pour plaire à son amant.

Fragile dites-vous ? Mais voyez donc ses mains !
Elles ont travaillé sans peur des lendemains,
S’abîme leur velours, restent toujours câlines,
Fragile dites-vous ? Mais voyez donc ses mains !

Annie

Le sonnet madrigalesque : Repos forcé.

 

Repos forcé

De mon repos forcé je guette le nuage,
Je cueille un brin d’espoir, la plume du corbeau
Qui remplace la mienne, alanguie au tombeau,
D’une panne tonnant aussi fort que l’orage !

Aujourd’hui je m’exerce au rythme du grand âge !
Je bannis toute marche au pied de l’escabeau
Dont j’aimais le soutien quand le ciel était beau
Pour déloger l’intruse accrochée au vitrage !

Est-ce cela vieillir que de traîner le pas ?
Rien ne sert de courir puisqu’on ne le peut pas !
Il faut partir à point, le temps est à rallonge
Dès que l’ennui s’invite en espérant le soir…

La leçon est comprise ! Ôtez-moi cette longe !
Que je puisse à nouveau retrouver mes compas,
Abandonner la couche où le cafard me plonge ;
Je veux vivre debout avant que de m’asseoir !

Annie