Archives mensuelles : avril 2015

Le bout-rimé : Les orpailleuses.

Oh ! n’insultez jamais une femme qui tombe !

Oh ! n’insultez jamais une femme qui tombe !
Qui sait sous quel fardeau la pauvre âme succombe !
Qui sait combien de jours sa faim a combattu !
Quand le vent du malheur ébranlait leur vertu,
Qui de nous n’a pas vu de ces femmes brisées
S’y cramponner longtemps de leurs mains épuisées !
Comme au bout d’une branche on voit étinceler
Une goutte de pluie où le ciel vient briller,
Qu’on secoue avec l’arbre et qui tremble et qui lutte,
Perle avant de tomber et fange après sa chute !

La faute en est à nous ; à toi, riche ! à ton or !
Cette fange d’ailleurs contient l’eau pure encor.
Pour que la goutte d’eau sorte de la poussière,
Et redevienne perle en sa splendeur première,
Il suffit, c’est ainsi que tout remonte au jour,
D’un rayon de soleil ou d’un rayon d’amour !

Victor Hugo

Les orpailleuses

Ne négligez jamais une larme qui tombe
Si vous ne savez rien du fait qu’elle succombe ;
Ce peut-être un trop-plein, las d’avoir combattu
Quand une âme innocente en perdant sa vertu,
Las, ne possède plus que deux ailes brisées
Regardez-les pourtant tellement épuisées,
Tenter un dernier vol pour voir étinceler
Une maigre pépite et la faire briller
Sous le ciel d’Haïti qui témoigne et qui lutte
Mais qui reste impuissant quand se produit la chute !

Le monde est si gourmand qu’il réclame de l‘or !
Et c’est vous pauvre femme en descendant encor
Qui risquez chaque instant de mordre la poussière
Tant il vous faut sortir de matière première
Afin que vos enfants puissent crier un jour :
« Ma mère m’a nourri d’un bel élan d’amour ! »

Annie

Le sonnet français : Avril.

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Aquarelle de mon amie Marieluce.

 

Avril

Le printemps bat son plein, oyez les herbes folles,
Le bourgeon qui s’éclate et les merles siffleurs…
Voyez de-ci, de-là jaillir mille couleurs
Mariant l’harmonie au parfum des corolles !

L’amour est dans les prés, les talus, les gondoles
Qu’elles soient à Venise ou sur les rus charmeurs
Qui baignent les reflets de leurs saules pleureurs,
Libérant en courant des notes plus frivoles.

La nature est en fête, appelle le pinson,
Le coucou qui s’amuse à cacher sa chanson
Et le pigeon ramier tout fier de sa faconde !

L’hirondelle bientôt rebâtira son nid
Mêlant son savoir-faire à la terre féconde
Car c’est au mois de mai que le ciel nous bénit !

Annie

La strophe onéguine : L’intelligence.


L’intelligence

C’est une force vive assénant au cerveau
La possibilité de décrypter les choses
En déposant leur suc au fond d’un maniveau
Qui n’attend que cela tel un rosier ses roses.
C’est le bonheur gratuit d’avancer dans le temps
Sans jamais négliger du passé les printemps
Et chacune saison, de la rousse à la verte,
Pour déguster le fruit de toute découverte.
C’est aussi d’accepter de n’être qu’un humain,
Une goutte noyée en l’univers immense
Nous faisant la faveur de sa tendre romance
Sans jamais dévoiler ce que sera demain,
Mais qui nous pousse à vivre en espérant peut être
Dénouer le ruban de ce qui nous fit naître…

Annie

Le sonnet Shakespearien : La légende de l’anémone.

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Aquarelle de mon amie Marieluce.

 

La légende de l’anémone

Que ne raconte-t-on de ce qui fut naguère !
C’est ainsi qu’Adonis tellement convoité
Dut partager son cœur en toute impunité ;
Dans le monde des dieux l’amour mène à la guerre…

Deux déesses en plus pour un si bel amant !
Voilà comment naquit la terrible querelle
Quand Aphrodite, hélas, en le gardant pour elle
Défia Perséphone et son acharnement.

On peut être déesse et non pas moins démone
Pour contrer la vengeance il n’est de bouclier ;
Adonis succomba devant un sanglier ;

D’une goutte de sang jaillit une anémone…
Une larme de femme et le miracle eut lieu ;
Aphrodite et sa fleur signèrent le non-lieu !

Annie

Le rouet, variante : Séduction…

Séduction

Est-ce le doux printemps me jouant quelque tours ?
Je me prends à rêver de dessous de dentelle,
D’une paire de bas et de si beaux atours
Que je te vois déjà souffler sur la chandelle !
Je me prends à rêver de dessous de dentelle,
Est-ce le doux printemps me jouant quelque tours ?

Tu me connais par cœur, comme je suis, tu m’aimes !
Nul besoin d’artifice il suffit d’un regard ;
Il en dit bien plus long qu’un bouquet de poèmes
Et je sais que pour moi sincère est ton égard !
Nul besoin d’artifice, il suffit d’un regard ;
Tu me connais par cœur, comme je suis, tu m’aimes !

Comment ne pas céder à la tentation
En secouant un peu la sage Pénélope ?
Chasser le naturel pour la séduction
Ne fait-il reculer tout ce temps qui galope ?
En secouant un peu la sage Pénélope
Comment ne pas céder à la tentation ?

Annie

La terza-rima : Jardin d’avril.

 

Vers-Annie - Copie

 

 

Aquarelle de mon amie Marieluce.

Jardin d’avril

 

Mon jardin à lui seul est immense bouquet
Qui se pare au printemps de milliers de fleurettes
Pour vêtir de bonheur cet éternel coquet !

Narcisses guillerets en fraîches collerettes,
Condamnés par Echo mais au cœur de dandy,
Offrent leur célibat pour d’autres amourettes.

Primevères rêvant de tissu d’organdi,
Se réchauffent enfin exhibant leurs ombelles,
Sous un rai de soleil servant de bigoudi.

Toujours au garde-à-vous ne semblent pas rebelles,
Les tulipes aussi, pour hisser les couleurs,
Aiment à nous montrer que leurs jupes sont belles.

De la fin de l’hiver aux premières chaleurs,
Les jacinthes sourient exhalant leur fragrance,
Oubliant des frimas les cuisantes douleurs.

Majestueux arums soignent leur apparence,
Fiancés du beau temps, n’ont guère de pudeur
En montrant leur envie avec prépondérance,

Espèrent ma cisaille en leur grande candeur !

Annie