Archives mensuelles : juillet 2015

Le muzain : Aux aurores.

Tableau Christiana

   Tableau de mon amie Christiana Moreau que je remercie du fond du cœur.
Christiana Moreau, artiste peintre, sculptrice
Roman « La sans par »: www.monpetitediteur.com

 

Aux aurores

Le matin qui sourit prépare ses dessins ;
Tôt levée aujourd’hui je me vêts d’une brume,
En devinant mon corps que son désir allume
Il crayonne en secret la courbe de mes seins…

J’aime cette fraîcheur dans l’aube qui paresse,
Tricote mon plaisir de ses doigts de satin
M’offrant avant le feu la plus pure caresse,
Celle que tout amant devrait dans sa tendresse
Dérouler doucement tel un long serpentin !

Annie

Le sonnet français : Changement de vitrine.

 

7417419-chef-de-mannequin--faible-profondeur-de-champ

Changement de vitrine !

Un visage sans fard affiche un regard blême,
Aveugles, les deux yeux taillent leur horizon
Dans un désir sans vie, étrange exhalaison,
Que ce parfum de fleur au goût de café crème…

Le crâne tel un œuf, attend son diadème
Qu’une main posera sur l’or d’une toison,
Déroulant sa cascade au sein d’une saison
Pour éteindre le feu d’un cœur de chrysanthème…

Le buste dénudé n’attire aucun regard,
Seule une indifférence y pose un air hagard ;
Rien ne battra jamais sous la blanche poitrine.

L’habit fait-il le moine en tendant son manteau ?
Il réveille en tout cas dormant dans la vitrine
Le rêve de la femme offert sur un plateau !

Annie

Le muzain : Frissons d’été.

 rouge-gorge

Aquarelle de mon amie Marie-Luce 

 

Frissons d’été

Je vis parmi les fleurs, les arbres, les oiseaux,
Que demander de plus à cet été qui tremble
Brûlant les souvenirs d’un passé qui ressemble
A quelques vieux rouets fatigant leurs fuseaux ?

Rouge-gorge est resté m’obligeant à me battre
Contre tous ces démons qui me hantent le soir ;
Au feu de son jabot mon esprit qui folâtre
Rassemble ses frissons pour les jeter dans l’âtre
D’un étrange bonheur au parfum d’encensoir…

Annie

Le sonnet français : Entre deux feux…

Entre deux feux…

Je regrette le Sud, mes rêves d’innocence
Déposés au berceau par la main d’un marin
Dont les graines d’amour au sol de la Provence
Firent germer la fleur sous un ciel azurin ;

Car si la fleur poussa dans la magnificence
D’une terre bénie entre rire et chagrin,
Chacun bousculant l’autre en son adolescence,
Ils noyèrent hélas le cœur d’un boute-en-train….

Et si je pleure aussi la gentille Bretagne,
Ne pensez que d’un rien j’en fais une montagne,
De ce pays d’Armor je n’ai plus qu’un vieux nom…

Quand je me rends là-bas déposer ma prière
Pensant au triste sort à qui j’avais dit non !
J’y vois deux feux follets dorant un cimetière…

Annie

Le sonnet caudé : Été Provençal.

Provence

 

Été provençal

Je me souviens encor des cigales tenaces,
Plus le soleil brûlait, plus elles chantaient fort !
Est-il donc revenu ce temps du moindre effort
Qui nous gardait cloîtrés à l’ombre des terrasses ?

Enfants, l’on s’amusait à braver les menaces
Des parents soucieux d’assurer le confort
De tous leurs galopins trouvant un réconfort
Dans le plaisir gratuit de leur mille grimaces !

Faisant fi des conseils, on ôtait nos chapeaux,
Nouveaux conquistadors, nous hissions des drapeaux
En haut d’une pinède aux effluves craquantes.

Notre essaim vagabond butinait toutes fleurs
Pour faire des bouquets de rires jusqu’aux pleurs
Quand après les goûters naissaient quelques bacchantes !

Belle opportunité
Pour gaspiller cette eau qui pleurait des fontaines,
Oublier les sermons et les croquemitaines !

Si chaud était l’été
Que nos jambes prenaient de ces teintes châtaines
Tels les bois calcinés des montagnes lointaines…

Annie

Le fatras : Pauvres vers !

Pauvres vers !

J’ai le fatras qui m’abandonne,
J’ai le doux lai qui passe au feu !

J’ai le fatras qui m’abandonne,
Quelqu’un a-t-il changé la donne,
Mon sonnet dort dans son enfeu ?
Quant au blason, Dieu me pardonne,
L’entendez-vous qui se bidonne
Traitant sa muse de « meufeu » ?
Qu’il est cruel ce boutefeu
Car désormais plus ne fredonne
Le gai rouet devenu feu :
Il a croqué la belladone !
J’ai le doux lai qui passe au feu !

Annie

Le sonnet français : A toi humble village !

 

moulin Montpezat
 

A toi humble village !

Je connais un village en haut d’une colline,
Combien il me plairait d’y faire ma moisson
Des douceurs de l’été, que l’on met en chanson,
Quand l’hiver de nouveau nous tend sa capeline.

Je la regrette tant cette brise câline
S’amusant dans les blés à mimer le frisson,
Ce soleil si brûlant que sa propre cuisson
Se baigne chaque soir en sa teinte opaline…

On y voit quelquefois en robe de satin,
Une muse aquarelle, ô mirage incertain
Dès qu’elle vous décoche une petite œillade !

Mais hélas le moulin fait taire ses secrets,
Son poète n’est plus pour conter la naïade ;
Sous les ailes de bois s’endorment mes regrets…

Annie