Archives mensuelles : août 2015

Le sonnet français : Sans toi.

Bouquet de roses 

 

Sans toi

Sans toi je ne suis rien qu’un éclat de bohème
Qui trace son parcours entre ronces et fleurs
Les unes pour le ris, les autres pour les pleurs ;
L’important n’est-il pas un bouquet de « je t’aime » ?

C’est ainsi que parfois je cueille mon poème
Sur l’écharpe d’un vent aux multiples couleurs,
Tissé par un amour aux mots ensorceleurs,
Quand ta main sur mon sein brise notre carême…

Sous le ciel de ton lit tu m’ouvres un univers
Où je pêche à foison les rimes de mes vers
Pour les coucher sitôt sur le blanc d’une toile

Où, tous les deux blottis, nous faisons en rêvant
Le tour de notre monde à l’ombre d’une étoile
Découpant une lune à l’or d’un paravent…

Annie

Le sonnet double : Parfums d’été.

                                                                           Parfums d’été

1 Enfin les vacances !

Où sont donc mes étés, reflets de ma jeunesse ?
Combien je trépignais quand la belle Saint-Jean
Brûlait comme un soleil, se montrant indulgent
Envers ce jour béni clamant un droit d’aînesse !

Il fallait bien qu’enfin ma liberté renaisse
Pour retrouver là-bas ma timbale d’argent,
Débordant dès juillet d’un bonheur exigeant
Que je me baigne encore en son doux lait d’ânesse.

« Le château de ma mère » était simple maison
Mais je m’y sentais reine à la belle saison,
Après toute une année à la saveur morose.

Je régnais sur mes jours, paressant le matin
Tandis qu’impatients, le glaïeul et la rose
Frappaient à mon volet de leurs doigts de satin !

2 La maison de Plantou

En plein milieu des prés que le soleil enflamme,
Un long chemin tout blanc filait à l’horizon
Tandis que mon cœur fou, clamant sa guérison
Recousait sur lui-même une nouvelle entame.

Il était mon sauveur, mon ami, mon dictame,
Mon tapis de bonheur menant à la maison
Qui n’attendait que moi parmi sa frondaison,
Afin que toutes deux nous partagions notre âme.

O Dieu qu’elle était belle en son écrin charmant
Que fréquentaient le lierre et le lézard dormant
Sur la pierre brûlante aux senteurs de lavande !

Mais il fallut un jour quitter ce paradis,
Accepter sans rancœur que sa douceur se vende…
Ah je regrette tant tous ses bois reverdis !

Annie

Le sonnet français : Pour Francis.

 

Amboise

Pour Francis

Je me suis enivrée à l’or d’une fontaine
Laissant couler des mots aux saveurs de nougat
Dont la douceur se fond au miel d’un seringat
Délivrant un parfum brisant sa quarantaine.

Une muse parfois sur un lit de futaine
Y vient pour oublier le triste renégat
Qui, de son verbe lourd jeté du haut d’un ghat,
Voudrait lui susurrer une rime incertaine.

Ici tout est caresse et tout est satiné,
Comme une peau de pêche à l’heure où Séléné
Goûte au fruit défendu du jour qui se rebelle…

C’est là, quand le Berger rentre ses blancs moutons
Que l’on voit voit une fée en robe de dentelle
Coudre sur l’univers des milliers de boutons !

Annie

Le sonnet français : Jour après jour.

 Coucher

Jour après jour…

Un autre jour encor va mourir dans l’espace
En cueillant en passant un rai de diamant
Pour offrir à la lune, ô délicat amant,
Un brin de souvenir avant qu’il ne trépasse.

Un autre le suivra se glissant dans l’impasse
Qui mène à l’inconnu du rouge firmament
Où le Berger qui luit de son enchantement,
Protège son troupeau des serres d’un rapace…

Chaque ange de la nuit ouvre son coffre-fort
Pour y ranger l’amour récolté dans l’effort
Par les petites mains d’ouvrières nocturnes ;

Mais dès que l’astre d’or étire ses rayons,
Tout un peuple endormi rechausse ses cothurnes
Pour colorer l’azur de ses plus beaux crayons…

Annie

Le sonnet français : A fleur de nuit.

 

A fleur de nuit

C’est à partir de ce poème que je publie de nouveau, que ma talentueuse amie Marie-Luce a peint cette superbe aquarelle et je l’en remercie du fond du cœur. Bravo Marie-Luce !

A fleur de nuit…

Les oiseaux se sont tus mais le grillon stridule,
Les grenouilles en chœur célèbrent l’unisson
Qui fort complaisamment transforment leur chanson
En un écho discret que le lointain module…

La nuit ôte son voile et ce ciel qui l’adule
Lui dépose un baiser aux confins d’un frisson,
Allume une chandelle au-dessus d’un buisson
Et la brise caresse un étang qu’elle  ondule…

Fragile, l’éphémère, en habit de satin
Arrache à la lumière un bonheur incertain ;
Demain qu’en sera-t-il pour la mouche fluette ?

Car voici maintenant les masques de velours
Envahissant les lieux pour leur valse muette,
Tandis que les crapauds rêvent à leurs amours !

Annie