Archives mensuelles : mars 2016

Le sonnet polaire : Images du passé.

Images du passé

J’aime ma solitude et les jardins fleuris
Des rêves du passé que souvent je déterre ;
Si la rumeur du jour les oblige à se taire,
Lorsque l’astre s’endort, c’est là que je souris.

Ils étaient chaleureux tous ces jolis dimanches
Quand l’été nous forçait à relever les manches
Pour aller à la messe et revoir les amis !

J’entends toujours grincer les dents de la barrière,
Tandis qu’un gravillon permettait aux fourmis
D’éviter mes souliers pour atteindre le lierre.

Le repas terminé, j’avais droit aux crayons,
Bien rangés dans leur boîte, ils avaient bonne mine ;
Ils occupaient mes doigts de candide gamine
Attendant qu’un soleil calme un peu ses rayons !

Annie

Le sonnet irrégulier : Pour Annick !

A la place d’un retour de lecture du recueil d’Annick « Rives et dérives » j’ai opté pour un poème que je lui dédie ! Bravo Annick !

Recueil d'Annick

Pour Annick !

Lire les mots d’Annick c’est revivre l’enfance,
La sienne qui dormait dans l’encre d’un stylo,
La nôtre également, retrouvant son halo
Dans un recueil ouvert aux marges du silence.

Sa plume a réveillé les souvenirs d’antan,
Les contes fabuleux qui veillaient dans leur bulle
Pour les faire danser ainsi qu’un funambule
Ouvre son parapluie aux larmes de l’autan.

Mon amie aime bien conter le temps qui passe,
Ouvrir la porte à tout de peur que ne trépasse
Chaque heure qu’elle inscrit sur la postérité.

Pour illustrer son œuvre, aux couleurs enfantines,
Je l’imagine bien en son humanité
Gavant ses « petits loups » de rêves de tartines !

Annie

Le sonnet français : Bientôt avril.

 

primevère 

Bientôt avril

J’ai vu la primevère en habit de dimanche,
La douce pâquerette en sa blanche pâleur
Et le fier bouton-d’or riche de sa valeur
Éblouir mon regard qui leur faisait la manche.

Du coup, j’ai réveillé l’ombre d’une pervenche
Qui n’osait pas encor étaler sa couleur
Pensant que le printemps, éternel cavaleur,
Demeurait en prison sans désir de revanche !

Mais il œuvrait déjà ! presque-en catimini,
Dans le vol de l’oiseau, repoussant l’ennemi
De la neuve saison peaufinant sa toilette :

– Quelques touches d’azur, la poudre des chatons,
Le rouge d’un baiser et toute une palette ;
Voilà comment avril brille de mille tons !

Annie

Le sonnet marotique : Antraigues, hommage à Jean-Ferrat.

 

Musée Jean-Ferrat

Sculpture de lave

Antraigues, hommage à Jean-Ferrat

En déroulant le fil d’un brin de souvenir,
Le temps s’est appuyé contre un mur de terrasse
Où s’affichent des prix dont nul ne s’embarrasse
Dès qu’on se pose là, c’est pour y revenir !

Si la retraite sonne il faut se retenir
A cette heure arrêtée au seuil d’une disgrâce
Et ne pas le franchir tant qu’un soleil embrasse
Les flancs d’une colline en passe de jaunir,

Car la montagne est belle au pays des châtaignes
Où se chante l’amour en oubliant les teignes
Qui font perdre la boule à quelques gens heureux…

La vieille vigne ici court encor les ruelles
Dont les pierres de lave avalent les truelles
Qui scellent les refrains d’un être chaleureux.

Annie

Le sonnet marotique : Paroles de silence.

Roses trémières

Paroles de silence

En buvant du silence en face de moi-même,
J’avale chaque bruit qui croque sous la dent
D’un soleil réveillé par le désir ardent
D’une lune pâlotte à force de carême.

L’ombre d’une lumière en cristal de Bohême
Glisse sur ma mémoire, et son rêve obsédant
Creuse dans le puits sec d’un livre redondant
D’où ne jaillit jamais la perle d’un poème.

La frange de la nuit, en balayant les cieux,
Secoue une poussière en gestes gracieux
Telle une bonne fée au seuil de sa chaumière.

La plume d’un instant, au bord d’un encrier,
Lasse de ne servir qu’au désir d’un courrier
S’envole dans le cœur d’une rose trémière…

Annie

Stances en quatrains : Parenthèses de vie.

 homme préhistorique

Parenthèses de vie

J’ai connu l’innocence où tout était joli,
Ma mère et puis mon père et leurs bras de tendresse
Ne sachant pas encor que la vie est traîtresse,
Bien trop court est le temps du doux guili-guili…

Ah ! combien je l’aimais l’école buissonnière
Tant le ciel était bleu sous le ciel de Toulon,
Qu’à force j’en usais mes fonds de pantalon,
Le visage bruni telle une charbonnière !

Mais l’on n’apprend pas tout parmi le romarin,
Le thym, la ciboulette et les fleurs de garrigue ;
N’ayant plus aucun droit pour déjouer l’intrigue,
Sur les bancs de l’école on rentra le serin…

Lire étant passion, presque une nourriture,
Dès qu’arrivait jeudi, je filais sous les pins
Chercher l’émotion avec quelques copains,
Amateurs de plein-air et de belle aventure !

Puis ce fut Montignac, l’homme de Cro-Magnon,
Un chien noir, un vélo, toujours plus de mystère,
Dans les bois de Dordogne on ne sait qui s’y terre !
Las ! j’avais dévoré l’enfance et son quignon…

De voyage en voyage il me poussa des ailes,
Je pensais vivre alors un merveilleux printemps,
Plutôt que cet enfer dont je tais les instants,
La douleur ne sied pas au teint des demoiselles…

Ils partirent un jour, en me laissant à jeun,
Ces parents voyageurs, préférant leur colline
Pour se poser enfin dans la brise câline
Aux parfums de melons et de pruneaux d’Agen…

Je demeure depuis, entre mer et bocage,
Mes souvenirs sont pleins de rires et de pleurs
Mes enfants à leur tour ont hissé leurs couleurs
Mais c’est une maman qui leur ouvre la cage !

Annie