Archives mensuelles : juin 2016

Le sonnet seizain : Artiste nature.

Vallée de la Cères.

Artiste nature

La nature a sorti palettes et pinceaux,

Pour installer sa toile aux branches d’arbrisseaux
Qu’un fusain malhabile avait tracé sans elle,
Tandis que mon regard posé sur une abrelle
Apprenait à mes yeux le rôle des vassaux.

J’ai vu se colorer cette immense aquarelle,
Délayant ses couleurs dans le lit des ruisseaux
Qui rugissent leurs flots comme des lionceaux
S’ébrouant du plaisir de leur feinte querelle.

Un ciel en mouvement charriait les ressauts
De nuages laiteux aux voiles de vaisseaux
Pressés de regagner l’abri d’une tourelle.

Les collines alors alignaient leurs faisceaux
D’arbres majestueux, mimant la chanterelle
Pour attirer le vert au fond des abyssaux.

La nature a sorti palettes et pinceaux .

Annie

Le sonnet layé : L’été.

                                                                  

 fruits

Aquarelle de mon amie Marie-Luce que je remercie !

                                              L’été

Dans les champs de blé mûr l’été tire la longe
D’un ciel d’or et d’argent
Qui caracole un peu, permettant que s’allonge
La nuit de la Saint-Jean.

Les flonflons de juillet ont goût de pêches blanches,
L’enfant danse la liberté,
Chaque jour maintenant ressemble à des dimanches,
Voyez comme il se sent gâté !

Et ce mois qui transpire aux saveurs de paresse,
Très fier de nous offrir sa brûlante caresse,
En devient majesté.

Le raisin et la prune attendent la récolte,
Septembre en sa moiteur demeure désinvolte
Et termine l’été !

Annie

 

Le sonnet français : Naomie.

 

 

PENTAX Image

 

Huile sur toile de mon amie claude, peintre et poétesse de talent que je remercie du fond du cœur pour m’avoir autorisée à mettre ce superbe tableau sur mon blog !

 

Naomie

Une frimousse d’ange, un menton de gavroche,
Deux yeux malicieux tels ces éclairs d’été
Qui régalent nos soirs de leur blonde gaieté
Dès qu’un brin de fraîcheur à la lune s’accroche !

Harmonie et velours, arcade en double-croche,
Frôlement de cheveux, douce naïveté
Quand le rire éclatant d’une belle santé
Fait tinter les grelots d’un pur cristal de roche.

Touchante est cette enfant au seuil de sa splendeur,
Pas encore une femme en sa tendre candeur,
Mais de la fleur elle a déjà la grâce folle.

Deux rangs de diamants complètent le tableau
De ce minois parfait dont tout peintre raffole,
Car il est à la fois le ciel, la terre et l’eau !

Annie

Le pantoum : Errance.

île d'Yeu

Errance

Je cherche encore où dort ton âme,
Un jour ici, l’autre par là…
Feuille d’automne devient flamme
Vois-tu cet habit de gala ?

Un jour ici, l’autre par là,
Je vais et viens le cœur en peine…
Vois-tu cet habit de gala ,
Sur son chapeau plus qu’une penne ?

Je vais et viens le cœur en peine,
C’est ton regret qui tend les bras.
Sur son chapeau plus qu’une penne,
Déjà se froisse un vieux rebras…

C’est ton regret qui tend les bras
A ma plainte sempiternelle.
Déjà se froisse un vieux rebras,
Voici l’hiver et sa flanelle.

A ma plainte sempiternelle
Qui donc enfin me répondra ?
Voici l’hiver et sa flanelle,
Son froid glacial et son blanc drap.

Qui donc enfin me répondra ?
Peut-être le vent qui marmonne …
Son froid glacial et son blanc drap
Enferme-t-il une démone ?

Peut-être le vent qui marmonne
Aurait pitié de mon tourment ?
Enferme-t-il une démone,
Le ciel pourtant jamais ne ment !

Aurait pitié de mon tourment
Sans aucun doute Notre Dame ?
Le ciel pourtant jamais ne ment,
Je cherche encore où dort ton âme….

Annie

Le pantoum : Panne, panne, panne !

                                 Main                               

Panne, panne, panne !

Ma tête est vide à rendre l’âme,
Je ne puis plus écrire un mot ;
Comme il est triste mon calame
Oyez son pleur, pauvre marmot !

Je ne puis plus écrire un mot,
Muse l’a mis en quarantaine,
Oyez son pleur, pauvre marmot,
Et puis ce plouf dans la fontaine !

Muse l’a mis en quarantaine,
Je suis bien mal sans mon Pierrot !
Et puis ce plouf dans la fontaine,
N’est-il celui de son frérot ?

Je suis bien mal sans mon Pierrot !
Mais ce croissant en chair de lune,
N’est-il celui de son frérot ?
Hélas je n’ai plus une thune… !

Mais ce croissant en chair de lune
Vendez-le moi puisqu’il le faut !
Hélas je n’ai plus une thune,
Mon verbe meurt sur l’échafaud !

Vendez-le moi puisqu’il le faut !
Je vais, je viens, le cœur en peine,
Mon verbe meurt sur l’échafaud,
Je suis bien seule avec ma penne.

Je vais, je viens, le cœur en peine,
Tout est fini ? Je n’y crois pas !
Je suis bien seule avec ma penne,
Je rêve encor d’un bon repas !

Tout est fini ? Je n’y crois pas !
Comment ranimer cette flamme ?
Je rêve encor d’un bon repas !
Ma tête est vide à rendre l’âme !

Annie

La sextine : Au temps du scoubidou.

 Au temps du scoubidou

J’aimerais bien encore au bal des demoiselles,
Retourner, toute belle, au temps du scoubidou,
Le cœur rempli d’espoir, imitant les gazelles,
Foncer à perdre haleine, accrochant les touselles,
Les cheveux attachés par un simple padou
Et brûler de désir comme de l’amadou.

Tu serais l’amoureux aux beaux yeux d’amadou,
Jeune homme convoité, charmant les demoiselles
Qui, d’un geste coquin, détachant leur padou
Iraient, mine de rien, t’offrir un scoubidou
Pour fleurer sur ta peau tes doux grains de touselles,
S’effarouchant quand même ainsi que des gazelles…

Aujourd’hui, je le sais, je suivrais ces gazelles
Pour fondre dans tes bras sans craindre l’amadou
Qui risquait en l’été d’enflammer les touselles,
Mais laissant, cette fois, les autres demoiselles
Occuper leur soirée avec un scoubidou
Et remettre avec soin l’inutile padou…

Tes mains dans mes cheveux ôteraient mon padou,
Ivres de liberté nous serions deux gazelles
Tressant avec nos doigts l’étrange scoubidou
Que formeraient nos corps s’offrant à l’amadou,
Oubliant pour un soir que chez les demoiselles,
Il est parfois trop tôt pour faucher les touselles !

Délaissant les flonflons pour les champs de touselles,
Tu sèmerais au vent les fils de mon padou
Qui s’en iraient valser avec les demoiselles
Tout au bord de l’étang qu’approchent les gazelles,
A l’heure où le soleil calmant son amadou,
Appellerait la lune et son char scoubidou.

Nous tisserions ensemble un autre scoubidou
Avec des mots d’amour et des brins de touselles,
Attisant notre feu couchés sur l’amadou.
Alors, ne craignant plus pour mon joli padou,
Nous entrerions tous deux au rythme des gazelles
Dans la danse interdite aux jeunes demoiselles.

Adieu le scoubidou et mon ancien padou,
Les touselles aux champs et nos corps de gazelles,
Au feu de l’amadou brûlent les demoiselles !

Annie

Le sonnet français : Au pays des pharaons noirs.

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Au pays des pharaons noirs

Sous le pas des chameaux dorment des lieux étranges
Que des langues de sable avilissent encor
En barbouillant d’or brun cet immense décor
Où rien ne fleurit plus à l’ombre des losanges.

Le soupir d’un passé fait craquer des phalanges,
Mais le silence étouffe une voix de ténor
Quand apparaît au jour la perle d’un trésor
Que le pilleur s’empresse à sortir de ses langes.

Les larmes du désert, à la frange du Nil,
S’écoulent en douceur d’un battement de cil
Vers des tombeaux gisant dans des pages de moire.

Seul, le miroir du ciel, connaît tous leurs secrets
Que l’usure du temps pour les rendre discrets
Enferme à double tour au fond d’un vieux grimoire.

Annie