Archives mensuelles : juillet 2016

Au marché de l’horreur.

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Au marché de l’horreur

Sous l’édredon brodé d’un tissu de mensonges,
Satan couve ses œufs pour quelques malappris
Qui se targuent d’oser les revendre à bon prix
A des cafards plus noirs que les plus tristes songes.

A l’étal du malheur, point de fumet d’oronges,
Ni de « petit bonhomme » aux saveurs de Paris, *
Car l’Ange de la mort en sifflant son mépris *
Les a déjà pendus à des morceaux de longes…

Nouveau cheval de Troie, un ver est dans le fruit
D’un monde qui confond la prière et le bruit ;
Le fusil sans la fleur a-t-il la même lutte ?

Si l’on tue au marché, mais quel est ce combat ?
Le silence l’étouffe une pauvre minute
Pendant que se mijote un tout autre sabbat…

Annie

* Nom que l’on donne dans la région à l’Agaric champêtre ou rosé des prés.

* L’Ange de la mort » est l’amanite vireuse.

Le double sonnet : Parfums d’été.

                                                               Parfums d’été

1 Enfin les vacances !

Où sont donc mes étés, reflets de ma jeunesse ?
Combien je trépignais quand la belle Saint-Jean
Brûlait comme un soleil, se montrant indulgent
Envers ce jour béni clamant un droit d’aînesse !

Il fallait bien qu’enfin ma liberté renaisse
Pour retrouver là-bas ma timbale d’argent,
Débordant dès juillet d’un bonheur exigeant
Que je me baigne encore en son doux lait d’ânesse.

« Le château de ma mère » était simple maison
Mais je m’y sentais reine à la belle saison,
Après toute une année à la saveur morose.

Je régnais sur mes jours, paressant le matin
Tandis qu’impatients, le glaïeul et la rose
Frappaient à mon volet de leurs doigts de satin !

2 La maison de Plantou

En plein milieu des prés que le soleil enflamme,
Un long chemin tout blanc filait à l’horizon
Tandis que mon cœur fou, clamant sa guérison
Recousait sur lui-même une nouvelle entame.

Il était mon sauveur, mon ami, mon dictame,
Mon tapis de bonheur menant à la maison,
Qui n’attendait que moi parmi sa frondaison,
Afin que toutes deux nous partagions notre âme.

Ô Dieu qu’elle était belle en son écrin charmant
Que fréquentaient le lierre et le lézard dormant
Sur la pierre brûlante aux senteurs de lavande !

Mais il fallut un jour quitter ce paradis,
Accepter sans rancœur que sa douceur se vende…
Ah je regrette tant tous ses bois reverdis !

Annie

Le sonnet français : Renaissance.

 Coco

Renaissance

Quand l’esprit fatigué d’avoir dit tant de choses
Referme le désir d’un claquement soudain,
C’est comme un cri de l’âme aux portes d’un jardin,
Où ne fleurissent plus ni lavande ni roses.

C’est le vide absolu, coulant des jours moroses,
Que fréquente l’ennui sans elfe et baladin,
Sans baguette magique ou lampe d’Aladin
Pour ravauder l’espoir et ses dentelles roses.

Dans un ultime effort, il suffirait pourtant
D’enfourcher son Pégase et de galoper tant
Que la Muse aussitôt ranimerait la flamme.

Au pays de l’Aède, il est un lieu secret,
Où l’on peut à la source en plongeant son calame
Renaître de nouveau sans remords ni regret !

Annie

Le rondel : Joli Pinson.

 

Joli Pinson 

Joli Pinson

Joli Pinson est amoureux
De son reflet dans ma vitrine !
Il danse et chante et tambourine
Tout plein d’ardeur et valeureux.

Quand le mirage est chaleureux
En mettant l’espoir en verrine,
Joli Pinson est amoureux
De son reflet dans ma vitrine !

Le bel oiseau c’est désastreux,
Ne voit-il pas qu’on le serine
Et que demain sa ballerine
N’aura plus rien de généreux ?
Joli Pinson est amoureux !

Annie

Le sonnet français : Touffe de mots de Francis Étienne Sicard Lindquist.

 

Merci du fond du cœur à mon ami poète du forum Poésis,  Francis Etienne Sicard pour m’avoir autorisée à publier ce délicieux sonnet !

Touffe de mots

Le soleil travesti sous une noix de sang
Glisse ses doigts de feu sur des fleurs de glycine
Dont le satin bleuté perfidement fascine
Un papillon posé sur un tapis persan.

La bouche de la nuit au souffle ravissant
Chuchote des baisers en peau de capucine
Emprisonnant le ciel de sa longue racine
Qui montre le chemin au pèlerin passant.

Quelques éclats d’étoile aux couleurs de la braise
Brillent au firmament d’une saveur de fraise
Puis se figent alors dans un brin de corail.

C’est l’heure où le mystère éloigne de la lune
Les voiles enlacés au sable de la dune
Comme le plomb fondant aux lèvres d’un vitrail.

Francis Etienne Sicard Lundquist ©2016