Archives mensuelles : octobre 2017

La terza rima : Rue gourmande.

 

 

 

place

Rue gourmande

J’aimerais au balcon de la lune m’asseoir,
Pour retrouver la rue où je vécus l’enfance
Entre l’aube rieuse et son voile du soir.

Nous l’empruntions à pied, sans craindre aucune offense,
Pour aller à l’école en se donnant la main,
Concédant aux parents leur dernière défense !

Les pavés des trottoirs, aux senteurs de cumin,
Avaient tous les jeudis comme un goût des brioches
Dont on gardait la tête, offerte au lendemain !

L’épicerie ouvrait sur un rire de cloches,
Quand nous passions sa porte avec timidité
Pour échanger trois sous qui démangeaient nos poches…

La magie opérait quand la publicité
Agitait sous nos yeux le serpent de réglisse
Enroulé sur lui-même et notre avidité !

Le manège du temps, sur un air de malice,
Fait-il encor danser les doux chevaux de bois
Et ce nouvel oiseau si fier de son hélice ?

Hélas, je ne sais plus, dans ce monde aux abois,
Si l’enfant de nos jours pour un cornet de glace
Ose se rendre seul écouter le hautbois

Du platane géant de mon ancienne place…

Annie

Le sonnet français : Automne gourmand.

caly-automne

Automne gourmand

L’automne ce matin décoiffe mon jardin,
Ébouriffant mes fleurs sans respect pour la rose ;
En triste condamnée, elle en devient morose
Sous l’haleine d’un vent lui soufflant son dédain.

Le sablier du temps, en se vidant soudain
Laisse couler ses grains, sans craindre la névrose
De la belle aux abois que la détresse arrose,
La nouvelle saison prépare son gourdin.

Le festin terminé, restent des friandises :
Berlingots de rhubarbe ou d’autres gourmandises,
Mille feuilles volant tout autour de mon banc.

Comme barbe à papa le nuage menace,
Annonçant que bientôt viendra le vieux forban
Qui malgré sa blancheur, sera le plus tenace !

Annie

La bandollière : Le rouge-gorge.

rouge-gorge

Aquarelle de Marie-Luce

Le rouge-gorge

Couleur de l’automne, il est revenu
Comme le gamin courant chez sa mère
Quand la liberté redevient amère,
Couleur de l’automne, il est revenu.

Couleur de l’automne, il n’attend plus rien
Pour sa gorge rouge et sa douce plume
Si ce n’est l’espoir que ma main rallume,
Couleur de l’automne, il n’attend plus rien.

Couleur de l’automne, il est bien poli,
En manteau de feu sur la neige blanche
Quand l’hiver venu porte sa palanche,
Couleur de l’automne, il est bien poli !

Annie

Le rondel : Pour concocter un fin rondel !

vendanges

Huile sur toile d’Yvette ma maman

En écho à  Annick !

Pour concocter un fin rondel !

Pour concocter un fin rondel,
Saisir une tranche de vie,
Et pour en attiser l’envie,
Ne pas en oublier le sel…

Remplir ses vers de l’hydromel,
La bonne rime en est ravie.
Pour concocter un fin rondel,
Saisir une tranche de vie.

En terminant ce doux cocktail,
La muse alors bien assouvie,
Voudra qu’à table l’on convie
Son adorable ménestrel,
Pour concocter un fin rondel !

Annie

Le sonnet espagnol : Au lit !

chambre

Au lit !

Qu’ils étaient bons tous ces dimanches,
Quand les enfants venaient au lit
Se blottir entre nos deux manches,
Poser leur cœur de pissenlit,

Pour le remplir en avalanches
Des chauds baisers de leur délit
Que commettaient nos deux « Comanches »
Prenant d’assaut notre châlit !

Parfois le chien pour la caresse
Venait aussi pointer son nez ;
Sur le plateau de la tendresse,

Nous devenions leurs mutinés,
Ils secouaient notre paresse
Se sachant déjà pardonnés !

Annie