Archives mensuelles : novembre 2017

Le pantoum : Mes richesses.

 

reflets

 

Mes richesses

Je n’aime plus les cathédrales
Elles sont faites pour les rois !
Le vent préfère les chorales
Au pied des plus modestes croix.

Elles sont faites pour les rois
Toutes les richesses du monde ;
Au pied des plus modestes croix
On voit de l’or couler dans l’onde.

Toutes les richesses du monde
Je les récolte pas à pas ;
On voit de l’or couler dans l’onde,
L’azur a de si beaux appas !

Je les récolte pas à pas
Les diamants de ma fortune !
L’azur a de si beaux appas :
– Reflets d’argent ou clair de lune ! –

Les diamants de ma fortune
Je les devine au fil des eaux !
Reflets d’argent ou clair de lune,
Cueillez la paix dans les roseaux !

Je les devine au fil des eaux
Chantres des bois et pastourelles…
Cueillez la paix dans les roseaux
Chantez, dansez, les tourterelles !

Chantres des bois et pastourelles
Brillent au cœur de tes doux yeux.
Chantez, dansez, les tourterelles
Quand mon regard chérit les cieux !

Brillent au cœur de tes doux yeux
Mes rêves d’amours pastorales,
Quand mon regard chérit les cieux,
Je n’aime plus les cathédrales !

Annie

Poésie libérée : Voyage sans retour.

Photo de mon ami Géard Méry.

http://photoplap.eklablog.com/

La valise est fin prête, elle attend cette histoire
Qui n’en finira pas de hanter ma raison.
Tout seul au fond d’un lit repose mon doux père
Dont le souffle ténu s’accroche encore un peu.
Ah que la route est longue et que le ciel est bleu !

Mais je n’ai qu’un seul but, atteindre l’horizon,
Je crains d’être en retard, j’invente des prières,
Les regrets, les espoirs, la peur et la souffrance
Forment un bataillon qui dévore l’esprit.
Ah que la route est longue et que le ciel est bleu !

La petite maison n’a déjà plus qu’une âme
Qui s’attache à mes pas, pour une fois docile,
N’ayant plus d’autre choix que d’attendre en silence
Qu’on nous laisse le voir timide et malheureux.
Ah que la route est longue et que le ciel est bleu !

Voici donc l’hôpital et ses murs en béton !
Mon cœur cogne plus fort, je marche en automate,
Enfin je vais pouvoir l’embrasser, le chérir,
Lui dire mon amour, lui faire mes adieux.
Je reconnais mes fleurs mais la chambre est si vide…

Que la route était longue et que le ciel est noir !

Annie

Le sonnet irrégulier : Quand l’homme devient monstre.

dame

Tableau de mon amie Christiana,  je vous conseille de visiter son blog car son talent est sans pareil.

 

Quand l’homme devient monstre

Comment avez-vous pu, vous, monstres sans pitié,
En plus de nos soldats, vous attaquer aux femmes?
Je n’oserai citer les paroles infâmes
Qu’alors vous leur crachiez de votre inimitié.

Ils étaient donc si loin les bras de votre mère
Quand vous forciez leurs corps à vivre l’impudeur?
En mutilant leurs seins, vous calmiez votre ardeur
En buvant au pouvoir de cette ivresse amère.

Elles ont tant lutté, s’accrochant aux barreaux,
Au nom de Liberté, pour trouver le courage
De taire leurs secrets en face des bourreaux !

J’ai lu l’atroce hier mais aujourd’hui j’enrage,
Nous traitons de la guerre en termes masculins,
De sa féminité nous sommes orphelins.

Annie

La terza-rima : Le vieil arbre.

Le vieil arbre

Je suis l’arbre qui meurt sous des chagrins d’automne,
Vous le pensez sans doute à me voir si chenu !
A chaque nouvel an je tremble et m’en étonne…

Dans la forêt, l’été, si joliment charnu,
J’accueillais passereaux, pigeons et tourterelles
Qui trouvaient dans mes bras le gîte et le menu.

J’ai couvé tant de nids et de feintes querelles,
Puis-je enfin m’endormir sans remords ni regrets,
Tandis que vous pliez vos chapeaux, vos ombrelles ?

Puisque pour vous mon bois a toujours ses attraits ,
Plutôt que de gémir comme un cœur qui s’afflige,
Ne quittez pas des yeux les monts et les guérets !

Vous y verrez bientôt l’hiver qui se néglige,
Oubliant de poudrer ma neuve frondaison,
Et la ronde des fleurs que le printemps collige…

Vous m’aimerez alors plus fort que la raison,
Car je suis comme vous, je vis de mes racines,
Mais je reste attentif aux voix de l’horizon

Qui me bercent le soir de leurs douces buccines.

Annie

La Rotrouenge : Les bruits de la maison.

gite

Je précise que je ne suis pas chez moi  !

 

Les bruits de la maison

Lorsque le jour se lève, il me plaît d’écouter
Les bruits de la maison qui bâille et se réveille.
Au loin, le chant d’un coq me berce et m’émerveille,
Je souris à cette aube aimant se velouter
Sur un rayon de lune.

L’horloge et son tic-tac que je n’entendais plus,
A nouveau battent fort comme un cœur qui palpite…
Le froufrou de la nuit que la clarté dépite
S’échappe à pas feutrés, en frôlant un talus
Endormi sous la lune.

Le café qui s’égoutte au suave parfum,
Ou le pain qui croustille, en croquant dans sa tranche,
Permettent d’oublier le noir qui se retranche ;
J’ouvre alors grand les yeux, en apaisant ma faim
D’un chaud croissant de lune.

Le vent dans mes volets fait glisser sa chanson,
Accompagné parfois du cri d’une crécelle
Qu’imite en gémissant ma vieille balancelle,
Pour réclamer enfin la modeste rançon
D’un doux morceau de lune.

L’église du village annonce le matin ;
Un meuble, en s’étirant, fait grincer sa jointure ;
Et les oiseaux du ciel, retrouvant ma toiture,
S’égosillant ensemble en un timbre argentin,
Saluent alors la lune…

Annie