Archives mensuelles : mars 2018

Le sonnet français : Avril.

Avril

Le printemps bat son plein, oyez les herbes folles,
Le bourgeon qui s’éclate et les merles siffleurs…
Voyez de-ci, de-là, jaillir mille couleurs
Mariant l’harmonie au parfum des corolles !

L’amour est dans les prés, les talus, les gondoles
Qu’elles soient à Venise ou sur les rus charmeurs
Qui baignent les reflets de leurs saules pleureurs,
Libérant en courant des notes plus frivoles.

La nature est en fête, appelle le pinson,
Le coucou qui s’amuse à cacher sa chanson
Et le pigeon ramier tout fier de sa faconde !

L’hirondelle bientôt rebâtira son nid
Mêlant son savoir-faire à la terre féconde
Car c’est au mois de mai que le ciel nous bénit !

Annie

Le sonnet seizain : Au rendez-vous du printemps.

Un grand merci Maria pour cette belle mise en page de mon sonnet sur une image de Damien Barboni : https://www.facebook.com/damien.barboni

 

Au rendez-vous du printemps

Le printemps cette année a gardé ses mitaines…

Le vent tisse un foulard pour le cou des fontaines
Qui rendent leur grimace aux moineaux querelleurs,
Bataillon du matin, assoiffés de leurs pleurs,
Que la nuit fige encor en postures hautaines.

Mais qu’attend le soleil pour hisser les couleurs,
Chasser tous les cafards et les croquemitaines ?
Ne voit-il pas ces ris qui fusent par centaines,
Tout prêts à s’éclater en bouquets enjôleurs ?

Je sais d’autres chansons, perles d’îles lointaines
Qui reviendront bientôt caresser nos antennes
Et broder tous les fils de leurs doigts ciseleurs.

Quand les champs et les bois, en quittant leurs futaines,
Feront jaillir enfin les bourgeons et les fleurs,
Nous entendrons siffler merles et capitaines !

Le printemps cette année a gardé ses mitaines…

Annie

La schaltinienne : Frissons printaniers.


 

Frissons printaniers

Ton clin d’œil du matin me rend fort polissonne ;
Je me prends à rêver à ce prochain été
Quand j’offrirai la peau de mon décolleté
A ton regard si chaud qui butine et moissonne !

Oui j’aime ta caresse au sein de mon jardin
A tel point que parfois je me fais mollassonne
Abandonnant mon corps à ton désir badin !

En prenant bien ton temps pour déclarer ta flamme, 
Lorsque tombe le soir, c’est moi qui te réclame !

O Soleil, bel amant, reviens mon paladin !

Annie

Le sonnet irrégulier : Montpezat d’Agenais.

Montpezat d’Agenais

J’aimais la promenade aux abords du moulin
Qui de ses bras tendus protégeait son village ;
Sentinelle attentive, il guettait le nuage
Pour tisser dans sa brume un fin rideau de lin.

Il sera désormais, de mes pas, l’orphelin
Quand les jolis coteaux s’habilleront de rose
Avant que le soleil comme une apothéose
Ne pousse l’horizon de son geste câlin…

Ah, je regrette tant les ruelles en pente
Et ma maison perchée, à la vieille charpente,
Abritant mes étés de leur lourde chaleur !

En fermant les volets, je vexais les cigales
Taquinant mon repos de leur chant racoleur
Afin de secouer mes rêves d’astragales.

Annie

La strophe onéguine : Tristes regrets.

 

 

Tristes regrets

Je voulais réunir la fleur avec le fruit
Pour en faire un bouquet de nouvelle tendresse,
Mais tu n’as su m’offrir que le terrible bruit
De lourds gémissements en guise de caresse.
Aujourd’hui je suis lasse et n’ai plus de ressort,
Je coupe le cordon, je te laisse à ton sort.
Soixante ans ont neigé sur les monts et les plaines
De mes anciens jardins aux multiples phalènes,
Et si je dois fermer la porte de mon cœur
C’est que je n’attends rien d’une âme si morose,
Qui préférant bercer l’épine et non la rose,
Se retrouve bien seule à boire sa rancœur…
Adieu les souvenirs, adieu douce espérance !
Je vous tire à regret ma triste révérence .

Annie

La balladine : Aux femmes battues.

Sculpture de mon amie Christiana.

Je vous invite à parcourir son blog. Vous ne serez pas déçus !

Aux femmes battues.

La femme est une fleur que l’on cueille en chemin
Prête à s’abandonner dans le creux d’une main,
Cette main qui parfois oubliant la caresse
Préfère s’envoler sur un cri de douleur…
Êtes-vous sûr, Monsieur ? N’est-ce vraiment qu’un pleur
Tandis que vous partez cajoler votre ivresse ?

La femme est une fleur que l’on cueille en chemin ;
Voyez comme elle est belle en sa robe carmin,
Pourquoi lui refuser de goûter la tendresse ?
Ne disiez-vous hier qu’elle était le printemps ?
Et pourquoi lui voler ses merveilleux instants
Tandis que vous partez cajoler votre ivresse ?

La femme est une fleur que l’on cueille en chemin ;
Toute prête à s’ouvrir pour accueillir demain,
Elle en a le pouvoir, le désir et l’adresse ;
Sans doute craignez-vous que fane sa beauté ?
Car on ne la voit plus promener son été
Tandis que vous partez cajoler votre ivresse !

La femme est une fleur que l’on cueille en chemin
Pour partager le cœur d’une vie en commun ;
Ne pensez-vous, Monsieur, qu’un jour dans sa détresse
En ayant plus qu’assez de vos tristes penchants
Elle prenne sans vous une autre clef des champs,
Tandis que vous partez cajoler votre ivresse ?

Annie

La Villanelle, variante : Dans l’aube rose.


Aquarelle de mon amie Marie-Luce

Dans l’aube rose

« Il a neigé dans l’aube rose »,*
Seul le regard sur chaque chose
Tout doucement s’en émerveille.

Même le chat hésite et n’ose
Sur la blancheur prendre la pause ;
Tout doucement s’en émerveille.

L’on aperçoit plus une lauze,
La maison fume en symbiose ;
Tout doucement s’en émerveille.

Muette est la métamorphose
Si fière d’en être la cause,
Tout doucement s’en émerveille…

Annie

* « Il a neigé » de Maurice Carême