Archives mensuelles : octobre 2018

Le sonnet curtal : Quand naît la nuit.

Quand naît la nuit

A l’heure où le corbeau fait taire sa disgrâce,
Le joyeux rossignol reprend son doux refrain ;
Toutes les fleurs dehors s’endorment avec grâce.

Dans un soupir, le jour que la lune embarrasse,
Recule devant Nyx dont l’éclat purpurin
Colore l’horizon que mon regard embrasse.

Dans l’océan du ciel voguent tous les secrets,
Que la terre endormie, en murmures discrets,
Confie à chaque étoile.

Quand l’ombre se fiance au silence soudain,
Il est temps d’attraper le songe du jardin
Pour enrichir ma toile…

Annie

Écho à Annie : Dans l’armoire d’antan par Roger Massé.

Merci à mon ami poète, très talentueux,  Roger Massé pour avoir écrit à ma demande un poème en écho à mon rondel  !

Dans l’armoire d’antan

Dans l’armoire d’antan
Aux entrelacs des jours
Il y a des reliques
Devenues inutiles
Des serments végétant
Des jamais des toujours
Des aveux des suppliques
Des phrases volatiles

Dans l’armoire d’antan
Il y a dispersées
Des photos racornies
Pigmentées de sépia
Des moments envoûtants
Des secrets à percer
Du doute qui fournit
De l’ombre à l’immédiat

Dans l’armoire d’antan
Demeurent calfeutrés
Des émois suspendus
Des sensations en friche
Des fragments de printemps
Des empreintes feutrées
Des paradis perdus
Dont le présent s’entiche

Dans l’armoire d’antan
Il y a des habits
Il y a des parures
Qui recouvrent des tares
Il y a du clinquant
Qui cache des phobies
Masque des déchirures
Sous forme d’avatar

Dans l’armoire d’antan
Il y a des tiroirs
Des classeurs des valises
Gorgés de souvenirs
Tronqués à chaque instant
De flous et de trous noirs
D’un passé qui s’enlise
Ignorant l’avenir

Dans l’armoire d’antan
Il y a des racines
Il y a des visages
À nos fibres liés
Des moments éclatants
De vie qui nous fascinent
En ouvrant des passages

Roger Massé

Le rondel : Ma vieille armoire.

Ma vieille armoire

J’ai retrouvé ma vieille armoire,
Son charme fou, noble et discret ;
Tous les parfums de la forêt
Fleurent si bon dans sa mémoire.

Valses d’antan, robes de moire,
Riment toujours avec regret.
J’ai retrouvé ma vieille armoire,
Son charme fou, noble et discret.

J’ai pu refermer mon grimoire,
Car au fond d’un tiroir secret,
Sage mais triste en son coffret
Dormait la clef de mon mémoire ;
J’ai retrouvé ma vieille armoire !

Annie

Le Carillon : Souvenirs en déroute.

Souvenirs en déroute

Je suis de nulle part, le souvenir s’efface,
J’ai tant pérégriné par les monts, par les vaux,
Je ne me souviens plus, que faut-il que je fasse
Pour dénouer le fil de tous ces écheveaux ?

Que sont donc devenus ces joyeux caniveaux
Où des gamins ravis faisaient voguer leur rêve ?
Étais-je à leur côté ? L’image bien trop brève
S’échappe à l’horizon tels galops de chevaux !

Lors je ferme les yeux : – une cour, une élève,
Un sage tablier ; est-il rose, est-il bleu ? –
Qu’il est lourd le rideau d’un passé qui se lève
Avant de s’exclamer : « C’était bien toi parbleu ! »

Et cette ombre lointaine effrayante et difforme ?
A nouveau je la vois quitter son uniforme
Quand le matin venu souriait un marin…

Était-ce pour cela que chantonnait ma mère
Oubliant pour un temps que la vie est amère
Même si le soleil sentait le romarin ?

Que de sanglots versés ont parcouru ma route
A tel point qu’aujourd’hui tout cela me déroute !
Dois-je choisir l’oubli pour n’en cueillir qu’un brin ?

Annie

Le Carillon : Rêve secret.

Rêve secret

J’ai rêvé maintes fois d’une grange discrète
Où nous irions tous deux recompter les moutons
D’un ciel si bienveillant, que pour notre amourette,
Il irait décrocher la lune et ses boutons !

Et même s’il fallait progresser à tâtons
Sur un chemin de croix nous privant de ripaille,
Ah que nous serions bien allongés sur la paille, 
Sous le couvert d’un gîte aux rustiques festons !

Le chant d’une hulotte, un galop de harpaille,
Me jetteraient tremblante au creux de tes deux bras ;
Ton désir étant loin d’un fumet de cipaille,
Tu te ferais berger de mon faux embarras !

Le manteau de la nuit tombant en cascatelles
Couvrirait la pudeur d’un morceau de dentelles
Pour lequel je n’aurais ni remords ni regret !

Mais faut-il une suite à ma douce chimère ? 
Imaginons un peu qu’une brave commère
Ait pour notre aventure un quelconque intérêt !

En tirant le rideau sur ma petite histoire,
J’implore également mon aimable auditoire,
De ne rien dévoiler d’un probable secret !

Annie