Archives pour la catégorie Photos

Le sonnet à échos : Spleen automnal.

rose-jaune

Spleen automnal

Que vais-je désormais faire dans mon jardin
Quand le cafard me guette et que pleure ma rose,
Contempler ce chiffon qui la rend si morose ?
L’hirondelle est partie avec son baladin…

L’automne rougissant fane le lavandin,
Je ne ramasse plus les feuilles à la pelle,
Non plus mes souvenirs, le regret m’interpelle ;
L’hirondelle est partie avec son baladin…

Vais-je garder longtemps cet air de citadin
Qui ne connaît des fleurs que l’or du chrysanthème
Sur lequel le frisson jette son anathème ?
L’hirondelle est partie avec son baladin…

Que vais-je désormais faire dans mon jardin,
L’hirondelle est partie avec son baladin ?

Annie

Le pantoum : Mes richesses.

 

reflets

 

Mes richesses

Je n’aime plus les cathédrales
Elles sont faites pour les rois !
Le vent préfère les chorales
Au pied des plus modestes croix.

Elles sont faites pour les rois
Toutes les richesses du monde ;
Au pied des plus modestes croix
On voit de l’or couler dans l’onde.

Toutes les richesses du monde
Je les récolte pas à pas ;
On voit de l’or couler dans l’onde,
L’azur a de si beaux appas !

Je les récolte pas à pas
Les diamants de ma fortune !
L’azur a de si beaux appas :
– Reflets d’argent ou clair de lune ! –

Les diamants de ma fortune
Je les devine au fil des eaux !
Reflets d’argent ou clair de lune,
Cueillez la paix dans les roseaux !

Je les devine au fil des eaux
Chantres des bois et pastourelles…
Cueillez la paix dans les roseaux
Chantez, dansez, les tourterelles !

Chantres des bois et pastourelles
Brillent au cœur de tes doux yeux.
Chantez, dansez, les tourterelles
Quand mon regard chérit les cieux !

Brillent au cœur de tes doux yeux
Mes rêves d’amours pastorales,
Quand mon regard chérit les cieux,
Je n’aime plus les cathédrales !

Annie

La Rotrouenge : Les bruits de la maison.

gite

Je précise que je ne suis pas chez moi  !

 

Les bruits de la maison

Lorsque le jour se lève, il me plaît d’écouter
Les bruits de la maison qui bâille et se réveille.
Au loin, le chant d’un coq me berce et m’émerveille,
Je souris à cette aube aimant se velouter
Sur un rayon de lune.

L’horloge et son tic-tac que je n’entendais plus,
A nouveau battent fort comme un cœur qui palpite…
Le froufrou de la nuit que la clarté dépite
S’échappe à pas feutrés, en frôlant un talus
Endormi sous la lune.

Le café qui s’égoutte au suave parfum,
Ou le pain qui croustille, en croquant dans sa tranche,
Permettent d’oublier le noir qui se retranche ;
J’ouvre alors grand les yeux, en apaisant ma faim
D’un chaud croissant de lune.

Le vent dans mes volets fait glisser sa chanson,
Accompagné parfois du cri d’une crécelle
Qu’imite en gémissant ma vieille balancelle,
Pour réclamer enfin la modeste rançon
D’un doux morceau de lune.

L’église du village annonce le matin ;
Un meuble, en s’étirant, fait grincer sa jointure ;
Et les oiseaux du ciel, retrouvant ma toiture,
S’égosillant ensemble en un timbre argentin,
Saluent alors la lune…

Annie

La terza rima : Rue gourmande.

 

 

 

place

Rue gourmande

J’aimerais au balcon de la lune m’asseoir,
Pour retrouver la rue où je vécus l’enfance
Entre l’aube rieuse et son voile du soir.

Nous l’empruntions à pied, sans craindre aucune offense,
Pour aller à l’école en se donnant la main,
Concédant aux parents leur dernière défense !

Les pavés des trottoirs, aux senteurs de cumin,
Avaient tous les jeudis comme un goût des brioches
Dont on gardait la tête, offerte au lendemain !

L’épicerie ouvrait sur un rire de cloches,
Quand nous passions sa porte avec timidité
Pour échanger trois sous qui démangeaient nos poches…

La magie opérait quand la publicité
Agitait sous nos yeux le serpent de réglisse
Enroulé sur lui-même et notre avidité !

Le manège du temps, sur un air de malice,
Fait-il encor danser les doux chevaux de bois
Et ce nouvel oiseau si fier de son hélice ?

Hélas, je ne sais plus, dans ce monde aux abois,
Si l’enfant de nos jours pour un cornet de glace
Ose se rendre seul écouter le hautbois

Du platane géant de mon ancienne place…

Annie

Le sonnet français : Automne gourmand.

caly-automne

Automne gourmand

L’automne ce matin décoiffe mon jardin,
Ébouriffant mes fleurs sans respect pour la rose ;
En triste condamnée, elle en devient morose
Sous l’haleine d’un vent lui soufflant son dédain.

Le sablier du temps, en se vidant soudain
Laisse couler ses grains, sans craindre la névrose
De la belle aux abois que la détresse arrose,
La nouvelle saison prépare son gourdin.

Le festin terminé, restent des friandises :
Berlingots de rhubarbe ou d’autres gourmandises,
Mille feuilles volant tout autour de mon banc.

Comme barbe à papa le nuage menace,
Annonçant que bientôt viendra le vieux forban
Qui malgré sa blancheur, sera le plus tenace !

Annie

Le sonnet espagnol : Au lit !

chambre

Au lit !

Qu’ils étaient bons tous ces dimanches,
Quand les enfants venaient au lit
Se blottir entre nos deux manches,
Poser leur cœur de pissenlit,

Pour le remplir en avalanches
Des chauds baisers de leur délit
Que commettaient nos deux « Comanches »
Prenant d’assaut notre châlit !

Parfois le chien pour la caresse
Venait aussi pointer son nez ;
Sur le plateau de la tendresse,

Nous devenions leurs mutinés,
Ils secouaient notre paresse
Se sachant déjà pardonnés !

Annie

 

Stances : Leçon de vie.

leyond11

Je te remercie de nouveau bien cher  Flormed pour la mise en valeur de ces stances !

Leçon de vie

Je me souviens d’un temps où j’étais si jeunette
Que je tenais le monde au creux de mon mouchoir,
Et comme l’oisillon du haut de son perchoir,
Je calquais mes progrès sur des sauts de rainette !

Le printemps de ma vie en sa naïveté,
Tricotait mon bonheur avec force tendresse
Tandis que je forgeais dans le nid de l’ivresse
Les rêves les plus fous pour une éternité !

Le courant de mes jours, en corne d’abondance,
Offrait mille trésors à mon désir gourmand :
Un vol de coccinelle, un pissenlit charmant,
Les mûres des talus dont je faisais bombance…

Quelques amis parfois venaient à la maison,
Avec d’autres bambins, j’appris l’obéissance
En voyant s’échapper la belle insouciance
Par une porte ouverte à l’âge de raison !

La hâte de grandir, à force d’être sage,
Fit que ce temps se mit à galoper soudain…
Ne sachant pas encor qu’il peut être gredin
Je surveillais plutôt le gonflant d’un corsage !

Lors de notre existence il faudrait un brouillon
Afin d’en effacer chaque chose futile,
Car lorsque l’on comprend que tout est volatile
Il est déjà trop tard, le cœur a son haillon !

Annie

Le carillon : Souvenirs en déroute.

gamins

Souvenirs en déroute

Je suis de nulle part, le souvenir s’efface,
J’ai tant pérégriné par les monts, par les vaux,
Je ne me souviens plus, que faut-il que je fasse
Pour dénouer le fil de tous ces écheveaux ?

Que sont donc devenus ces joyeux caniveaux
Où des gamins ravis faisaient voguer leur rêve ?
Étais-je à leur côté ? L’image bien trop brève
S’échappe à l’horizon tels galops de chevaux !

Lors, je ferme les yeux : – une cour, une élève,
Un sage tablier ; est-il rose, est-il bleu ? –
Qu’il est lourd le rideau d’un passé qui se lève
Avant de s’exclamer : « C’était bien toi parbleu ! »

Et cette ombre lointaine effrayante et difforme ?
A nouveau je la vois quitter son uniforme
Quand le matin venu souriait un marin…

Était-ce pour cela que chantonnait ma mère
Oubliant pour un temps que la vie est amère
Même si le soleil sentait le romarin ?

Que de pauvres chagrins ont parcouru ma route
A tel point qu’aujourd’hui tout cela me déroute !
Dois-je choisir l’oubli pour n’en cueillir qu’un brin ?

Annie

Le sonnet à échos : Transhumance

moutons du Causse

 

 

Transhumance

Écoutez les bergers retournant au village,
Écoutez-les chanter ramenant le troupeau
Finir la transhumance et jouer du pipeau ;
Pour retrouver la plaine ont quitté le nuage.

Admirez la marée éternelle et sans âge
Des gentilles brebis au doux manteaux laineux,
-Effluves de senteurs des buissons épineux-
Pour retrouver la plaine ont quitté le nuage.

Pâtres de l’ancien temps et même davantage,
Après leur longue marche ils ont bien mérité
De se rendre à la fête en marge de l’été ;
Pour retrouver la plaine ont quitté le nuage.

Écoutez les bergers retournant au village,
Pour retrouver la plaine ont quitté le nuage.

Annie

Au souffle d’Éole par mon amie Claudine Guichenet.

girouette

Au souffle d’Éole

Dans le sein de ma couche à la trame fleurie
J’entends tomber la pluie au toit de la maison.
Et l’orage qui gronde imite la furie
D’une clameur intense à travers la cloison.

Le vent sans barbelés s’infiltre sous la tuile
Hurlant avec constance, apeure les oiseaux.
Il souffle à perdre haleine au fil d’une mer d’huile
Qui subit la colère en faisant des rouleaux.

S’apaise doucement le tambour du tonnerre,
Son courroux se disperse et conclut le ballet.
Les franges du silence ensommeillent la terre,
C’est l’instant d’une pause au délicat duvet .

En mon terrier intime à l’heure vespérale,
Je me laisse bercer pour savourer la paix,
Car l’épure d’un rêve en cette nuit astrale
Transforme l’existence amoindrissant les faix.

Claudine Guicheney

Janvier 2016