Archives pour la catégorie Sonnets et beaux vers

La strophe onéguine : Tristes regrets.

 

 

Tristes regrets

Je voulais réunir la fleur avec le fruit
Pour en faire un bouquet de nouvelle tendresse,
Mais tu n’as su m’offrir que le terrible bruit
De lourds gémissements en guise de caresse.
Aujourd’hui je suis lasse et n’ai plus de ressort,
Je coupe le cordon, je te laisse à ton sort.
Soixante ans ont neigé sur les monts et les plaines
De mes anciens jardins aux multiples phalènes,
Et si je dois fermer la porte de mon cœur
C’est que je n’attends rien d’une âme si morose,
Qui préférant bercer l’épine et non la rose,
Se retrouve bien seule à boire sa rancœur…
Adieu les souvenirs, adieu douce espérance !
Je vous tire à regret ma triste révérence .

Annie

La balladine : Aux femmes battues.

Sculpture de mon amie Christiana.

Je vous invite à parcourir son blog. Vous ne serez pas déçus !

Aux femmes battues.

La femme est une fleur que l’on cueille en chemin
Prête à s’abandonner dans le creux d’une main,
Cette main qui parfois oubliant la caresse
Préfère s’envoler sur un cri de douleur…
Êtes-vous sûr, Monsieur ? N’est-ce vraiment qu’un pleur
Tandis que vous partez cajoler votre ivresse ?

La femme est une fleur que l’on cueille en chemin ;
Voyez comme elle est belle en sa robe carmin,
Pourquoi lui refuser de goûter la tendresse ?
Ne disiez-vous hier qu’elle était le printemps ?
Et pourquoi lui voler ses merveilleux instants
Tandis que vous partez cajoler votre ivresse ?

La femme est une fleur que l’on cueille en chemin ;
Toute prête à s’ouvrir pour accueillir demain,
Elle en a le pouvoir, le désir et l’adresse ;
Sans doute craignez-vous que fane sa beauté ?
Car on ne la voit plus promener son été
Tandis que vous partez cajoler votre ivresse !

La femme est une fleur que l’on cueille en chemin
Pour partager le cœur d’une vie en commun ;
Ne pensez-vous, Monsieur, qu’un jour dans sa détresse
En ayant plus qu’assez de vos tristes penchants
Elle prenne sans vous une autre clef des champs,
Tandis que vous partez cajoler votre ivresse ?

Annie

La Villanelle, variante : Dans l’aube rose.


Aquarelle de mon amie Marie-Luce

Dans l’aube rose

« Il a neigé dans l’aube rose »,*
Seul le regard sur chaque chose
Tout doucement s’en émerveille.

Même le chat hésite et n’ose
Sur la blancheur prendre la pause ;
Tout doucement s’en émerveille.

L’on aperçoit plus une lauze,
La maison fume en symbiose ;
Tout doucement s’en émerveille.

Muette est la métamorphose
Si fière d’en être la cause,
Tout doucement s’en émerveille…

Annie

* « Il a neigé » de Maurice Carême

La strophe onéguine : Le chien assis de Carl Reitcher.

 

Le chien assis de Carl Reichert

O brave chien dont le regard embrasse
Un maître absent qui va lui revenir !
La patte est prête à s’offrir avec grâce ;
En cet instant il lui faut contenir
L’élan du cœur pour l’homme et sa tendresse,
Qui, de sa main, déposant sa caresse
Fera briller les perles des doux yeux ;
Doux c’est certain mais bien malicieux,
Prêts à mimer la fausse inquiétude
De l’animal pleurant son abandon
Lorsque l’amour tarde pour le pardon…
L’instinct connaît la voix de l’habitude
Qui va bientôt calmer l’empressement :
«  Oui, je suis là ! Couche-toi doucement ! »

Annie

Le sonnet lozérien : A qui la faute ?

Un grand MERCI à mon amie Tyna pour cette mise en page !

 

A qui la faute ?

Hier j’avais vingt ans, mais triste et solitaire,
Je comptais peu d’amis.
Quand souffrent les parents, rire n’est plus permis.
On ne peut que se taire.

J’étais, sans le vouloir, celle dont le mystère
Ne retient les promis.
Ainsi je crus longtemps, et je l’avais admis,
Rester célibataire !

Mais un jour j’ai lâché pour de bon ce tamis *
Dont j’étais tributaire,
Pour vivre mes printemps, la douceur des semis.

Adieu la vie austère !
Et si j’ai soulevé deux ou trois tsunamis,
C’est la faute à Voltaire !

Annie

 

Tamis : Dans le sens, attribut de chasteté

Le Maillet : J’accuse !

J’accuse!

A tous ces petits mots que mon esprit emporte,
J’accuse le chagrin d’avoir fermé la porte
Pour dame poésie, espérant au matin
Un costume de brume et de fleurs de satin,
Un manteau d’alpaga durant la saison morte.

Voyez-les trépigner ainsi qu’une cohorte !
A tous ces petits mots que mon esprit emporte,
J’aimerais bien encore offrir un doux sonnet
Au parfum de bonheur et chants de sansonnet,
J’en implore Érato, je veux qu’elle m’exhorte !

Faut-il donc désormais sur mon triste cahier
Que ma discrète plume écrive un plaidoyer
A tous ces petits mots que mon esprit emporte ?
De pauvres vers tenus faudra-t-il que j’avorte
Et que ma page blanche embrase mon foyer ?

J’en appelle Apollon et même Jupiter ;
En me voyant prier, l’on dirait un pater
Que je récite afin que l’on me réconforte ;
A tous ces petits mots que mon esprit emporte,
Je promets un refrain aussi beau que l’éther…

Je dois me raisonner, il me faut rester forte,
Ne pas tout bousculer, exiger de la sorte !
Mais avoir sous la main, quelque rime, un quatrain,
Même un simple tercet, redonnerait l’entrain
A tous ces petits mots que mon esprit emporte !

Annie

Le blason : La belle et la nuit.

La belle et la nuit

Mais que fais-tu ma belle
Innocente rebelle ?
Car je sais que la nuit
Tu calmes ton ennui
En quittant ta demeure
Si peu que le jour meure ;
Cours-tu le guilledou
Sans craindre l’amadou ?
Sais-tu que sous la lune
Caché parmi la brune
Se terre un loup-garou
Qui guette ton froufrou ?
Parfois je me réveille
J’imagine vermeille
Ta robe et tes atouts ;
J’ai peur des vieux matous
Ils ont la griffe habile
Car te sachant nubile
Ne mettraient pas longtemps
Pour voler ton printemps !
Quand le matin respire
Mon rideau je retire
Chouette, je te vois,
Je baisse alors ma voix…

Annie

Le zégel : Il neige !

 

Il neige !

Il a neigé sur mon jardin !
Est-ce l’hiver et son gourdin
Qui décida comme un gredin
De secouer son ankylose ?

Il semblerait que les flocons
Se soient lassés de leurs cocons ;
En se penchant à leurs balcons
Ont préféré fêter ventôse !

Les voyez-vous valser au vent ?
Comme nonnes en leur couvent,
Vierges encor, c’est émouvant,
Riant de leur métamorphose !

Les innocents ne savent pas
Que pour bientôt, marchant au pas,
Seul les attend un dur trépas
Pressé de voir fleurir la rose !

Annie

Le sonnet français : Rêve de cent sonnets.

Un GRAND merci à mon amie poétesse Tyna pour cette très belle mise en page !

 

Rêve de cent sonnets

Ainsi qu’un animal, blessé, dans sa tanière,
Je me lève plus tard et plus tôt je m’endors…
Seuls les oiseaux du ciel, toutes plumes dehors,
Font naître un brin d’espoir chacun à sa manière.

Quand le matin frileux relève sa crinière,
Et que la lune blême ôte son justaucorps,
Les trilles et les chants mêlent tous leurs accords,
Suis-je prête à semer ma rime printanière ?

Le long des trottoirs gris, s’éteignent les fanaux,
Mais mon regard s’éclaire au fouillis des moineaux
Qui s’ébattent, repus, sous l’aile des mésanges.

Au restaurant du cœur, merles et sansonnets,
Arrivent en renfort comme on part aux vendanges,
Le panier déjà plein de mes plus doux sonnets !

Annie

Le sonnet pétrarquien : Ma Muse est un poète…

Ma Muse est un poète

Ma Muse est un poète, ah mais oui pourquoi pas !
Ne riez pas messieurs car grande est votre quête,
En soufflant sur vos vers la vôtre est bien coquette
Et vous buvez des yeux ses multiples appas !

Mon aède est discret, ses mots sont mes repas,
Il est vêtu d’amour, si sombre est sa jaquette
C’est pour mettre en valeur la blanche pâquerette,
Ne voulant la froisser, il marche à petits pas…

Je l’attends chaque soir en cherchant son étoile
Seul lien qui nous unit car long est le chemin,
Pour tisser avec moi tous les fils de ma toile.

Un jour naîtra, c’est sûr, un plus grand parchemin
Quand la lune sur nous déroulera son voile,
Au parfum d’océan, de sable et de jasmin.

Annie