Archives pour la catégorie Sonnets et beaux vers

Le Carillon : Rêve secret.

Rêve secret

J’ai rêvé maintes fois d’une grange discrète
Où nous irions tous deux recompter les moutons
D’un ciel si bienveillant, que pour notre amourette,
Il irait décrocher la lune et ses boutons !

Et même s’il fallait progresser à tâtons
Sur un chemin de croix nous privant de ripaille,
Ah que nous serions bien allongés sur la paille, 
Sous le couvert d’un gîte aux rustiques festons !

Le chant d’une hulotte, un galop de harpaille,
Me jetteraient tremblante au creux de tes deux bras ;
Ton désir étant loin d’un fumet de cipaille,
Tu te ferais berger de mon faux embarras !

Le manteau de la nuit tombant en cascatelles
Couvrirait la pudeur d’un morceau de dentelles
Pour lequel je n’aurais ni remords ni regret !

Mais faut-il une suite à ma douce chimère ? 
Imaginons un peu qu’une brave commère
Ait pour notre aventure un quelconque intérêt !

En tirant le rideau sur ma petite histoire,
J’implore également mon aimable auditoire,
De ne rien dévoiler d’un probable secret !

Annie

Le sonnet caudé : Déjà l’automne.

Déjà l’automne 

Silencieusement se faufile l’automne
Recouvrant tous les monts de son manteau brumeux,
Tandis que sur les prés les nappes de cretonne
Préparent en secret les mets les plus fameux.

Dès le petit matin quand la fraîcheur étonne
L’on découvre ravis que les talus fumeux
Commencent à trahir le temps qui gueuletonne ;
L’entendez-vous croquer dans les buissons rameux ?

La noisette déjà veut qu’on la déshabille,
Elle aime à nous montrer la douceur de sa bille,
Dans le creux de la main va se pelotonner.

Calmons notre engouement à saisir la châtaigne,
C’est elle qui saura quand se déboutonner,
Nous risquerions à tort de crier oh la teigne !

Bientôt le champignon
Lèvera son chapeau pour saluer la mûre,
En n’osant s’approcher que de son doux murmure…

Fidèle compagnon,
Il a bon pied bon œil même sans son armure,
Mais il craint le gourmand autant que l’entamure !

Annie

Le sonnet français : Le deuil de la nature.

 

 

Le deuil de la nature

La fontaine s’est tue abandonnée au temps,
J’aimais dans mon jardin laisser courir ma plume ;
Où se sont égarés les doux chants du printemps
Dont l’haleine aujourd’hui fait que la bouche fume ?

Tout est silencieux et le jour que j’attends
Pour sortir sa langueur s’enveloppe de brume ;
Envieux du sapin aux rameaux persistants,
Mon prunus déjà nu, pleurniche et puis s’enrhume !

Mais la fleur en mourant livre encor son parfum ;
Des restes de l’été, satisfaisant sa faim,
C’est dans un pot-pourri que la nature expire.

Sous un soleil pâlot qui manque un peu d’entrain
Je me raisonne alors, ce pourrait être pire
Si je n’étais plus là pour finir ce refrain !

Annie

Stances : Le reflet.

Le reflet

C’est l’or d’une fontaine et l’argent du ruisseau,
On voudrait le saisir mais il n’est que mirage ;
Le voyez-vous soigner son délicat moirage,
Ainsi qu’un maître peintre agite son pinceau ?

Il trompe l’animal, qui dans l’étang s’abreuve,
Et dévore du ciel un nuage passant,
Puis s’en retourne au bois, en son rêve innocent,
Espérer pour plus tard une aussi belle épreuve.

Le reflet s’abandonne au vieux miroir sans tain,
Mais c’est dans la psyché, qu’avec force tendresse,
Il offre au corps menu d’une jeune déesse
La frimousse d’un ange et sa peau de satin.

Quand il ne devient plus que l’ombre de lui-même,
C’est que la fin du jour lui ferme le rideau,
A la condition, qu’affamé d’un rondeau,
Un poète en l’éveil n’attise une bohème !

Annie

Le sonnet français : Mon vieux quartier.

 


Mon vieux quartier

J’habite un quartier calme, où de sombres corbeaux
Se reposent parfois
du souffle de la plaine ;
Je devine dès lors, qu’une petite laine
Sera la bienvenue à l’ombre des flambeaux…

Au printemps les jardins y sont tellement beaux,
Que chacun peut sentir cette nouvelle haleine
Entre menthe sauvage et douce marjolaine,
 Permettant d’oublier
chrysanthème et tombeaux.

Dans les bras de Phébus, les matins font silence,
S’enivrent de parfums, soignent leur indolence ;
Ah j’aime mon vieux mur assis sur le gazon !

Deux ou trois brins d’azur pour unique bagage
Et voilà l’hirondelle au fil de l’horizon
Qui me prive d’un coup d’un précieux langage…

Annie

Le sonnet espagnol : Angoisse matinale.


Angoisse matinale

Mais pourquoi le matin cette peur indicible
D’affronter la journée et son évènement ?
Mon esprit tortueux craint-il d’être la cible
D’un phénomène obtus dans son acharnement ?

Et pourtant rien ne manque à mon désir gourmand !
Comment donc expliquer ce fait inadmissible,
N’avoir plus d’appétit pour un ris de froment
Qui pourtant suffisait à me rendre invincible ?

Dès le lever du jour, la plume allait bon train,
Passant de l’encrier à la chaude tartine
D’où s’écoulait un miel nourrissant mon quatrain !

Si l’inspiration devient un peu lutine
Je m’en vais retrouver le noble alexandrin
Que l’on a mis au ban d’une classe enfantine !

Annie

Le sonnet français : Vacances bretonnes.

Aquarelle de mon amie Marie-Luce

Vacances bretonnes

C’était un cabanon au fin fond du jardin
Qui fleurait le vieux foin, la pomme et le mystère,
J’aimais y retrouver ce peuple qui se terre
Et lui tendre avec foi ma lampe d’Aladin…

Oubliés la cigale et le bleu lavandin
Pour vivre une autre vie aux saveurs d’une terre
Que balayait un vent, venu du Finistère,
Afin de me chanter son air de baladin…

Pour régner dignement il me fallait un prince ;
C’est là qu’intervenait mon cousin de province,
Aussi rêveur que nous, vous ne trouverez pas !

Il chassait l’araignée et je cueillais la mûre,
Lorsque nous grimacions face au frugal repas,
Nous n’accusions le fruit mais un cri de lémure !…

Annie

La moyenne bergerette : La passion des papillons.

La passion des papillons

C’est la saison des papillons.
Les blancs, les jaunes et les beiges,
Devant mes yeux, tendres arpèges,
Font défiler leurs bataillons.

Parfois l’un deux un court instant
Vient refermer son éventail,
La clochette de mon portail
Retient son souffle et son battant.

C’est la saison des papillons.
Les blancs, les jaunes et les beiges,
Devant mes yeux, tendres arpèges,
Font défiler leurs bataillons.

Que j’aime voir en tourbillons
Danser leurs ailes sortilèges
Que je retiens dans tous les pièges
De mon filet à passions.

C’est la saison des papillons.
Les blancs, les jaunes et les beiges,
Devant mes yeux, tendres arpèges,
Font défiler leurs bataillons.

Annie

Le sonnet sur deux rimes : Tristes moutons !

Tristes moutons !

L’homme n’est-il donc né que pour être un mouton ?
Écoutez-le gémir lorsqu’un ballon le roule !
Un but pour l’autre camp et son monde s’écroule
Son dieu n’est plus son dieu quand rouge est le carton !

Pour occuper le peuple il suffit d’un bâton
Au bout, une carotte, afin qu’il se défoule ;
Pour cela rien de tel qu’un autre marathon, 
Oubliés les malheurs couverts d’une cagoule !

Les bergers de nos jours savent hausser le ton
Et le troupeau les suit en se coulant au moule,
Le romantisme meurt, la terre perd la boule …

C’est dans beaucoup de bruit qu’on gagne son croûton,
Car chacun tire à soi sa part au gueuleton,
Du coup l’on n’entend plus l’affamé dans la foule …

Annie