Le rondel : Ma vieille armoire.

Ma vieille armoire

J’ai retrouvé ma vieille armoire,
Son charme fou, noble et discret ;
Tous les parfums de la forêt
Fleurent si bon dans sa mémoire.

Valses d’antan, robes de moire,
Riment toujours avec regret.
J’ai retrouvé ma vieille armoire,
Son charme fou, noble et discret.

J’ai pu refermer mon grimoire,
Car au fond d’un tiroir secret,
Sage mais triste en son coffret
Dormait la clef de mon mémoire ;
J’ai retrouvé ma vieille armoire !

Annie

Le Carillon : Souvenirs en déroute.

Souvenirs en déroute

Je suis de nulle part, le souvenir s’efface,
J’ai tant pérégriné par les monts, par les vaux,
Je ne me souviens plus, que faut-il que je fasse
Pour dénouer le fil de tous ces écheveaux ?

Que sont donc devenus ces joyeux caniveaux
Où des gamins ravis faisaient voguer leur rêve ?
Étais-je à leur côté ? L’image bien trop brève
S’échappe à l’horizon tels galops de chevaux !

Lors je ferme les yeux : – une cour, une élève,
Un sage tablier ; est-il rose, est-il bleu ? –
Qu’il est lourd le rideau d’un passé qui se lève
Avant de s’exclamer : « C’était bien toi parbleu ! »

Et cette ombre lointaine effrayante et difforme ?
A nouveau je la vois quitter son uniforme
Quand le matin venu souriait un marin…

Était-ce pour cela que chantonnait ma mère
Oubliant pour un temps que la vie est amère
Même si le soleil sentait le romarin ?

Que de sanglots versés ont parcouru ma route
A tel point qu’aujourd’hui tout cela me déroute !
Dois-je choisir l’oubli pour n’en cueillir qu’un brin ?

Annie

Le Carillon : Rêve secret.

Rêve secret

J’ai rêvé maintes fois d’une grange discrète
Où nous irions tous deux recompter les moutons
D’un ciel si bienveillant, que pour notre amourette,
Il irait décrocher la lune et ses boutons !

Et même s’il fallait progresser à tâtons
Sur un chemin de croix nous privant de ripaille,
Ah que nous serions bien allongés sur la paille, 
Sous le couvert d’un gîte aux rustiques festons !

Le chant d’une hulotte, un galop de harpaille,
Me jetteraient tremblante au creux de tes deux bras ;
Ton désir étant loin d’un fumet de cipaille,
Tu te ferais berger de mon faux embarras !

Le manteau de la nuit tombant en cascatelles
Couvrirait la pudeur d’un morceau de dentelles
Pour lequel je n’aurais ni remords ni regret !

Mais faut-il une suite à ma douce chimère ? 
Imaginons un peu qu’une brave commère
Ait pour notre aventure un quelconque intérêt !

En tirant le rideau sur ma petite histoire,
J’implore également mon aimable auditoire,
De ne rien dévoiler d’un probable secret !

Annie

Le sonnet caudé : Déjà l’automne.

Déjà l’automne 

Silencieusement se faufile l’automne
Recouvrant tous les monts de son manteau brumeux,
Tandis que sur les prés les nappes de cretonne
Préparent en secret les mets les plus fameux.

Dès le petit matin quand la fraîcheur étonne
L’on découvre ravis que les talus fumeux
Commencent à trahir le temps qui gueuletonne ;
L’entendez-vous croquer dans les buissons rameux ?

La noisette déjà veut qu’on la déshabille,
Elle aime à nous montrer la douceur de sa bille,
Dans le creux de la main va se pelotonner.

Calmons notre engouement à saisir la châtaigne,
C’est elle qui saura quand se déboutonner,
Nous risquerions à tort de crier oh la teigne !

Bientôt le champignon
Lèvera son chapeau pour saluer la mûre,
En n’osant s’approcher que de son doux murmure…

Fidèle compagnon,
Il a bon pied bon œil même sans son armure,
Mais il craint le gourmand autant que l’entamure !

Annie

Le sonnet français : Le deuil de la nature.

 

 

Le deuil de la nature

La fontaine s’est tue abandonnée au temps,
J’aimais dans mon jardin laisser courir ma plume ;
Où se sont égarés les doux chants du printemps
Dont l’haleine aujourd’hui fait que la bouche fume ?

Tout est silencieux et le jour que j’attends
Pour sortir sa langueur s’enveloppe de brume ;
Envieux du sapin aux rameaux persistants,
Mon prunus déjà nu, pleurniche et puis s’enrhume !

Mais la fleur en mourant livre encor son parfum ;
Des restes de l’été, satisfaisant sa faim,
C’est dans un pot-pourri que la nature expire.

Sous un soleil pâlot qui manque un peu d’entrain
Je me raisonne alors, ce pourrait être pire
Si je n’étais plus là pour finir ce refrain !

Annie

Gamin de Montmartre par Daniel Lajeunesse.

 

Monsieur Daniel Lajeunesse, m’a fait le grand honneur de mettre l’un de mes sonnets sur sa page d’accueil, je tiens à l’en remercier en publiant ce si beau poème afin de vous le faire découvrir. Daniel est un poète de talent, auteur de plusieurs recueils, primé lors de concours poétiques maintes et maintes fois, dont le talent est aussi grand que sa gentillesse. Merci cher Daniel, et quant à vous mes lecteurs fidèles, n’hésitez pas à parcourir ce merveilleux blog.

http://www.reverie-et-poesie.com/pages/poemes/page-4.html

 

Gamin de Montmartre

 

Il a cette jeunesse encollée à la peau

Qui lui donne toujours ce semblant de gavroche

Quand il va sifflotant, une main à la poche

Et l’autre brandissant sa casquette en drapeau.

 

Son domaine est la rue et il en fait sa cour,

Il est chez lui partout et la butte est la reine

Qui fait de lui un roi qui parade et promène

Sa débrouille et gaieté au rythme d’un tambour.

 

Peut-être verrez-vous, tout près du Sacré-Coeur,

Ce gamin effronté venu chercher fortune,

Tant avec sa gouaille il vous vendra la lune

        Mais vous n’emporterez que son rire moqueur.       

 

Il ira, sautillant, rejoindre son essaim

Là-bas où la fanfare anime le village.

Pour que perdure une œuvre et aussi son image,

Montmartre aura toujours un poulbot en son sein.

Daniel Lajeunesse

 

Stances : Le reflet.

Le reflet

C’est l’or d’une fontaine et l’argent du ruisseau,
On voudrait le saisir mais il n’est que mirage ;
Le voyez-vous soigner son délicat moirage,
Ainsi qu’un maître peintre agite son pinceau ?

Il trompe l’animal, qui dans l’étang s’abreuve,
Et dévore du ciel un nuage passant,
Puis s’en retourne au bois, en son rêve innocent,
Espérer pour plus tard une aussi belle épreuve.

Le reflet s’abandonne au vieux miroir sans tain,
Mais c’est dans la psyché, qu’avec force tendresse,
Il offre au corps menu d’une jeune déesse
La frimousse d’un ange et sa peau de satin.

Quand il ne devient plus que l’ombre de lui-même,
C’est que la fin du jour lui ferme le rideau,
A la condition, qu’affamé d’un rondeau,
Un poète en l’éveil n’attise une bohème !

Annie

Le sonnet français : Mon vieux quartier.

 


Mon vieux quartier

J’habite un quartier calme, où de sombres corbeaux
Se reposent parfois
du souffle de la plaine ;
Je devine dès lors, qu’une petite laine
Sera la bienvenue à l’ombre des flambeaux…

Au printemps les jardins y sont tellement beaux,
Que chacun peut sentir cette nouvelle haleine
Entre menthe sauvage et douce marjolaine,
 Permettant d’oublier
chrysanthème et tombeaux.

Dans les bras de Phébus, les matins font silence,
S’enivrent de parfums, soignent leur indolence ;
Ah j’aime mon vieux mur assis sur le gazon !

Deux ou trois brins d’azur pour unique bagage
Et voilà l’hirondelle au fil de l’horizon
Qui me prive d’un coup d’un précieux langage…

Annie

Le sonnet espagnol : Angoisse matinale.


Angoisse matinale

Mais pourquoi le matin cette peur indicible
D’affronter la journée et son évènement ?
Mon esprit tortueux craint-il d’être la cible
D’un phénomène obtus dans son acharnement ?

Et pourtant rien ne manque à mon désir gourmand !
Comment donc expliquer ce fait inadmissible,
N’avoir plus d’appétit pour un ris de froment
Qui pourtant suffisait à me rendre invincible ?

Dès le lever du jour, la plume allait bon train,
Passant de l’encrier à la chaude tartine
D’où s’écoulait un miel nourrissant mon quatrain !

Si l’inspiration devient un peu lutine
Je m’en vais retrouver le noble alexandrin
Que l’on a mis au ban d’une classe enfantine !

Annie