Le sonnet français : Le lambda.

 

 

Le lambda

Heureux l’être tranquille ayant tout accompli,
Ses devoirs d’écolier, son désir d’être sage,
Les jeux entre copains, le dur apprentissage,
Et même l’impensable, en demeurant poli !

Des premières amours, aux rives de l’oubli,
Il a patiemment cultivé son passage,
Cent fois sur le métier repris le polissage,
Et ce jusqu’au moment d’entendre l’hallali…

De son discret départ on dira, quel dommage !
Mais il était bien vieux, rendons lui cet hommage,
Quelques larmes de fleurs à l’ombre des caveaux.

Celui dont le parcours fait applaudir la foule,
A t-il plus de valeur, qu’on hurle des bravos,
Quand la mort à son tour sur son nom se défoule ?


Annie

Le sonnet français : Festin du matin.

 


Festin du matin


Avant que tout s’éveille, il me plaît d’écouter,
Les songes du jardin qui doucement soupire,
Après la longue nuit l’aube bâille, transpire,
Et le jour, paresseux, tarde à se velouter.

C’est là que tendrement on entend froufrouter
Les jupons des buissons de mon modeste empire ;
Si je règne sur tout, dès que la rose expire,
Je sais que j’ai perdu le suc de mon goûter !

Un chant harmonieux lance sa mélodie,
Brusquement tout s’agite, étrange rhapsodie :
– La république ailée appelle au grand festin !-

Je regarde plus haut, dans sa robe moulante,
La lune s’évapore en son noble destin,
M’offre un dernier baiser de sa bouche galante…

Annie

Le sonnet français : Passe le temps.

Sculpture de mon amie de talent Christiana.

 

Passe le temps

Mais comment tout ce temps a t-il passé si vite ?
Une page se tourne, une autre à l’horizon,
Agite sa menotte en guise d’oraison
Pour celle qui s’endort dès que le ciel l’invite.

Quand tout va pour le mieux, le sujet qu’on évite,
Est celui du trépas qui hante la raison ;
Pour oublier ce fait, on parle de saison,
De l’aube souriante au globe qui gravite !

Ainsi passent les jours, et l’on gémit d’un rien,
En oubliant parfois que l’instant, ce vaurien,
Est bien plus précieux que l’or ou bien la myrrhe.

Et quand de la jeunesse on se sent trop exclus,
Les vieux clichés d’hier qu’aujourd’hui l’on admire,
Font danser un printemps qui ne reviendra plus !

Annie

La Terza Rima : Après le deuil.

Après le deuil


Je pensais retrouver la paix, le réconfort,
Après ce grand départ qui fit pleurer ma prose,
Mais rien de tout cela, sombre est mon coffre-fort.

Un soleil trop timide affiche un air morose
Dès qu’un nuage noir, lourd de tous mes regrets,
L’empêche de sourire à l’éclat d’une rose.

Lors je ferme les yeux sur mes rêves secrets
Afin de rattraper le passé qui s’envole,
Ainsi qu’une colombe entre monts et guérets…

Ah combien j’aimerais d’une rime frivole
Découvrir l’antidote à ce chagrin pesant,
Et ramener au nid la muse bénévole !

Désormais chaque jour un silence écrasant
S’ajoute à la tristesse, et d’un pas qui se traîne,
Il alourdit d’un coup un ciel agonisant.

L’hiver est dans mon cœur, et pourtant souveraine,
La saison offre encor perles et diamants
Quand un buisson fleuri laisse échapper sa traîne

Colorant mes pensers à l’or des firmaments.

Annie

Résultats du concours de la Société des poètes et artistes de France 2021.


Au bal du gai printemps


Dans les champs de colza le soleil fait naufrage
Après avoir poudré les fleurs de mille tons :
Du bleu pour la pervenche et du jaune aux chatons ;
Chaque jour il reprend le fil de son ouvrage !

Primevères, coucous, acclament leur dorage,
Dès que la campanule ajuste ses boutons,
La marguerite offerte au regard des moutons
Tapisse les prés verts d’un délicat mirage.

La glycine en panache, accoudée au vieux mur,
Compagne d’un lilas, tel un vin de Saumur,
Enivre l’herbe folle et la belle églantine !

Discrète violette, au bal du gai printemps,
En silence applaudit les magiques instants
Quand une rose enfin se montre un peu mutine !


Annie

NOUVELLES….

Ma maman est partie mercredi matin et curieusement notre petite fille est née le même jour trois semaines en avance… La charge émotionnelle est forte vous vous en doutez. Je mets mon blog en pause et vous remercie d’avance pour vos doux messages qui me font toujours chaud au cœur !

 

  Merci à toutes et tous pour vos délicats messages. Je vous embrasse.

Dessin d’Alba à la naissance, de mon amie Christiana.

Victor HUGO
1802 – 1885
Lorsque l’enfant paraît
Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris.
Son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,
Innocent et joyeux.

Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre
Fasse autour d’un grand feu vacillant dans la chambre
Les chaises se toucher,
Quand l’enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.
On rit, on se récrie, on l’appelle, et sa mère
Tremble à le voir marcher.

Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme,
De patrie et de Dieu, des poètes, de l’âme
Qui s’élève en priant ;
L’enfant paraît, adieu le ciel et la patrie
Et les poètes saints ! la grave causerie
S’arrête en souriant.

La nuit, quand l’homme dort, quand l’esprit rêve, à l’heure
Où l’on entend gémir, comme une voix qui pleure,
L’onde entre les roseaux,
Si l’aube tout à coup là-bas luit comme un phare,
Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
De cloches et d’oiseaux.

Enfant, vous êtes l’aube et mon âme est la plaine
Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
Quand vous la respirez ;
Mon âme est la forêt dont les sombres ramures
S’emplissent pour vous seul de suaves murmures
Et de rayons dorés !

Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies,
Car vos petites mains, joyeuses et bénies,
N’ont point mal fait encor ;
Jamais vos jeunes pas n’ont touché notre fange,
Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange
À l’auréole d’or !

Vous êtes parmi nous la colombe de l’arche.
Vos pieds tendres et purs n’ont point l’âge où l’on marche.
Vos ailes sont d’azur.
Sans le comprendre encor vous regardez le monde.
Double virginité ! corps où rien n’est immonde,
Âme où rien n’est impur !

Il est si beau, l’enfant, avec son doux sourire,
Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
Ses pleurs vite apaisés,
Laissant errer sa vue étonnée et ravie,
Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie
Et sa bouche aux baisers !

Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j’aime,
Frères, parents, amis, et mes ennemis même
Dans le mal triomphants,
De jamais voir, Seigneur ! l’été sans fleurs vermeilles,
La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants !

 

Stances : La starlette.

La starlette

Elle expose son corps, telle une friandise,
Que l’on couve des yeux sans pouvoir se l’offrir,
Et les seins généreux, sans rien pour les couvrir,
Ouvrent des appétits pour cette gourmandise.

Ses robes, ses bijoux, d’or et de diamant,
La font se pavaner, bien trop belle ingénue,
Mais sous la mousseline, elle est quasiment nue,
Déjà prête à s’offrir à son nouvel amant.

Le feu des projecteurs la flatte et la caresse,
Elle en rajoute un peu, la foule s’attendrit,
Devant tant de beauté même le ciel sourit,
Mais le diable se cache au milieu de la presse…

C’est ainsi que plus tard on la retrouve en pleurs,
Nouvelle Cendrillon n’ayant plus de carrosse,
La drogue est son recours car le monde féroce
Aime aussi se nourrir des plus grandes douleurs.

Annie

Invitation 3.


Invitation 3

Mon cœur bat la chamade à force de penser,
Je voudrais du soleil et de l’or pour ma plume ;
Ne pourrais-tu ce soir apporter ton enclume ?
La terre a bien des maux qu’il me faudrait panser.

Peut-être qu’en forçant mes mots à mieux danser
L’un d’eux s’envolerait pour une farandole
Afin de retrouver celui qui se gondole ?
La terre a bien des maux qu’il me faudrait panser.

O Muse s’il te plaît, pourrais-tu dépenser
Un morceau de ton temps pour ici me rejoindre ?
Je guette à l’horizon mais je n’y vois rien poindre !
La terre a bien des maux qu’il me faudrait panser.

Mon cœur bat la chamade à force de penser,
La terre a bien des maux qu’il me faudrait panser…

Annie

Le Rondel : Été pourri.


Été pourri


Le ciel est gris, mon cœur est triste,
Depuis des mois plus de gaîté,
Le temps se moque de l’été
Pleurant tous ses talents d’artiste…

Touffeur du soir, aube fleuriste,
Et ce soleil en majesté
Qui rend chacun plus optimiste,
Cela n’est-il pas mérité ?

Pourquoi ce rideau de batiste
Qui garde en sa captivité
Un horizon désappointé
D’être pris pour un fantaisiste ?
Le ciel est gris, mon cœur est triste…

Annie