La Terza-rima : Dans tes yeux.

Dans tes yeux…


Dans tes yeux j’aimerais à la frange du ciel
Cueillir mille couleurs et des morceaux d’étoile
Pour les mettre en bouquets en un flux glaciel,

Celui de mon chagrin dès qu’il trempe la toile
Des songes du passé qu’enveloppe une peur,
Dormant sous l’édredon d’une lune sans voile.

Ton regard si brûlant, tel un bain de vapeur,
Ramènerait la joie au milieu d’une lice
Comme un frisson d’amour qui se voudrait trappeur !

Hypnotisée ainsi je me ferais complice
De ce désir lové dans ton clin d’œil mutin
Prolongeant à plaisir l’adorable supplice !

Puis la nuit glisserait sur ton doigt de satin
La chaleur d’un baiser au doux chant des mésanges
Que tu déposerais sur ma bouche au matin,

A l’heure où Séléné rappelle tous ses anges.

Annie

Le Blason : Au bal des hirondelles.

Au bal des hirondelles

J’avais la taille fine et la jambe gracile,
Je tenais du roseau la souplesse facile
De celle dont le poids ne gêne aucunement,
Mais j’ignorais alors tout l’art du mouvement,
Jusqu’au jour où j’appris les danses guillerettes
Qui font vibrer les cœurs et briller les mirettes !
Je regrette toujours les bras audacieux
De charmants cavaliers dont les pas gracieux
Me conduisaient ravie au milieu de la piste
Pour répondre aux appels de l’accordéoniste !
C’est dans ces moments-là que volait mon jupon,
Et que mon tendre amour prenant un air fripon,
Imaginait sans doute une douce caresse,
Son regard affichant la plus grande tendresse.
Et les yeux dans les yeux et la main dans la main,
Aujourd’hui nous voici presque au bout du chemin ;
Et même si je ne suis pas encor balourde,
La taille est plus épaisse et la jambe plus lourde !
Mon amant de printemps, devenu mon mari,
Jamais ne souffrira d’aucun charivari,
Et si nous préférons le bal des hirondelles
C’est qu’il est le garant des amoureux fidèles !

Annie

Le sonnet français : Au banquet du printemps.

Merci à mon amie Maria pour cette très belle mise en page.

Au banquet du printemps

Le saule a ses cheveux et le bourgeon s’éclate,
Le printemps de nouveau fait rire le bosquet,
Tous les oiseaux du ciel raniment leur caquet,
Dans un monde en éveil qui fringote ou blablate !

On se met à rêver d’une rose écarlate,
D’arums majestueux, de l’œillet si coquet
Qu’il offre son parfum à l’éternel banquet
De la neuve saison qui tendrement le flatte !

Qu’il chante ou se pavane, on aime le coucou,
Et le bonheur revient nous tendre son licou
Avant de nous livrer des milliers de clochettes !

Dans le ciel azurin, tels des accroche-cœurs,
Les martinets gourmands sortent de leurs cachettes,
Et chacun d’applaudir entremets et liqueurs !

Annie

La Villanelle : L’art de la plume.

Merci à  Maria pour sa très belle mise en page !

L’art de la plume


J’ai cultivé l’art de la plume,
Ignorant tout de son pouvoir,
Comme il est droit face à l’enclume !

De bon matin l’aube s’allume,
Je me sens prête à me mouvoir ;
J’ai cultivé l’art de la plume.

J’attrape au vol un grand volume,
Gonflé de mots et d’un savoir,
Comme il est droit face à l’enclume !

Mon regard fuit le vieux bitume,
S’attache aux ris d’un abreuvoir,
J’ai cultivé l’art de la plume.

J’en cueille l’or et puis sa glume
Pour enchanter mon réservoir,
Comme il est droit face à l’enclume !

Voilà comment tout se parfume,
Même l’eau glauque et son lavoir ;
J’ai cultivé l’art de la plume,
Comme il est droit face à l’enclume !

Annie

Le sonnet marotique : Nettoyage par le vide.

Nettoyage par le vide

Voilà que rejaillit en trois coups de chiffon
Tout ce qui fut ma vie avant que d’être élue,
Poétesse d’un jour, complimentée et lue,
Par quelques doux rêveurs de mouches au plafond !

Mon passé qui dormait, blotti dans un siphon,
Décide tout à coup, telle une ombre velue,
De quitter brusquement la poutre vermoulue,
Où le temps poussiéreux se fige et se morfond !

Objets inanimés qui dorlotez votre âme,
Vous trouverez la mienne au cœur d’un épigramme,
Car c’est là qu’elle puise et force et Triolets !

Entre deux souvenirs mon cœur est en balance,
Que vais-je donc choisir parmi cette opulence
Pour revoir de nouveau danser mes feux follets !

Annie

Article sur le Mortagnais : « Annie Poirier, poétesse classique passionnée. »

 
Suite à l’incendie  de Strasbourg je viens juste de récupérer mon serveur.  Merci à tous pour vos passages amicaux, je suis bien désolée de ce retard, le principal étant que je puisse retrouver ce blog !

 

Un grand merci à Madame Suptille, chargée de la communication de ma jolie commune,  pour avoir publié cet article élogieux sur ma passion de la poésie classique !

 

Le sonnet irrégulier : Les caprices des saisons.

Les caprices des saisons

Des fleurs sur ma fenêtre et du soleil enfin,
Est-ce donc le printemps qui s’est trompé d’horloge ?
S’attablant au jardin pour apaiser sa faim
Il taquine l’hiver et même le déloge !

L’automne en sa saison fut bien le plus gourmand,
Depuis l’heure d’été, pleurant de son déluge,
Il avait dévoré jusqu’au moindre gourmand,
Et privé de dessert le bonhomme et la luge.

Sur les pas japonais s’étale le gazon,
Faut-il déjà tailler dans l’épaisse toison
Afin d’apercevoir un ris de pâquerette ?

Le crocus s’est montré depuis belle lurette
A la douce pensée au grand cœur généreux,
Savourant un silence en son rêve amoureux…

Annie

Le sonnet espagnol : Rossignol du matin.

 

 

Rossignol du matin

Qu’importe la froidure ou l’actualité,
Rossignol du matin m’offre sa sérénade,
Je déguste son chant, telle une limonade
Désaltère ma soif de musicalité !

J’oublie alors d’un coup toute brutalité,
Mon esprit frétillant, du cœur de sa manade,
Laisse éclater sa joie et d’une talonnade
Fait tinter les grelots de ma vitalité !

La nature engourdie entrouvre une paupière,
Dès que la tourterelle amorce son refrain,
Tandis qu’une jacinthe ourle enfin sa guêpière.

Envolés les soucis, les cris et le chagrin,
J’imagine déjà, caché dessous la pierre,
Le grillon prisonnier de mon alexandrin !

Annie

Le sonnet français : Jour après jour.

 


Jour après jour…


Un nouveau jour encor va mourir dans l’espace
En cueillant au passage un rai de diamant
Pour offrir à la lune, ô précieux amant !
Un brin de souvenir avant qu’il ne trépasse.

Un autre le suivra se glissant dans l’impasse
Qui mène à l’inconnu du rouge firmament ;
C’est là que le Berger, d’un pur enchantement,
Protège son troupeau des serres d’un rapace.

Chaque ange de la nuit ouvre son coffre-fort
Pour y ranger l’amour récolté dans l’effort
Par les petites mains d’ouvrières nocturnes ;

Mais dès que le soleil étale ses rayons,
Tout un peuple à l’affût rechausse ses cothurnes
Pour colorer l’azur de ses plus doux crayons…

Annie

Le sonnet lozérien : Tôt le matin.


Tôt le matin

Sur le tableau du ciel, immuable farceur,
Comme à l’accoutumée
Je pose mon regard dans l’aube parfumée
En quête de douceur.

Pas un nuage en vue, aucun oiseau valseur,
Pas même la plumée
D’un ange qui s’enfuit du cœur d’une ramée,
Pour mon œil rêvasseur !

Je retrouve aussitôt mon encre bien-aimée
Et son refrain berceur,
En occultant la nue encore inanimée.

Quand un chant précurseur,
Annonce tout à coup d’une voix enflammée :
« Adieu triste noirceur ! »

Annie