Le sonnet marotique : Frayeur.

Frayeur

Dans le lointain brumeux, un vieux coq s’époumone,
Il appelle le jour, paresseux ce matin ;
Après la longue nuit, un voile de satin,
Enveloppe à loisir l’ombre d’une démone…

Derrière mes volets, j’entends que l’on marmonne…
Qui cherche à m’effrayer ? Quel est ce plaisantin ?
Un elfe des sous-bois, un korrigan mutin ?
Mon regard sourcilleux s’attache à la crémone !

Voilà que maintenant on gratte au portillon,
Ce ne peut-être, hélas, un vol de papillon,
Fatigué de sa nuit, effleurant ma sonnette !

La curiosité, plus forte que la peur,
Me conduit jusqu’au seuil et là, c’est la stupeur !
Aguicheuse, je vois, une tendre minette !

Annie

Le sonnet français : Bientôt.

 

Bientôt


Quand reviendra le temps des rires et des fleurs,
J’irai par les chemins, j’irai sur la colline,
En suivant l’oiseau bleu dans l’aube qui décline,
Et jouir du matin négligeant ses pâleurs.

Les pinceaux du printemps, de leurs mille couleurs,
Effaceront bientôt de leur grâce câline,
La noirceur des sous-bois ôtant leur capeline,
Soulagés d’en finir avec les tristes pleurs !

J’ouvrirai chaque jour la porte ou la fenêtre,
Je bénirai le ciel tout heureux de renaître,
Sans craindre le nuage ou la force du vent…

Je guetterai le soir la lune et sa chandelle,
Pour attraper au vol un chant d’engoulevent,
Et broder mon sommeil d’un rêve d’hirondelle !

Annie

Le sonnet français : Sonnet pour Alba.

BONNE ET HEUREUSE ANNÉE A TOUTES ET TOUS !

 

Sonnet pour Alba

Alba, petite fée, à l’aube de la vie,
Sais-tu que c’est le ciel et sa lune en bouton,
Qui détient les secrets du plus petit santon,
Celui qui tous les ans ranime notre envie ?

Après la longue attente, à table on le convie,
Pour admirer sa grâce et le joli peton,
Qui dépassant parfois des langes de coton,
Donne au baiser le goût d’une pêche Pavie.

En ce premier Noël, on en perd la raison
Quand ton clair gazouillis enchante la maison,
Et chacun d’applaudir ta mignonne frimousse !

Devant tant de candeur même le ciel sourit,
Et le gentil berger à genoux sur la mousse,
Ajoute à son respect la foi qui s’attendrit !

Annie

Le sonnet espagnol : Pour raconter Noël.

Je vous souhaite un joyeux Noël !

Pour raconter Noël.


Pour raconter Noël, il suffit d’un crayon,
De quelques blonds fétus, de la plume d’un ange,
D’une femme à genoux à la voix de mésange
Qui serre sur son cœur, d’un doux fruit, l’oreillon,

De moutons dans le ciel, tous pendus au trayon
D’un astre plus goûteux que le jus d’une orange,
Déposée au matin à l’abri d’une grange,
Où le soleil tardif vient planter son rayon,

D’une branche de houx, de bonbons de guimauve,
D’un beau sapin tout vert où s’endort un chausson
Oubliant, pour un soir, tous les secrets d’alcôve !

C’est le clair gazouillis d’un nouvel enfançon,
Pour qu’éclate la fête avant que ne se sauve
A minuit, en douceur, la divine chanson !

Annie

Le Rondel : L’amour en cage.

 

L’amour en cage

L’amour en cage est-il amour ?
C’est en son nom qu’on se fiance,
Afin d’atteindre l’alliance,
Signe éternel du plus beau jour.

Mais quand parfois plane un vautour,
Son ombre devient méfiance ;
L’amour en cage est-il amour ?
C’est en son nom qu’on se fiance !

Quand le serment prend un détour,
Usant les nerfs, la patience,
Bonjour à la triste ambiance ;
Seul le passé reste glamour,
L’amour en cage est-il amour ?

Annie

La Villanesque : Intolérance.

Tableau de mon amie Christiana

Hommage aux femmes et aux petites filles que l’on prive de liberté, et même pire…

 

Intolérance


J’aimerais bien savoir l’étrange différence
Menant l’un à l’école et l’autre en sa prison ?
S’il vous plaît, dites-moi quelle en est la raison ?

Non, je ne puis penser qu’une protubérance
Force une jeune fille à changer d’horizon !
S’il vous plaît, dites-moi quelle en est la raison ?

Ah je peste il est vrai contre cette aberrance,
Recouvrir une fleur pour son exhalaison !
S’il vous plaît, dites-moi quelle en est la raison ?

En inventant des lois prônant l’intolérance
Faut-il être innocent pour boire à son poison !
S’il vous plaît, dites-moi quelle en est la raison ?

Annie

Le sonnet français : Réminiscence.


Réminiscence


Je nous revois tous deux sur un petit nuage,
Nos cœurs battaient bien fort face à tant de bonheur ;
Sur le seuil de l’église, on nous fit grand honneur,
En recevant les vœux de notre voisinage !

Il était plus que doux ce jour de mariage
Et fier était aussi le gai carillonneur
D’avoir été choisi pour devenir sonneur,
De cet évènement dans mon petit village !

Pour moi la robe blanche et la rose en bouton,
Pour toi le rêve tendre et le joli veston,
Et nous étions fin prêts pour la grande aventure !

C’était hier, déjà ! Aujourd’hui, grands-parents,
Protégeons notre foi pour qu’une signature
Conserve jusqu’au bout ses pouvoirs fulgurants !

Annie

Le sonnet estrambot : Le crépuscule.

 

Le crépuscule


Dans un bain rouge sang l’horizon se prélasse,
Tarde à s’évanouir face à tant de beauté,
Et même si la lune a regagné sa place,
La nuit n’a pas encor du jour tout grignoté !

C’est à pas de velours que le temps se déplace,
Après avoir cueilli l’or d’une royauté,
Pour le fondre à plaisir sur mon humble palace,
Modeste nid d’amour, par nos cœurs mignoté !

Et petit à petit une onde rose et tendre,
Envahit toute chose et chacun peut entendre
Murmurer le silence au seuil de la noirceur.

Un dernier chant d’oiseau clôture enfin la toile,
L’ombre apparaît sitôt que jaillit une étoile,
Le ciel se pare alors d’un manteau de douceur…

La lumière n’est plus, mais un flot de mystère,
Appelle le poète à sublimer la terre
D’une rime galante et d’un refrain berceur !

Annie