Archives mensuelles : janvier 2020

Le Doucet : En route pour la maison de retraite.

En route pour la maison de retraite

Nous partirons ensemble en notre maison blanche…

Soixante ans révolus, il te faudra surseoir
Aux caprices du temps et sa lourde palanche.

Tu m’aideras bien sûr, à doucement m’asseoir,
Avant d’aller vaquer à quelque tâche ingrate
Que nul ne t’enviera quand tombera le soir.

En n’ayant jamais eu la fibre aristocrate,
A l’âge où l’on aspire à prendre du repos,
C’est moi qui désormais serai bien plus dispos
Pour maudire avec toi ce monde phallocrate.

En demeurant au port, tu te feras bossoir
De tout un régiment qui, devenu pirate,
Finira par user tes nerfs et ton houssoir !

Je n’ai plus qu’à prier pour que ton cœur ne flanche
Avant cette retraite au parfum d’encensoir…

Nous partirons ensemble en notre maison blanche !

Annie

Le sonnet français : Autre époque, autre temps.

Autre époque, autre temps !

Ne gagner que trois sous pour vaquer à l’ouvrage
Pendant que ces messieurs rêvent d’être rentiers,
Voilà comment l’on perd les plus jolis métiers
Exigeant savoir-faire et beaucoup de courage !

Jadis ne disait-on, labour et pâturage
Font de notre pays les meilleurs héritiers ?
Ceux-là cultivaient l’or loin des plus beaux quartiers
Où la valeur se fond dans le creux d’un mirage…

Aujourd’hui chacun veut le beurre et son argent,
Quant à la qualité n’est-il pas affligeant
De la voir se noyer dans une mer immonde ?

Ainsi va notre époque accélérant le temps,
Mais saurons-nous toujours ciseler les printemps
Si nous courons après l’hiver de notre monde ?

Annie

Stances : Grand-mère bretonne.

Grand-mère bretonne

Il est de ces parfums qui hantent ma mémoire,
Déroulant du passé le plus beau souvenir,
Celui de mon aïeule au pays du menhir,
De la coiffe bretonne et d’une ancienne armoire…

Quand l’âtre chantonnait les émois du matin,
Le vieux meuble de chêne étirait ses jointures ;
En demeurant blottie entre mes couvertures,
J’espérais simplement que dure ce festin !

Les yeux malicieux de grand-mère l’idole
Pétillaient de sa joie à me faire plaisir,
Mon bonheur était tel qu’il me voyait rosir
Dès qu’un fumet connu lançait sa farandole !

Alors je bondissais, comme un chaton malin,
Avide de goûter les crêpes en dentelle
Dont la chaleur encor, tendrement maternelle,
Longtemps demeurera dans mon rêve orphelin.

Au clic-clac des sabots, répondait la pendule,
Égrenait chaque instant de ses doigts dégourdis,
Afin de rappeler que même au paradis,
Chaque minute offerte apporte sa ridule…

Annie

Stances : La ronde des mois.

Sculpture de mon amie Christiana Moreau.

La ronde des mois

Déjà janvier s’avance en son bel artifice,
Enveloppé d’espoir et de brouillard givrant ;
Il brise du passé chagrins et maléfice
Puis il quitte la scène heureux et délirant.

Arrive février dans son manteau d’hermine
Qui transforme le bois en un monde enchanteur,
Fige le cyclamen, même la cardamine,
Dans l’attente d’un mars toujours à la hauteur !

Avril a son coucou, mai ses mille clochettes,
Chacun d’eux s’évertue à réveiller les cœurs,
Et lorsque l’on entend crépiter les branchettes,
C’est que juin rayonnant savoure ses liqueurs !

Et s’enflamme juillet de l’aube au crépuscule
Pour rester grand vainqueur des plus belles moissons
Que l’on déguste en août, en pleine canicule,
En attendant du soir deux zestes de frissons.

Sur les fils de septembre, on voit une hirondelle,
Se délecter déjà du grand rassemblement,
Tandis que les moineaux, d’un habile coup d’aile,
Surveillent de la treille, octobre au firmament.

Novembre épouse l’or du plus beau chrysanthème
Dès que la feuille meurt sous l’arbre décharné,
Jusqu’à ce que décembre attise une bohème
Pour réchauffer la crèche où dort un nouveau-né !

 

Annie

Le sonnet layé : La pensée

 

La Pensée

C’est Elle qui s’impose à notre esprit distrait,
Le rendant perméable
A tout ce qui n’a pas de l’instant cet attrait
Devenant insondable.

Si la porte se ferme à la Réalité
Qui lors n’a plus les pieds sur terre,
Mais la tête en les mains de la fertilité
Sachez qu’Elle s’y désaltère !

Le corps écoute alors avec attention
L’ultime résultat de la réflexion
Pour quitter le nuage…

Négative ou joyeuse, Elle s’attache à nous
Que l’on se tienne droit ou sur les deux genoux
Avec Elle on voyage !

Annie