Archives mensuelles : mars 2020

Le sonnet français : Mon amour de toujours.

Aquarelle de mon amie Marie-Luce

 

Mon amour de toujours

Qu’est-il donc devenu mon amour, mon ami,
Qui de sa voix profonde apaisait les querelles,
Tandis que le désir couvait sous les ombrelles,
Et que le bel été semblait s’être endormi ?

Je vois venir le temps de n’être qu’à demi,
Bel amant de toujours, troublant les tourterelles,
Tu ne peux oublier qu’à l’ombre des tourelles
On bénissait le soir quand il avait blêmi !…

J’aimerais retrouver la douceur de l’ivresse
Quand nous restions au lit en feignant la paresse,
Tandis que je m’offrais au plus tendre examen…

Retournons s’il le faut dans cette herbe complice,
Nous mêlerons nos cœurs aux parfums de mélisse,
Un peu comme autrefois, et bien moins que demain !

Annie

Hommage à Jean Ferrat.

 

Hommage à Jean Ferrat

Comment donc a-t-on pu te censurer, Ferrat,
Toi qui chantais la France et ta belle montagne ?
Des bruyères d’Ardèche aux genêts de Bretagne,
Ta voix est un cristal venu de Baccarat !

Un frisson me parcourt au mot de Potemkine,
Et je pense aux marins dont je connais le sort,
Tristes mais valeureux, en un dernier essor,
Ils ont bravé la peur et la houle mesquine…

Ah j’aime à t’écouter quand ton cri de douceur
Réveille mes matins, dans leur brume tragique ;
Pour secouer ma plume à l’âme nostalgique,
Tu remplaces ma muse, ô tendre envahisseur !

J’aurais aimé plonger dans ton torrent de larmes
Afin de recueillir des fruits de passions
Pour nourrir mes quatrains de tout nouveaux scions,
Rien de tel que d’ouïr tes plus chaudes alarmes.

Que serions-nous sans toi, l’homme aux mille chansons,
Qu’une horloge arrêtée entre égoïsme et trouille
Lorsque la saison pleure en regardant sa rouille
Car elle se souvient des étés polissons ?

En ayant trop d’amour à donner en partage,
Il t’a fallu chanter, non pour passer le temps,
Mais en tant que témoin de multiples printemps,
C’est moi qui désormais t’offre un modeste hommage !

Que ne suis-je Brassens, Aragon ou Prévert !
J’aimerais te conter mon rêve le moins sage,
En t’ouvrant, s’il le faut, les pans de mon corsage,
Je suis cet avenir qui marche à découvert !

Puisqu’il me faut déjà clôturer mon poème,
Je t’appelle au secours, car ton cœur est si grand,
Pour me souffler un vers au parfum enivrant,
Un parfum délicat de fleurs et de bohème…

Annie

La Schaltinienne : Simple bonheur.

Simple bonheur

 

J’ai connu le bonheur de la grande aventure
Dès que juin préparait tous les feux de l’été,
Celui de la Saint-Jean clamant sa Majesté,
Où celui de juillet pour son investiture !

Je me revois encor face au joyeux départ,
Excitée à l’extrême en bouclant la ceinture
D’un destrier plus fier qu’un rapide guépard !

Grand Sud-Ouest me voilà ! chantonnait ma pensée,
Tandis que mon toutou de la vitre baissée

Sans le savoir mimait, girafe et léopard !

Annie

Le sonnet layé : Face au coronavirus.

 

Le baiser…

Sculpture de mon amie artiste et écrivain Christiana Moreau

Christiana Moreau
Artiste peintre, sculptrice
Auteure du roman La sonate oubliée aux Éditions Préludes et au Livre de Poche
 

                                                                     

    Face au Coronavirus

Il pleut dans mon jardin et la vie est morose,
Car on craint ce virus
Qui joue à s’attaquer à tous ceux dont l’arthrose
Ronge chaque humérus.

Même les jeunes gens, à la pommette rose,
S’obligent à faire chorus, 
Mais sans trop s’approcher dès que naît la névrose
Face à cet acarus !

On se regarde tous comme chiens de faïence,
Et voilà que l’on plaint celui qui se fiance
En nous tournant le dos !

Qu’il est bon ce baiser qu’on se donne en cachette !
Faudra-t-il désormais lui mettre une clanchette
Ou quelque parados ?

Annie

Le sonnet français :

Que ne suis-je ?

Que ne suis-je le trait d’un passé qui m’obsède,
Je pourrais au réveil le gommer le matin
Pour détourner le cours d’une vie intermède,
Un pied dans le bonheur l’autre dans l’incertain !

Que ne suis-je le nœud d’un instant qui décède,
Je pourrais l’attacher aux rives du destin
Laissant couler mes jours sans recours au remède
Qui permet d’affronter d’un regret l’importun !

Mais hélas je ne suis qu’un morceau de brindille
Accrochée au hasard ainsi qu’une cédille
Suit au pied de la lettre un mot sur le buvard…

Ai-je donc tant vécu que je m’en inquiète
Mon verbe devient-il un terrible bavard ?
Qu’il me faut désormais le mettre à la diète !

Annie