Archives mensuelles : octobre 2020

La Terza Rima : Trop tard.

 

 

Sculpture de mon amie Christiana Moreau.

Trop tard

Je voulais réunir la fleur avec le fruit,
Pour en faire un bouquet de nouvelle tendresse,
Mais tu n’as su m’offrir qu’un silence et son bruit.

Mendiante d’amour, j’espérais ta caresse,
Un peu comme autrefois, lorsque j’étais enfant,
Car en ces temps bénis on ne sait la détresse.

Dans tes bras j’éprouvais un plaisir triomphant
A me faire bercer, nichée en cette osmose,
Dont j’ignorais alors le pouvoir étouffant.

Ah combien j’ai souffert de la dure ecchymose
Que ta fuite inutile a laissée en mon cœur,
Aujourd’hui tu reviens, je ne suis plus ta chose !

Ne pouvant remplacer celui dont la liqueur
Enivrait tes désirs de folles aventures,
Tu rejettes sur moi des colliers de rancœur.

Nous aurions pu, maman, dans de tendres pâtures,
Construire un autre nid, sans reproche et sans heurt,
Pour accueillir, enfin, maintes progénitures.

Hélas, je vois déjà l’éclat du jour qui meurt.

Annie

Souvenirs d’enfance.

Si vous aimez les livres et la poésie, voici un nouveau recueil édité aux éditions Stellamaris ( mon éditeur) Souvenirs d’enfance . Il regroupe les poèmes lauréats d’un concours organisé par Afropoésie au profit de l’association HELPED.

Vous y retrouverez mon écrit, Grand-mère Bretonne, ainsi que de nombreux poèmes amis ! Bravo à cette association !

 

http://editionsstellamaris.blogspot.com/2020/10/souvenirs-denfance.html

Grand-mère bretonne


Il est de ces parfums qui hantent ma mémoire,
Déroulant du passé le plus beau souvenir,
Celui de mon aïeule au pays du menhir,
De la coiffe bretonne et d’une ancienne armoire…

Quand l’âtre chantonnait les émois du matin
Le vieux meuble de chêne étirait ses jointures ;
En demeurant blottie entre mes couvertures,
J’espérais simplement que dure ce festin !

Les yeux malicieux de grand-mère l’idole
Pétillaient de sa joie à me faire plaisir,
Mon bonheur était tel qu’il me voyait rosir
Dès qu’un fumet connu lançait sa farandole !

Alors je bondissais comme un chaton malin
Avide de goûter les crêpes en dentelle
Dont la chaleur encor, tendrement maternelle,
Longtemps demeurera dans mon rêve orphelin.

Au clic-clac des sabots répondait la pendule
Égrenant chaque instant de ses doigts dégourdis
Afin de rappeler que même au paradis
Chaque minute offerte apporte sa ridule…
Annie Poirier

Le Rondeau : A la pêche aux rimes riches.

 

A la pêche aux rimes riches

J’avoue aimer la rime riche,
Et pour cela parfois je triche,
Je ruse et cueille un doux prénom
Tels que Victor ou bien Manon,
Je m’invente un voyage en Autriche !

Lorsque j’ai rempli ma bourriche,
Je sème et plante sur la friche
La nouveauté dont le chaînon
Fera peut-être mon renom !
J’avoue…

Je m’approprie un lophotriche
En évitant le sporotriche,
Mais je rajoute à mon pennon
La fourrure d’un lagotriche !
J’avoue !

Annie

En écho à mon poème, celui de mon ami Roger, très talentueux poète !

Elle est belle la rime riche
Qui ne boite pas ni ne triche
Appuyée sur une consonne
Qui la soutient, qui la façonne
Experte en musicalité
Cadence, originalité

Mais si je ne la trouve pas
Qu’une autre au moins soit suffisante
Bien à sa place dans sa strophe
Qu’elle me paraisse sympa
Qu’elle intervienne séduisante
Et m’interpelle et m’apostrophe

Que masculine ou féminine
Elle rénove, elle peaufine
Sans oublier qu’elle est sensée
Devoir exprimer ma pensée
Pauvre elle n’aura de valeur
Que parée d’une vraie couleur…


Roger

Le Rondel : Triste épisode.

Triste épisode

Quand un ruisseau devient torrent,
On voit prier la verte osmonde ;
Il rage, il fume, et puis émonde
Bois et taillis, c’est effarant…

Devenu fou, vociférant,
Il cesse d’être calme et monde ;
Quand un ruisseau devient torrent,
On voit prier la verte osmonde…

Non satisfait, en conquérant,
Dans le village il vagabonde,
On dirait une fin du monde ;
Même le ciel part en courant,
Quand un ruisseau devient torrent !

Annie