Archives mensuelles : novembre 2020

Le sonnet marotique : Paroles de silence.

 

Paroles de silence

En buvant du silence en face de moi-même,
J’avale chaque bruit qui croque sous la dent
D’un soleil réveillé par le désir ardent
D’une lune pâlotte à force de carême.

L’ombre d’une lumière, en cristal de Bohême,
Glisse sur ma mémoire, et son rêve obsédant
Creuse dans le puits sec d’un livre redondant
D’où ne jaillit jamais la perle d’un poème.

La frange de la nuit, en balayant les cieux,
Secoue une poussière en gestes gracieux
Telle une bonne fée au seuil de sa chaumière.

La plume d’un instant, au bord d’un encrier,
Lasse de ne servir qu’à l’encre d’un courrier
S’envole dans le cœur d’une rose trémière…

Annie



Le sonnet français : L’instant.

 

L’instant

Pardonnez à l’instant ! il s’envole, il éclate,
Telle une bulle d’or aux mains d’un arc-en-ciel
Qui fait mousser le bleu d’un lac démentiel
Pour sauver le reflet d’une lune écarlate.

Il est ce vagabond à la bourse trop plate
Qui vit de l’air d’un temps au flux torrentiel
Dont goulûment, il boit juste l’essentiel
Puis rejoint aussitôt le néant qui le flatte…

Habile funambule, à l’instar du présent,
S’il sème l’avenir tout en chemin faisant,
Il récolte l’oubli dans un panier de rêves.

On y pêche à foison des rires et des pleurs,
Des printemps, des étés, qui courent sur les grèves
D’un automne ébloui par ses mille couleurs !

Annie

La Villanelle : En tournant la manivelle.

 

En tournant la manivelle

J’ai chanté la coccinelle
En imitant le pinson,
Ah que la vie était belle !

Lorsque je fus demoiselle,
Pour rêver d’un beau garçon,
J’ai chanté la coccinelle.

Si je devins maternelle
Ce fut grâce au doux frisson !
Ah que la vie était belle !

Des enfants en ribambelle,
Voyez la belle moisson !
J’ai chanté la coccinelle.

En tournant la manivelle
Le temps se fit polisson ;
Ah que la vie était belle !

Aujourd’hui dans ma flanelle
Je berce un autre enfançon…
J’ai chanté la coccinelle,
Ah que la vie était belle !

Annie

La Ballade : Souvenirs.

 

Souvenirs

J’avais une belle maison
Avec un toit dont chaque lauze,
Les yeux levés sur l’horizon,
Offrait à ma progéniture
Une douceur de couverture.
Ainsi coula le fil des ans,
Sous un ciel pur et grandiose ;
Je me souviens des jours plaisants.

Je cultivais chaque saison,
Le pourpre, l’or, la primerose.
Si je tombais en pâmoison,
Face au bonheur d’un jour plus rose,
C’est que l’hiver, pâle et morose,
Lâchait ses tout derniers brisants
Sur la jacinthe à peine éclose.
Je me souviens des jours plaisants.

Je dois me faire une raison
Et vivre enfin l’apothéose
D’un autre gîte en floraison,
Où l’esprit muse et se repose !
Ici le temps coule en osmose
Avec de doux refrains grisants,
Chantés par l’oiseau virtuose.
Je me souviens des jours plaisants.

Envoi

Amis qui partagez ma cause,
Éloignez-vous des feux sacrés
Quand l’âge d’or a son arthrose !
Je me souviens des jours plaisants.

Annie