Archives mensuelles : janvier 2021

Le sonnet lozérien : Tôt le matin.


Tôt le matin

Sur le tableau du ciel, immuable farceur,
Comme à l’accoutumée
Je pose mon regard dans l’aube parfumée
En quête de douceur.

Pas un nuage en vue, aucun oiseau valseur,
Pas même la plumée
D’un ange qui s’enfuit du cœur d’une ramée,
Pour mon œil rêvasseur !

Je retrouve aussitôt mon encre bien-aimée
Et son refrain berceur,
En occultant la nue encore inanimée.

Quand un chant précurseur,
Annonce tout à coup d’une voix enflammée :
« Adieu triste noirceur ! »

Annie

Le sonnet marotique : Souvenirs.

Souvenirs

Les yeux sur l’horizon, j’ai l’âme vagabonde,
Je me revois si jeune, entre lys et jasmin,
Pédaler à tout va jusqu’au bout d’un chemin
Sur lequel l’avenir m’étalait sa faconde !

Moi qui croyais encore en la beauté du monde
Bien loin d’imaginer ce que serait demain,
Je rêvais d’un amour qui d’un franc baisemain
M’inviterait le soir pour une tendre ronde !

Forte de songes fous, je poussais l’aventure,
Toujours un peu plus loin de la rose toiture
Qui me garantissait le gîte et son envers !

Désormais chaque jour chante mélancolie,
Ma liberté n’est plus qu’une fleur d’ancolie
Qui, noyant son chagrin, s’offre un tout denier vers !

Annie

La petite Balladette : Charité facile.

Charité facile

Tous les oiseaux ont bien chanté,
Je bénis mon jardin hanté
Par cette foule très étrange :
Un rouge-gorge ensanglanté,
Un doux pinson désargenté,
Le merle noir que tout dérange !

Je cueille alors mille chansons
Qui, chatouillant fleurs et buissons,
Me font sourire de tendresse !
J’oublie un peu mes chauds frissons
Pour mieux servir ces polissons
Dès qu’ils étendent leur détresse !

Dans cet univers enchanté,
Comprenez donc mon allégresse
A faire don de charité !

Annie

Le Maillet : Les mots.

 

Les mots


Flirter avec les mots pour enrichir la prose,
S’accrocher à toujours qui rime avec amour,
En caressant madame et son esprit glamour,
Pour oublier chagrin car il est trop morose.

Cueillir le mimosa qui fleurit au jardin,
Flirter avec les mots pour enrichir la prose,
Respirer le parfum que nous offre la rose,
Pour chasser le cafard qui n’est pas anodin.

Se lover dans un lit, dans ses draps de satin,
En berçant la paresse et sa dentelle rose ,
Flirter avec les mots pour enrichir la prose,
Essuyer la tristesse et sa glace sans tain.

Cultiver le bonheur, arrachant la névrose,
Pour croquer la douceur dans un morceau de fruit,
Accueillir l’oiseau bleu pour adoucir le bruit,
Flirter avec les mots pour enrichir la prose.

Annie

Le sonnet français : Le ridicule ne tue pas.

 

Le ridicule ne tue pas


J’ai cueilli quelques mots pour en faire un poème,
L’un d’eux s’est échappé, causant mon désarroi,
Pour lui j’avais rêvé d’une place de roi
Entre deux vers luisant d’un éclat de bohème !

Mais dès que le paon d’or me parle de noème,
En guise de Pégase, à dos de palefroi,
Au pays de la rime et de son grand arroi,
Je galope aussitôt en quête d’un phonème !

Vais-je accomplir mon vœu de plus de cent sonnets 
Afin qu’une couronne en guise de harnais
Élève au plus haut rang ma plume qui bascule ?

Mais comment donc conclure un écrit sans valeur
Qui, tel un merle en gris, frisant le ridicule
Affecte un air hautain en vantant sa couleur !


Annie