Archives mensuelles : avril 2021

Stances : Promenade en bord de Sèvre.

 

 

Promenade en bord de Sèvre

La chevelure d’or des genêts éclatants
Roule sur les dos nus des rochers immuables,
Que la neuve saison, de ses longs doigts affables,
Caresse au fil des jours en gestes nonchalants.

Foisonnants, les talus, pour préparer la mûre,
Accueillent mille fleurs et les nids des oiseaux,
Tandis qu’une rainette à l’abri des roseaux,
Ajoute son refrain à l’éclat d’un murmure !

Une glycine mauve, accoudée aux vieux troncs,
Rampe en catimini pour embrasser le lierre
Qui poursuit cependant sa tâche familière :
– Assurer le confort d’invisibles plastrons.

De maints reflets d’argent, aux riches cascatelles,
La rivière qui court, applaudit le cadeau,
Et mon âme du coup s’accroche à ce radeau,
Quand les dents du moulin chahutent ses dentelles !

Annie

Le Rondel : Le sourire.

Tableau de mon amie Christiana Moreau

Le sourire


On nous a privés de sourire,
De tendresse et de gueuleton,
Voilés du nez jusqu’au menton,
Même nos mots sont à proscrire !

Quant au stylo pour les écrire,
Il vit caché dans son veston ;
On nous a privés de sourire
Et de balade en peloton !

A quand l’éclat d’un nouveau rire,
Faisant danser tout le canton,
Chanter l’espoir et Jeanneton ?
Seul le futur pourra le dire,
On nous a privés de sourire !

Annie

La Terza-rima : Dans tes yeux.

Dans tes yeux…


Dans tes yeux j’aimerais à la frange du ciel
Cueillir mille couleurs et des morceaux d’étoile
Pour les mettre en bouquets en un flux glaciel,

Celui de mon chagrin dès qu’il trempe la toile
Des songes du passé qu’enveloppe une peur,
Dormant sous l’édredon d’une lune sans voile.

Ton regard si brûlant, tel un bain de vapeur,
Ramènerait la joie au milieu d’une lice
Comme un frisson d’amour qui se voudrait trappeur !

Hypnotisée ainsi je me ferais complice
De ce désir lové dans ton clin d’œil mutin
Prolongeant à plaisir l’adorable supplice !

Puis la nuit glisserait sur ton doigt de satin
La chaleur d’un baiser au doux chant des mésanges
Que tu déposerais sur ma bouche au matin,

A l’heure où Séléné rappelle tous ses anges.

Annie

Le Blason : Au bal des hirondelles.

Au bal des hirondelles

J’avais la taille fine et la jambe gracile,
Je tenais du roseau la souplesse facile
De celle dont le poids ne gêne aucunement,
Mais j’ignorais alors tout l’art du mouvement,
Jusqu’au jour où j’appris les danses guillerettes
Qui font vibrer les cœurs et briller les mirettes !
Je regrette toujours les bras audacieux
De charmants cavaliers dont les pas gracieux
Me conduisaient ravie au milieu de la piste
Pour répondre aux appels de l’accordéoniste !
C’est dans ces moments-là que volait mon jupon,
Et que mon tendre amour prenant un air fripon,
Imaginait sans doute une douce caresse,
Son regard affichant la plus grande tendresse.
Et les yeux dans les yeux et la main dans la main,
Aujourd’hui nous voici presque au bout du chemin ;
Et même si je ne suis pas encor balourde,
La taille est plus épaisse et la jambe plus lourde !
Mon amant de printemps, devenu mon mari,
Jamais ne souffrira d’aucun charivari,
Et si nous préférons le bal des hirondelles
C’est qu’il est le garant des amoureux fidèles !

Annie

Le sonnet français : Au banquet du printemps.

Merci à mon amie Maria pour cette très belle mise en page.

Au banquet du printemps

Le saule a ses cheveux et le bourgeon s’éclate,
Le printemps de nouveau fait rire le bosquet,
Tous les oiseaux du ciel raniment leur caquet,
Dans un monde en éveil qui fringote ou blablate !

On se met à rêver d’une rose écarlate,
D’arums majestueux, de l’œillet si coquet
Qu’il offre son parfum à l’éternel banquet
De la neuve saison qui tendrement le flatte !

Qu’il chante ou se pavane, on aime le coucou,
Et le bonheur revient nous tendre son licou
Avant de nous livrer des milliers de clochettes !

Dans le ciel azurin, tels des accroche-cœurs,
Les martinets gourmands sortent de leurs cachettes,
Et chacun d’applaudir entremets et liqueurs !

Annie