Le Bout-Rimé : Au soleil de Rio.

 

Le Soleil

Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Éveille dans les champs les vers comme les roses;
II fait s’évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C’est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le cœur immortel qui toujours veut fleurir !

Quand, ainsi qu’un poète, il descend dans les villes,
II ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s’introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.

— Charles Baudelaire


Au soleil de Rio

A Rio le soleil caresse les masures
D’où s’échappent parfois les rires des luxures
Que le temps, vieil ami des soupirs redoublés,
Fauche comme l’on fauche et le pauvre et les blés.
Le Christ lève les bras, et vers les cieux s’escrime
A fondre dans l’azur sa prière et la rime
Que les Cariocas, pieds nus sur les pavés,
Font chanter chaque jour sur des frissons rêvés.

Dans cette baie immense, on soigne les chloroses,
Avec force sambas qui font danser les roses
Et les belles de nuit, dont la robe arc-en-ciel,
Met en valeur les teints aux fragrances de miel.
Faux mendiants d’un soir, posés sur leurs béquilles,
Retrouvent leur allant sous le baiser des filles,
Si tendres à croquer, tels ces fruits à mûrir,
Que l’on cueille trop tôt les pressant de fleurir…

La nature alentour déborde sur les villes ;
On oublie un instant toutes les choses viles,
Les riches font causette avec quelques valets
Puis les yeux sur le Pain retrouvent leurs palais !


Annie

20 réflexions sur « Le Bout-Rimé : Au soleil de Rio. »

  1. Là je suis hyper séduite car en partant de Baudelaire, ça demandait dextérité et finesse.
    Je vais même te faire une tite confidence même si je suis une grande fan de Baudelaire : je crois que je préfère ta partie. Si si, c’est pas de la pommade, c’est plus léger, plus souriant aussi. Merci et plein de bisous.

    1. Bonjour Marie,
      Merci Marie,
      Ton commentaire est vraiment gentil car en effet Baudelaire, c’est un grand ! Pourvu qu’il ne se retourne pas dans sa tombe !
      Gros bisous.
      Annie

    1. Bonjour Béatrice,
      Merci à toi aussi car j’aime Baudelaire et je n’oserais pas me mesurer à un tel poète mon Dieu !
      Je t’embrasse.
      Annie

  2. Soleil de bidonville :

    Au creux de leurs masures
    sans honte et sans luxures
    quand le voisin frappe à coups redoublés
    ouvrir sa porte et son sac de blés.
    ici à l’entraide chacun s’escrime
    car de l’un à l’autre la vie rime
    en traînant les pieds sur les sols mal pavés
    à l’ombre des bonheurs autrefois rêvés.

    Triste bidonville victime de chloroses
    où ne poussent que si rarement les roses.
    Chacun s’accroche à l’arc-en-ciel,
    comme l’abeille à son rayon de miel.
    Les uns pour les autres sont béquilles,
    espérance et joie à l’aune du sourire des filles,
    qu’une vie meilleure feraient mûrir,
    si l’amour leur permettait de fleurir.

    Sous leurs regards s’expose la vraie ville
    celle des richesses et des bonheurs viles
    irrésistible aimant dont eux sont les valets
    que d’autres exploitent en leur palais.

    ABC

    1. Chez moi en écho demain, avec juste une petite différence qui a son importance :
      Dernière strophe :
      « Celle des richesses et des loisirs viles »

    2. Bonjour Annick,
      Je te félicite de nouveau pour ce superbe Bout-Rimé à la suite du mien !
      Merci aussi pour avoir mis un lien vers mon blog.
      Bonne fin de dimanche et mes amitiés.
      Annie

  3. Je sais bien ton angoisse en ces jours actuels
    Où ta muse est partie et t’oblige à remettre
    Cet ancien poème aux qualités de maître
    Jointes pour ton malheur aux manques factuels

    Bonjour petite sœur,
    J’applaudis à nouveau ce bout-rimé d’exception, moi aussi je trouve que le tien a ce petit quelquechose qui me fait l’aimer plus ! Ensuite, je vais te répéter que ta muse va revenir, elle est toujours revenue et reviendra toujours, elle est juste en repos car être muse d’Annie, la beauté, l’exigence, la perfection … et les concours ! C’est du boulot !
    Je t’embrasse bien fort

    1. Bonjour Marlène,
      Merci pour tout chère Marlène car tu sais trouver les mots qui encouragent dans tous les domaines et je t’en suis reconnaissante !
      Je t’embrasse en cette fin de dimanche.
      Annie

  4. « La misère est moins triste au soleil « .. Merci pour ces rais de soleil qui nous manquent bien en ce moment.. charmante évasion au bout de ta plume !

    1. Bonsoir Sedna,
      J’ai retrouvé ce poème, et en effet, le besoin de soleil m’y a fait penser !!!
      Bonne fin de dimanche et merci !
      Annie

    1. Bonsoir Robert,
      J’y suis allée, j’avais 12 ans mais je n’ai pas oublié cet immense baie magnifique !
      Bonne fin de dimanche.
      Annie

    1. Bonsoir Marine,
      Je te remercie ! Quand inspiration est là je ne le trouve pas si difficile ! Mais parfois impossible pour que ça ait du sens !!!
      Je t’embrasse.
      Annie

  5. Le soleil de Rio est le plus fascinant !
    Je suis épatée par ton poème dont tous les bouts riment exactement.
    Cet exercice de style, pourtant bien compliqué, est parfaitement réussi !
    Tu n’as rien à envier au grand Charles Baudelaire.

    1. Bonsoir Marie-Luce,
      Merci mais ne crois pas que je puisse être comparée à Baudelaire ! J’en suis très, très loin, hélas !!!
      Bonne fin de dimanche de Pentecôte avec mes amitiés.
      Annie

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