Archives mensuelles : septembre 2021

Le sonnet français : Le lambda.

 

 

Le lambda

Heureux l’être tranquille ayant tout accompli,
Ses devoirs d’écolier, son désir d’être sage,
Les jeux entre copains, le dur apprentissage,
Et même l’impensable, en demeurant poli !

Des premières amours, aux rives de l’oubli,
Il a patiemment cultivé son passage,
Cent fois sur le métier repris le polissage,
Et ce jusqu’au moment d’entendre l’hallali…

De son discret départ on dira, quel dommage !
Mais il était bien vieux, rendons lui cet hommage,
Quelques larmes de fleurs à l’ombre des caveaux.

Celui dont le parcours fait applaudir la foule,
A t-il plus de valeur, qu’on hurle des bravos,
Quand la mort à son tour sur son nom se défoule ?


Annie

Le sonnet français : Festin du matin.

 


Festin du matin


Avant que tout s’éveille, il me plaît d’écouter,
Les songes du jardin qui doucement soupire,
Après la longue nuit l’aube bâille, transpire,
Et le jour, paresseux, tarde à se velouter.

C’est là que tendrement on entend froufrouter
Les jupons des buissons de mon modeste empire ;
Si je règne sur tout, dès que la rose expire,
Je sais que j’ai perdu le suc de mon goûter !

Un chant harmonieux lance sa mélodie,
Brusquement tout s’agite, étrange rhapsodie :
– La république ailée appelle au grand festin !-

Je regarde plus haut, dans sa robe moulante,
La lune s’évapore en son noble destin,
M’offre un dernier baiser de sa bouche galante…

Annie

Le sonnet français : Passe le temps.

Sculpture de mon amie de talent Christiana.

 

Passe le temps

Mais comment tout ce temps a t-il passé si vite ?
Une page se tourne, une autre à l’horizon,
Agite sa menotte en guise d’oraison
Pour celle qui s’endort dès que le ciel l’invite.

Quand tout va pour le mieux, le sujet qu’on évite,
Est celui du trépas qui hante la raison ;
Pour oublier ce fait, on parle de saison,
De l’aube souriante au globe qui gravite !

Ainsi passent les jours, et l’on gémit d’un rien,
En oubliant parfois que l’instant, ce vaurien,
Est bien plus précieux que l’or ou bien la myrrhe.

Et quand de la jeunesse on se sent trop exclus,
Les vieux clichés d’hier qu’aujourd’hui l’on admire,
Font danser un printemps qui ne reviendra plus !

Annie

La Terza Rima : Après le deuil.

Après le deuil


Je pensais retrouver la paix, le réconfort,
Après ce grand départ qui fit pleurer ma prose,
Mais rien de tout cela, sombre est mon coffre-fort.

Un soleil trop timide affiche un air morose
Dès qu’un nuage noir, lourd de tous mes regrets,
L’empêche de sourire à l’éclat d’une rose.

Lors je ferme les yeux sur mes rêves secrets
Afin de rattraper le passé qui s’envole,
Ainsi qu’une colombe entre monts et guérets…

Ah combien j’aimerais d’une rime frivole
Découvrir l’antidote à ce chagrin pesant,
Et ramener au nid la muse bénévole !

Désormais chaque jour un silence écrasant
S’ajoute à la tristesse, et d’un pas qui se traîne,
Il alourdit d’un coup un ciel agonisant.

L’hiver est dans mon cœur, et pourtant souveraine,
La saison offre encor perles et diamants
Quand un buisson fleuri laisse échapper sa traîne

Colorant mes pensers à l’or des firmaments.

Annie