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Stances : Aux donneurs de leçons.

 

Tableau de mon amie Christiana Moreau

Christiana Moreau
Artiste peintre, sculptrice
Auteure du roman La sonate oubliée aux Éditions Préludes et au Livre de Poche
 

                                                                     

 

Aux donneurs de leçon

Aux donneurs de leçons je tire révérence,
Car ils ne savent pas ce que c’est d’être seul,
D’avoir pour un univers un bien sombre linceul
Que l’on tisse à vingt ans comme une délivrance.

A ceux croyant connaître un lourd passé qui mord,
Tel le volcan éteint d’une verte montagne,
Je dis tout simplement qu’à faire Charlemagne
Ils semblent oublier le pas du croque-mort !

Aux buveurs assoiffés de liqueurs et de bulles,
Je lève un ras le bol de larmes de chagrins,
Si ma flûte n’est pas le meilleur des écrins,
Elle peut recevoir des hymnes noctambules !

A tout libre penseur il faut bien une cause,
Si la mienne est rétive au monde intelligent,
J’implore le pardon de notre Dieu l’argent,
Qu’on me mette un bâillon dès que ma bouche cause !

Annie

Le sonnet français : Mon amour de toujours.

Aquarelle de mon amie Marie-Luce

 

Mon amour de toujours

Qu’est-il donc devenu mon amour, mon ami,
Qui de sa voix profonde apaisait les querelles,
Tandis que le désir couvait sous les ombrelles,
Et que le bel été semblait s’être endormi ?

Je vois venir le temps de n’être qu’à demi,
Bel amant de toujours, troublant les tourterelles,
Tu ne peux oublier qu’à l’ombre des tourelles
On bénissait le soir quand il avait blêmi !…

J’aimerais retrouver la douceur de l’ivresse
Quand nous restions au lit en feignant la paresse,
Tandis que je m’offrais au plus tendre examen…

Retournons s’il le faut dans cette herbe complice,
Nous mêlerons nos cœurs aux parfums de mélisse,
Un peu comme autrefois, et bien moins que demain !

Annie

Hommage à Jean Ferrat.

 

Hommage à Jean Ferrat

Comment donc a-t-on pu te censurer, Ferrat,
Toi qui chantais la France et ta belle montagne ?
Des bruyères d’Ardèche aux genêts de Bretagne,
Ta voix est un cristal venu de Baccarat !

Un frisson me parcourt au mot de Potemkine,
Et je pense aux marins dont je connais le sort,
Tristes mais valeureux, en un dernier essor,
Ils ont bravé la peur et la houle mesquine…

Ah j’aime à t’écouter quand ton cri de douceur
Réveille mes matins, dans leur brume tragique ;
Pour secouer ma plume à l’âme nostalgique,
Tu remplaces ma muse, ô tendre envahisseur !

J’aurais aimé plonger dans ton torrent de larmes
Afin de recueillir des fruits de passions
Pour nourrir mes quatrains de tout nouveaux scions,
Rien de tel que d’ouïr tes plus chaudes alarmes.

Que serions-nous sans toi, l’homme aux mille chansons,
Qu’une horloge arrêtée entre égoïsme et trouille
Lorsque la saison pleure en regardant sa rouille
Car elle se souvient des étés polissons ?

En ayant trop d’amour à donner en partage,
Il t’a fallu chanter, non pour passer le temps,
Mais en tant que témoin de multiples printemps,
C’est moi qui désormais t’offre un modeste hommage !

Que ne suis-je Brassens, Aragon ou Prévert !
J’aimerais te conter mon rêve le moins sage,
En t’ouvrant, s’il le faut, les pans de mon corsage,
Je suis cet avenir qui marche à découvert !

Puisqu’il me faut déjà clôturer mon poème,
Je t’appelle au secours, car ton cœur est si grand,
Pour me souffler un vers au parfum enivrant,
Un parfum délicat de fleurs et de bohème…

Annie

La Schaltinienne : Simple bonheur.

Simple bonheur

 

J’ai connu le bonheur de la grande aventure
Dès que juin préparait tous les feux de l’été,
Celui de la Saint-Jean clamant sa Majesté,
Où celui de juillet pour son investiture !

Je me revois encor face au joyeux départ,
Excitée à l’extrême en bouclant la ceinture
D’un destrier plus fier qu’un rapide guépard !

Grand Sud-Ouest me voilà ! chantonnait ma pensée,
Tandis que mon toutou de la vitre baissée

Sans le savoir mimait, girafe et léopard !

Annie

Le sonnet français :

Que ne suis-je ?

Que ne suis-je le trait d’un passé qui m’obsède,
Je pourrais au réveil le gommer le matin
Pour détourner le cours d’une vie intermède,
Un pied dans le bonheur l’autre dans l’incertain !

Que ne suis-je le nœud d’un instant qui décède,
Je pourrais l’attacher aux rives du destin
Laissant couler mes jours sans recours au remède
Qui permet d’affronter d’un regret l’importun !

Mais hélas je ne suis qu’un morceau de brindille
Accrochée au hasard ainsi qu’une cédille
Suit au pied de la lettre un mot sur le buvard…

Ai-je donc tant vécu que je m’en inquiète
Mon verbe devient-il un terrible bavard ?
Qu’il me faut désormais le mettre à la diète !

Annie

Le sonnet marotique : triste monde.

Triste monde

Quel est donc ce démon qui se moque et s’amuse
De notre pauvre monde, aux êtres insoumis,
N’ayant ni foi ni loi, tel un banc de fourmis,
Courant après le gain tandis que l’esprit muse ?

A-t-il les pieds crochus et la bouche camuse
Qu’il craint de se montrer, après avoir commis
Les pires faits divers chaque jour retransmis
Par l’actualité qui fait rager ma muse ?

Si ma plume demeure au bord de l’encrier,
C’est qu’elle se sent lasse à force de crier
Sur la bêtise humaine et la terre en détresse.

Pourtant, que de beautés restent à découvrir,
Ou bien à protéger avant que de nourrir
Tous les pièges tendus par une immonde presse !

Annie

 

 

Sonnet curtal à deux plumes : Cher Valentin.

 

BLOG EN PAUSE

 

Merci chère Marlène  pour avoir composé avec moi ce sonnet curtal à l’occasion de la saint Valentin !

Merci à Christiana pour m’avoir permis d’emprunter sa superbe sculpture !

Cher Valentin

Ô mon doux Valentin, je te supplie aimante,
N’attends pas le rappel sur un calendrier,
Car c’est dans l’imprévu que l’amour s’agrémente.

N’entends-tu pas le cœur de ta fidèle amante
Qui ne bat que pour toi, tel un fier destrier,
Galopant à l’assaut de ta rive clémente ?

De l’aube au crépuscule escaladons le temps,
Sans cesser en chemin de cueillir nos instants
De tendresse.

Dans notre beau jardin nous avons tant de fleurs ,
Le bonheur ne s’achète, emballé de couleurs,
Il se tresse !

Marlène et Annie

Le sonnet français : Autre époque, autre temps.

Autre époque, autre temps !

Ne gagner que trois sous pour vaquer à l’ouvrage
Pendant que ces messieurs rêvent d’être rentiers,
Voilà comment l’on perd les plus jolis métiers
Exigeant savoir-faire et beaucoup de courage !

Jadis ne disait-on, labour et pâturage
Font de notre pays les meilleurs héritiers ?
Ceux-là cultivaient l’or loin des plus beaux quartiers
Où la valeur se fond dans le creux d’un mirage…

Aujourd’hui chacun veut le beurre et son argent,
Quant à la qualité n’est-il pas affligeant
De la voir se noyer dans une mer immonde ?

Ainsi va notre époque accélérant le temps,
Mais saurons-nous toujours ciseler les printemps
Si nous courons après l’hiver de notre monde ?

Annie

Stances : La ronde des mois.

Sculpture de mon amie Christiana Moreau.

La ronde des mois

Déjà janvier s’avance en son bel artifice,
Enveloppé d’espoir et de brouillard givrant ;
Il brise du passé chagrins et maléfice
Puis il quitte la scène heureux et délirant.

Arrive février dans son manteau d’hermine
Qui transforme le bois en un monde enchanteur,
Fige le cyclamen, même la cardamine,
Dans l’attente d’un mars toujours à la hauteur !

Avril a son coucou, mai ses mille clochettes,
Chacun d’eux s’évertue à réveiller les cœurs,
Et lorsque l’on entend crépiter les branchettes,
C’est que juin rayonnant savoure ses liqueurs !

Et s’enflamme juillet de l’aube au crépuscule
Pour rester grand vainqueur des plus belles moissons
Que l’on déguste en août, en pleine canicule,
En attendant du soir deux zestes de frissons.

Sur les fils de septembre, on voit une hirondelle,
Se délecter déjà du grand rassemblement,
Tandis que les moineaux, d’un habile coup d’aile,
Surveillent de la treille, octobre au firmament.

Novembre épouse l’or du plus beau chrysanthème
Dès que la feuille meurt sous l’arbre décharné,
Jusqu’à ce que décembre attise une bohème
Pour réchauffer la crèche où dort un nouveau-né !

 

Annie