Archives de catégorie : Photos

Le sonnet marotique : Plus me plaît…

 

Plus me plaît…


Plus me plaisent ces lieux que le touriste ignore,
Dont le charme discret se découvre en rêvant,
Le long des vieux logis, courtisés par le vent,
Plutôt que ces endroits que seul l’argent déflore.

Comment ne pas honnir ce béton carnivore,
Polluant le regard et le soleil levant,
Tandis que mon village, au minois captivant,
Fait à chaque saison, danser la belle aurore !

De l’église endormie, aux ailes du moulin,
J’aime la promenade à l’heure du déclin
Quand le jour fatigué délaisse ma verrière.

Je goûte à ce nectar, comme on goûte un présent,
Offert par un ciel pur et son baiser grisant,
Puis je ferme les yeux pour clore ma prière !

Annie

La Terza- Rima : Je t’aime à la folie.


Je t’aime à la folie

J’ai trouvé ce matin, comme un retour de flamme,
Des mots incendiant les élans de mon cœur,
Mais qui dormaient en paix aux tréfonds de mon âme.

Le désir réveillé, tel un malin croqueur,
Dénouant le velours des amours éternelles
Savoura de nouveau la divine liqueur !

Qu’il était bon ce temps au goût de mirabelles
Quand l’été de la vie offrant son lendemain
Ne lâchait pas encor ses multiples ombelles !

Et les yeux dans les yeux et la main dans la main,
Nous avons tant marché sur des rives lointaines,
Qu’on s’égarait parfois sur un plus doux chemin.

Nous avons bu l’amour aux vieux becs des fontaines
Et prêté des serments à ne plus en finir
Sous des cheveux de nuit aux teintes incertaines.

L’on se quittait cent fois, mais sans y parvenir,
Cent fois je relisais les promesses écrites
Que nous nous échangions pour peindre l’avenir.

Comprenez-vous pourquoi j’aime les marguerites ?

Annie

Le Rondel : Mon père ce marin.

Mon père ce marin


Il avait tout pour être heureux,
L’intelligence, une belle âme ;
Il porta loin son oriflamme,
Bravant un monde coléreux.

Voilà qu’un jour très amoureux,
Il fit chanter l’épithalame ;
Il avait tout pour être heureux,
Adieu Neptune et puis sa lame !

Comment cet être généreux,
Accepta tout, caprice et blâme ?
Encore aujourd’hui je le clame,
Mon père fut trop généreux,
Il avait tout pour être heureux !

Annie

Le Blason : Soleil.

 

Soleil


Parfois je joue à l’ingénue,
Robe légère et jambe nue,
J’espère attiser ce frisson
Qui te rendra fort polisson !
Je ne dis rien, je me régale,
Je sens que mon feu de Bengale
N’attend que toi pour apaiser,
Grâce à l’appui de ton baiser,
Les flammes de cet incendie
Qui n’a rien d’une comédie !
Enfin  te voici, te voilà !
Plus de lainage ou falbala,
Cotillon simple et sandalette,
Je demeure sur la sellette !
Pour profiter du bel été,
Je t’offre mon décolleté,
En oubliant, ô bel amant,
Que tes rayons sont du piment !

Annie

Le sonnet français : L’angoisse.

L’angoisse


Celui qui ne sait pas l’angoisse et sa souffrance,
Ne peut imaginer tout l’ampleur du dégât,
Quand un passé retors, plus poisseux qu’un nougat,
Vous tient le dragée haute, allant jusqu’à l’outrance.

Vous pensiez l’avoir vu tirer sa révérence
Dans un jardin gourmand de rose ou seringat,
Ne pouvant supporter, en triste renégat,
Que l’on puisse sourire à la moindre fragrance !

Et voici qu’il revient se repaître à nouveau,
De chiendent, de soucis, de l’eau d’un caniveau,
Où votre esprit se noie en son propre mal être.

Vous avez beau vouloir repousser l’ennemi,
Il vous colle à la peau comme un timbre à sa lettre
Tandis que vous rêvez d’une note de mi…

Annie

Le sonnet quinzain : Timidité.

 


Timidité


Je me souviens d’un temps où j’étais jeune et belle,
Mais ne le sachant pas, je préférais les fleurs,
Je lisais Cendrillon et je cueillais ses pleurs,
En les mêlant aux miens de naïve rebelle !

A la saison des fruits, mon teint de mirabelle,
S’éclaira d’un sourire et prit quelques couleurs,
Juste assez pour rêver de parfums enjôleurs ;
Bien trop timide encor, je n’ouvrais mon labelle !

Deux ou trois brins d’amour et voilà que soudain,
J’appris à côtoyer les roses d’un jardin,
Où la galanterie invitait à la danse…

Aujourd’hui c’est l’automne, et je traduis en vers,
Tout ce qui fait ma crainte à l’aube des hivers ;
Faudra-il désormais réduire la cadence,

Pour polir de nouveau tout l’art de la prudence ?

Annie

Stances : Promenade en bord de Sèvre.

 

 

Promenade en bord de Sèvre

La chevelure d’or des genêts éclatants
Roule sur les dos nus des rochers immuables,
Que la neuve saison, de ses longs doigts affables,
Caresse au fil des jours en gestes nonchalants.

Foisonnants, les talus, pour préparer la mûre,
Accueillent mille fleurs et les nids des oiseaux,
Tandis qu’une rainette à l’abri des roseaux,
Ajoute son refrain à l’éclat d’un murmure !

Une glycine mauve, accoudée aux vieux troncs,
Rampe en catimini pour embrasser le lierre
Qui poursuit cependant sa tâche familière :
– Assurer le confort d’invisibles plastrons.

De maints reflets d’argent, aux riches cascatelles,
La rivière qui court, applaudit le cadeau,
Et mon âme du coup s’accroche à ce radeau,
Quand les dents du moulin chahutent ses dentelles !

Annie

Le Rondel : Le sourire.

Tableau de mon amie Christiana Moreau

Le sourire


On nous a privés de sourire,
De tendresse et de gueuleton,
Voilés du nez jusqu’au menton,
Même nos mots sont à proscrire !

Quant au stylo pour les écrire,
Il vit caché dans son veston ;
On nous a privés de sourire
Et de balade en peloton !

A quand l’éclat d’un nouveau rire,
Faisant danser tout le canton,
Chanter l’espoir et Jeanneton ?
Seul le futur pourra le dire,
On nous a privés de sourire !

Annie

La Terza-rima : Dans tes yeux.

Dans tes yeux…


Dans tes yeux j’aimerais à la frange du ciel
Cueillir mille couleurs et des morceaux d’étoile
Pour les mettre en bouquets en un flux glaciel,

Celui de mon chagrin dès qu’il trempe la toile
Des songes du passé qu’enveloppe une peur,
Dormant sous l’édredon d’une lune sans voile.

Ton regard si brûlant, tel un bain de vapeur,
Ramènerait la joie au milieu d’une lice
Comme un frisson d’amour qui se voudrait trappeur !

Hypnotisée ainsi je me ferais complice
De ce désir lové dans ton clin d’œil mutin
Prolongeant à plaisir l’adorable supplice !

Puis la nuit glisserait sur ton doigt de satin
La chaleur d’un baiser au doux chant des mésanges
Que tu déposerais sur ma bouche au matin,

A l’heure où Séléné rappelle tous ses anges.

Annie