Archives de catégorie : Poèmes

Le sonnet marotique : Après le foot la femme !

 
 
Après le foot, la femme !
 
Quand le monde se meut autour d’un grand sujet
Ne s’agit-il de foot, dont la ligne de mire
Le classe en tout premier, tandis que l’on admire
La force masculine en son habile jet ?
 
Si je place en second celle qui fait l’objet
De l’œil concupiscent lorgnant son cachemire
C’est que l’expérience en matière de myrrhe
M’autorise à sourire en rognant mon budget !
 
« La femme est un trésor que l’homme ne conteste
Mais pourquoi faut-il donc que le manant la teste ? »
Avais-je écrit un jour à l’ancre de mon cœur… *
 
A lire du Ronsard, j’ai l’âme bien naïve,
Car pour les jeux pervers je demeure rétive,
Et je bois de l’amour dans un verre à liqueur !
 
Annie Poirier
 
* A l’ancre de mon cœur » ,est mon premier recueil de poésie classique.

Le sonnet marotique : Paroles de silence.

 

Paroles de silence

En buvant du silence en face de moi-même,
J’avale chaque bruit qui croque sous la dent
D’un soleil réveillé par le désir ardent
D’une lune pâlotte à force de carême.

L’ombre d’une lumière, en cristal de Bohême,
Glisse sur ma mémoire, et son rêve obsédant
Creuse dans le puits sec d’un livre redondant
D’où ne jaillit jamais la perle d’un poème.

La frange de la nuit, en balayant les cieux,
Secoue une poussière en gestes gracieux
Telle une bonne fée au seuil de sa chaumière.

La plume d’un instant, au bord d’un encrier,
Lasse de ne servir qu’à l’encre d’un courrier
S’envole dans le cœur d’une rose trémière…

Annie



Le sonnet français : L’instant.

 

L’instant

Pardonnez à l’instant ! il s’envole, il éclate,
Telle une bulle d’or aux mains d’un arc-en-ciel
Qui fait mousser le bleu d’un lac démentiel
Pour sauver le reflet d’une lune écarlate.

Il est ce vagabond à la bourse trop plate
Qui vit de l’air d’un temps au flux torrentiel
Dont goulûment, il boit juste l’essentiel
Puis rejoint aussitôt le néant qui le flatte…

Habile funambule, à l’instar du présent,
S’il sème l’avenir tout en chemin faisant,
Il récolte l’oubli dans un panier de rêves.

On y pêche à foison des rires et des pleurs,
Des printemps, des étés, qui courent sur les grèves
D’un automne ébloui par ses mille couleurs !

Annie

La Villanelle : En tournant la manivelle.

 

En tournant la manivelle

J’ai chanté la coccinelle
En imitant le pinson,
Ah que la vie était belle !

Lorsque je fus demoiselle,
Pour rêver d’un beau garçon,
J’ai chanté la coccinelle.

Si je devins maternelle
Ce fut grâce au doux frisson !
Ah que la vie était belle !

Des enfants en ribambelle,
Voyez la belle moisson !
J’ai chanté la coccinelle.

En tournant la manivelle
Le temps se fit polisson ;
Ah que la vie était belle !

Aujourd’hui dans ma flanelle
Je berce un autre enfançon…
J’ai chanté la coccinelle,
Ah que la vie était belle !

Annie

La Ballade : Souvenirs.

 

Souvenirs

J’avais une belle maison
Avec un toit dont chaque lauze,
Les yeux levés sur l’horizon,
Offrait à ma progéniture
Une douceur de couverture.
Ainsi coula le fil des ans,
Sous un ciel pur et grandiose ;
Je me souviens des jours plaisants.

Je cultivais chaque saison,
Le pourpre, l’or, la primerose.
Si je tombais en pâmoison,
Face au bonheur d’un jour plus rose,
C’est que l’hiver, pâle et morose,
Lâchait ses tout derniers brisants
Sur la jacinthe à peine éclose.
Je me souviens des jours plaisants.

Je dois me faire une raison
Et vivre enfin l’apothéose
D’un autre gîte en floraison,
Où l’esprit muse et se repose !
Ici le temps coule en osmose
Avec de doux refrains grisants,
Chantés par l’oiseau virtuose.
Je me souviens des jours plaisants.

Envoi

Amis qui partagez ma cause,
Éloignez-vous des feux sacrés
Quand l’âge d’or a son arthrose !
Je me souviens des jours plaisants.

Annie

La Terza Rima : Trop tard.

 

 

Sculpture de mon amie Christiana Moreau.

Trop tard

Je voulais réunir la fleur avec le fruit,
Pour en faire un bouquet de nouvelle tendresse,
Mais tu n’as su m’offrir qu’un silence et son bruit.

Mendiante d’amour, j’espérais ta caresse,
Un peu comme autrefois, lorsque j’étais enfant,
Car en ces temps bénis on ne sait la détresse.

Dans tes bras j’éprouvais un plaisir triomphant
A me faire bercer, nichée en cette osmose,
Dont j’ignorais alors le pouvoir étouffant.

Ah combien j’ai souffert de la dure ecchymose
Que ta fuite inutile a laissée en mon cœur,
Aujourd’hui tu reviens, je ne suis plus ta chose !

Ne pouvant remplacer celui dont la liqueur
Enivrait tes désirs de folles aventures,
Tu rejettes sur moi des colliers de rancœur.

Nous aurions pu, maman, dans de tendres pâtures,
Construire un autre nid, sans reproche et sans heurt,
Pour accueillir, enfin, maintes progénitures.

Hélas, je vois déjà l’éclat du jour qui meurt.

Annie

La Villanelle : Ma girouette.

 

Ma girouette

Sous l’aile d’une alouette
Passe un éclair dans les cieux,
Quelle est cette silhouette ?

On dirait une mouette,
Tant son vol est gracieux, 
Sous l’aile d’une alouette !

Quand le vent hurle et fouette,
Le nuage est sourcilleux ;
Quelle est cette silhouette ?

J’imagine une chouette
Dans mon rêve audacieux, 
Sous l’aile d’une alouette !

J’ai perdu ma girouette !
Comme Éole est vicieux !
Quelle est cette silhouette ?

Voilà que dans ma brouette
Brille un œil facétieux !
Sous l’aile d’une alouette
Quelle est cette silhouette ?

Annie

Souvenirs d’enfance.

Si vous aimez les livres et la poésie, voici un nouveau recueil édité aux éditions Stellamaris ( mon éditeur) Souvenirs d’enfance . Il regroupe les poèmes lauréats d’un concours organisé par Afropoésie au profit de l’association HELPED.

Vous y retrouverez mon écrit, Grand-mère Bretonne, ainsi que de nombreux poèmes amis ! Bravo à cette association !

 

http://editionsstellamaris.blogspot.com/2020/10/souvenirs-denfance.html

Grand-mère bretonne


Il est de ces parfums qui hantent ma mémoire,
Déroulant du passé le plus beau souvenir,
Celui de mon aïeule au pays du menhir,
De la coiffe bretonne et d’une ancienne armoire…

Quand l’âtre chantonnait les émois du matin
Le vieux meuble de chêne étirait ses jointures ;
En demeurant blottie entre mes couvertures,
J’espérais simplement que dure ce festin !

Les yeux malicieux de grand-mère l’idole
Pétillaient de sa joie à me faire plaisir,
Mon bonheur était tel qu’il me voyait rosir
Dès qu’un fumet connu lançait sa farandole !

Alors je bondissais comme un chaton malin
Avide de goûter les crêpes en dentelle
Dont la chaleur encor, tendrement maternelle,
Longtemps demeurera dans mon rêve orphelin.

Au clic-clac des sabots répondait la pendule
Égrenant chaque instant de ses doigts dégourdis
Afin de rappeler que même au paradis
Chaque minute offerte apporte sa ridule…
Annie Poirier

Le Rondeau : A la pêche aux rimes riches.

 

A la pêche aux rimes riches

J’avoue aimer la rime riche,
Et pour cela parfois je triche,
Je ruse et cueille un doux prénom
Tels que Victor ou bien Manon,
Je m’invente un voyage en Autriche !

Lorsque j’ai rempli ma bourriche,
Je sème et plante sur la friche
La nouveauté dont le chaînon
Fera peut-être mon renom !
J’avoue…

Je m’approprie un lophotriche
En évitant le sporotriche,
Mais je rajoute à mon pennon
La fourrure d’un lagotriche !
J’avoue !

Annie

En écho à mon poème, celui de mon ami Roger, très talentueux poète !

Elle est belle la rime riche
Qui ne boite pas ni ne triche
Appuyée sur une consonne
Qui la soutient, qui la façonne
Experte en musicalité
Cadence, originalité

Mais si je ne la trouve pas
Qu’une autre au moins soit suffisante
Bien à sa place dans sa strophe
Qu’elle me paraisse sympa
Qu’elle intervienne séduisante
Et m’interpelle et m’apostrophe

Que masculine ou féminine
Elle rénove, elle peaufine
Sans oublier qu’elle est sensée
Devoir exprimer ma pensée
Pauvre elle n’aura de valeur
Que parée d’une vraie couleur…


Roger