Archives de catégorie : Poèmes

Le sonnet français : L’angoisse.

L’angoisse


Celui qui ne sait pas l’angoisse et sa souffrance,
Ne peut imaginer tout l’ampleur du dégât,
Quand un passé retors, plus poisseux qu’un nougat,
Vous tient le dragée haute, allant jusqu’à l’outrance.

Vous pensiez l’avoir vu tirer sa révérence
Dans un jardin gourmand de rose ou seringat,
Ne pouvant supporter, en triste renégat,
Que l’on puisse sourire à la moindre fragrance !

Et voici qu’il revient se repaître à nouveau,
De chiendent, de soucis, de l’eau d’un caniveau,
Où votre esprit se noie en son propre mal être.

Vous avez beau vouloir repousser l’ennemi,
Il vous colle à la peau comme un timbre à sa lettre
Tandis que vous rêvez d’une note de mi…

Annie

48 èmes jeux floraux de l’Essor poétique de la Roche Sur Yon.

Un seul prix cette année aux jeux floraux de l’Essor poétique de la Roche Sur Yon mais quel prix ! 

 


Course en solitaire


Partir à dos d’écume est un pari gagnant
Pour le skipper féru de course en solitaire,
Et qui trouve en Neptune un allié régnant.

Suite à de longs adieux pour son lopin de terre,
Toutes voiles dehors, futé navigateur,
Il se tient prêt enfin à sonder le mystère !

Passé le Pot au Noir, il vise l’équateur,
Jongle avec les embruns, maîtrise les bourrasques,
D’un troupeau rugissant, il devient le dompteur !

Ne dormir que d’un œil, en rêvant de Tarasques,
Voilà quel est le sort de ce prompt chevalier,
Fiancé de la nuit qui l’invite en ses frasques.

Quand l’océan se calme, ô bonheur singulier
De savourer déjà sa première victoire :
– Être seul maître à bord à flatter son geôlier !

Poète ou baroudeur, que j’aime son histoire
Nourrissant mon esprit ivre d’émotions,
Lorsque tous les brisants changent sa trajectoire !

Traverser l’impossible et ses mille sillons
Relève de l’exploit, mais avec du courage,
L’être humain, bien souvent, renaît de passions !

Qu’il récolte la gloire ou le pire naufrage,
L’important n’est-il pas d’avoir frôlé le ciel,
Sans regretter jamais la douceur d’un ancrage,

Afin d’y revenir riche d’essentiel !
Annie

 

 

Le sonnet quinzain : Timidité.

 


Timidité


Je me souviens d’un temps où j’étais jeune et belle,
Mais ne le sachant pas, je préférais les fleurs,
Je lisais Cendrillon et je cueillais ses pleurs,
En les mêlant aux miens de naïve rebelle !

A la saison des fruits, mon teint de mirabelle,
S’éclaira d’un sourire et prit quelques couleurs,
Juste assez pour rêver de parfums enjôleurs ;
Bien trop timide encor, je n’ouvrais mon labelle !

Deux ou trois brins d’amour et voilà que soudain,
J’appris à côtoyer les roses d’un jardin,
Où la galanterie invitait à la danse…

Aujourd’hui c’est l’automne, et je traduis en vers,
Tout ce qui fait ma crainte à l’aube des hivers ;
Faudra-il désormais réduire la cadence,

Pour polir de nouveau tout l’art de la prudence ?

Annie

Stances : Promenade en bord de Sèvre.

 

 

Promenade en bord de Sèvre

La chevelure d’or des genêts éclatants
Roule sur les dos nus des rochers immuables,
Que la neuve saison, de ses longs doigts affables,
Caresse au fil des jours en gestes nonchalants.

Foisonnants, les talus, pour préparer la mûre,
Accueillent mille fleurs et les nids des oiseaux,
Tandis qu’une rainette à l’abri des roseaux,
Ajoute son refrain à l’éclat d’un murmure !

Une glycine mauve, accoudée aux vieux troncs,
Rampe en catimini pour embrasser le lierre
Qui poursuit cependant sa tâche familière :
– Assurer le confort d’invisibles plastrons.

De maints reflets d’argent, aux riches cascatelles,
La rivière qui court, applaudit le cadeau,
Et mon âme du coup s’accroche à ce radeau,
Quand les dents du moulin chahutent ses dentelles !

Annie

Le Rondel : Le sourire.

Tableau de mon amie Christiana Moreau

Le sourire


On nous a privés de sourire,
De tendresse et de gueuleton,
Voilés du nez jusqu’au menton,
Même nos mots sont à proscrire !

Quant au stylo pour les écrire,
Il vit caché dans son veston ;
On nous a privés de sourire
Et de balade en peloton !

A quand l’éclat d’un nouveau rire,
Faisant danser tout le canton,
Chanter l’espoir et Jeanneton ?
Seul le futur pourra le dire,
On nous a privés de sourire !

Annie

La Terza-rima : Dans tes yeux.

Dans tes yeux…


Dans tes yeux j’aimerais à la frange du ciel
Cueillir mille couleurs et des morceaux d’étoile
Pour les mettre en bouquets en un flux glaciel,

Celui de mon chagrin dès qu’il trempe la toile
Des songes du passé qu’enveloppe une peur,
Dormant sous l’édredon d’une lune sans voile.

Ton regard si brûlant, tel un bain de vapeur,
Ramènerait la joie au milieu d’une lice
Comme un frisson d’amour qui se voudrait trappeur !

Hypnotisée ainsi je me ferais complice
De ce désir lové dans ton clin d’œil mutin
Prolongeant à plaisir l’adorable supplice !

Puis la nuit glisserait sur ton doigt de satin
La chaleur d’un baiser au doux chant des mésanges
Que tu déposerais sur ma bouche au matin,

A l’heure où Séléné rappelle tous ses anges.

Annie

Le Blason : Au bal des hirondelles.

Au bal des hirondelles

J’avais la taille fine et la jambe gracile,
Je tenais du roseau la souplesse facile
De celle dont le poids ne gêne aucunement,
Mais j’ignorais alors tout l’art du mouvement,
Jusqu’au jour où j’appris les danses guillerettes
Qui font vibrer les cœurs et briller les mirettes !
Je regrette toujours les bras audacieux
De charmants cavaliers dont les pas gracieux
Me conduisaient ravie au milieu de la piste
Pour répondre aux appels de l’accordéoniste !
C’est dans ces moments-là que volait mon jupon,
Et que mon tendre amour prenant un air fripon,
Imaginait sans doute une douce caresse,
Son regard affichant la plus grande tendresse.
Et les yeux dans les yeux et la main dans la main,
Aujourd’hui nous voici presque au bout du chemin ;
Et même si je ne suis pas encor balourde,
La taille est plus épaisse et la jambe plus lourde !
Mon amant de printemps, devenu mon mari,
Jamais ne souffrira d’aucun charivari,
Et si nous préférons le bal des hirondelles
C’est qu’il est le garant des amoureux fidèles !

Annie

Le sonnet français : Au banquet du printemps.

Merci à mon amie Maria pour cette très belle mise en page.

Au banquet du printemps

Le saule a ses cheveux et le bourgeon s’éclate,
Le printemps de nouveau fait rire le bosquet,
Tous les oiseaux du ciel raniment leur caquet,
Dans un monde en éveil qui fringote ou blablate !

On se met à rêver d’une rose écarlate,
D’arums majestueux, de l’œillet si coquet
Qu’il offre son parfum à l’éternel banquet
De la neuve saison qui tendrement le flatte !

Qu’il chante ou se pavane, on aime le coucou,
Et le bonheur revient nous tendre son licou
Avant de nous livrer des milliers de clochettes !

Dans le ciel azurin, tels des accroche-cœurs,
Les martinets gourmands sortent de leurs cachettes,
Et chacun d’applaudir entremets et liqueurs !

Annie

La Villanelle : L’art de la plume.

Merci à  Maria pour sa très belle mise en page !

L’art de la plume


J’ai cultivé l’art de la plume,
Ignorant tout de son pouvoir,
Comme il est droit face à l’enclume !

De bon matin l’aube s’allume,
Je me sens prête à me mouvoir ;
J’ai cultivé l’art de la plume.

J’attrape au vol un grand volume,
Gonflé de mots et d’un savoir,
Comme il est droit face à l’enclume !

Mon regard fuit le vieux bitume,
S’attache aux ris d’un abreuvoir,
J’ai cultivé l’art de la plume.

J’en cueille l’or et puis sa glume
Pour enchanter mon réservoir,
Comme il est droit face à l’enclume !

Voilà comment tout se parfume,
Même l’eau glauque et son lavoir ;
J’ai cultivé l’art de la plume,
Comme il est droit face à l’enclume !

Annie

Le sonnet marotique : Nettoyage par le vide.

Nettoyage par le vide

Voilà que rejaillit en trois coups de chiffon
Tout ce qui fut ma vie avant que d’être élue,
Poétesse d’un jour, complimentée et lue,
Par quelques doux rêveurs de mouches au plafond !

Mon passé qui dormait, blotti dans un siphon,
Décide tout à coup, telle une ombre velue,
De quitter brusquement la poutre vermoulue,
Où le temps poussiéreux se fige et se morfond !

Objets inanimés qui dorlotez votre âme,
Vous trouverez la mienne au cœur d’un épigramme,
Car c’est là qu’elle puise et force et Triolets !

Entre deux souvenirs mon cœur est en balance,
Que vais-je donc choisir parmi cette opulence
Pour revoir de nouveau danser mes feux follets !

Annie