Archives de catégorie : Poèmes

Le Rondeau parfait : Le verger de la France.

BLOG EN PAUSE

Le verger de la France

Quand l’horizon s’étire en vallons cotonneux
Mon regard cherche encor d’un vieux moulin les ailes ;
J’ai le cœur qui bat fort, serait-il amoureux
De cet endroit magique aux senteurs de prunelles ?

Il y fait chaud l’été, jusque sous les tonnelles 
Où s’accroche la vigne à de vieux troncs noueux
M’invitant à penser que les heures sont belles 
Quand l’horizon s’étire en vallons cotonneux !

A leur dieu tout là-haut brûlant de mille feux
Sourient les tournesols dans leurs jaunes dentelles ;
Accompagnant les ris – éclats majestueux –
Mon regard cherche encor d’un vieux moulin les ailes.

Défilent les vergers, pleines sont leurs mamelles
Du sirop de leurs fruits ; oh rien n’est plus fameux
Que ce péché de chair au goût de mirabelles !
J’ai le cœur qui bat fort, serait-il amoureux ?

Et dans les champs dorés les blés sont en cheveux,
Frissonnent de plaisir tant que les alumelles
N’arrivent pour tailler les toupets généreux
De cet endroit magique aux senteurs de prunelles.

J’aime de ce pays toutes les étincelles
Que le soleil ravi lance du haut des cieux,
Pour les fondre au sommet des neiges éternelles
A tel point qu’aujourd’hui je referme les yeux
Quand l’horizon s’étire…

Annie








Le Doucet : rêve de paladin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau de Michel Doucet, poète, auteur de ce délicat tableau et inventeur de cette forme de poésie.

Rêve de paladin

Que j’aime à découvrir derrière les clôtures
L’intimité de lieux que je ne connais pas !
Est-ce donc mon instinct qui guide ainsi mes pas
Me conduisant ravie au fil des aventures ?

Pénétrer du regard le fouillis d’un jardin,
Afin d’y déceler de futures boutures,
Suffit à mon plaisir d’étrange paladin !

J’adopte le lézard qui file sous la treille,
Et caresse le chat endormi sur un banc.

Tandis qu’un chant joyeux me fait dresser l’oreille,

Je sens comme un parfum proche de l’oliban
Que dégage une rose à nulle autre pareille…

Et si par pur bonheur je découvre soudain
Un univers peuplé d’étranges créatures
Je m’invite aussitôt tel un nain de jardin !

Quand l’esprit bien nourri de toutes ces moutures
Décide de quitter les délicats appas
De cet endroit magique aux couleurs de lampas,
C’est qu’il a pour projet des rencontres futures !

Annie

Le sonnet à écho : A toi Flormed.

 

 

A toi Flormed

Aujourd’hui je te lis cher poète au grand cœur
Afin de partager tous les pleurs de ton âme ;
La mienne est aux abois, bien souvent te réclame,
Je me noie en tes vers et leur douce liqueur…

Il me faut en finir avec cette rancœur
Qui me fait regretter la fin d’une famille
N’ayant connu, hélas, qu’un morceau de ramille ;
Je me noie en tes vers et leur douce liqueur…

Crois-tu que nous pourrions chanter tous deux en chœur,
Après avoir tant bu dans la coupe trop pleine
D’une dure existence à la mauvaise haleine ?
Je me noie en tes vers et leur douce liqueur…

Aujourd’hui je te lis cher poète au grand cœur,
Je me noie en tes vers et leur douce liqueur…

Annie

Et voici en écho à mon sonnet, un bout rimé de mon maître et ami Flormed, que je remercie de tout cœur !

Le piot des rimes

Nous avons le piot* des rimes dans le cœur,
Notre plume abreuvée au flot des pleurs de l’âme.
Érato, de là-haut, le vin des vers réclame,
Ne trouvant son ivresse en nulle autre liqueur

En son palais, jamais ne germe la rancœur,
Azur où le soleil est l’esprit de famille
Sous l’œil d’un ange soûl aux ailes en ramille ;
Ne trouvant son ivresse en nulle autre liqueur.

N’avons-nous pas chanté l’hymne sacrée en chœur,
Sous les regards si doux de Séléné, si pleine
De grâce, qui vidait cent godets d’une haleine
Ne trouvant son ivresse en nulle autre liqueur.

Nous avons le piot des rimes dans le cœur.
Ne trouvant son ivresse en nulle autre liqueur.


M. Zeid

Piot : boisson, vin

Le sonnet français : Mots pour maux.

MERCI  Maria pour cette sublime mise en page !

Mots pour des maux

Poésie, ô mon âme ! ô ma douce amertume !
Si je prise ton art, c’est au nom de ce pleur,
Que je verse aujourd’hui pour calmer la douleur
Se vêtant de nouveau d’un minable costume.

Appeler au secours cela n’est pas coutume ;
Dans mon simple univers j’ai pour seule valeur
Un silence troublé par un merle siffleur
Dont le chant bienvenu calme mon apostume.

Puisque le monde est sourd, à quoi sert de crier ?
Mieux vaut tremper sa plume au fond de l’encrier
Pour y puiser des mots que le ciel peut entendre.

Quand le temps reviendra de dresser le couvert,
Avec si peu d’amis, il faudra bien comprendre
Que mon désir sera d’aller me mettre au vert !

Annie

 

 

 

 

 

Le fatras : Encore y croire.

 

 

Encore y croire.

J’aimerais bien encore y croire
Quand je m’évade au firmament.

J’aimerais bien encore y croire,
Puiser dans cette nuit si noire
Un minuscule effleurement,
Un cœur qui bat de son histoire.
Je pensais le ciel exutoire
Mais je n’y lis que du tourment,
Je m’accroche au seul filament
Qui me relie à ta mémoire
Mais qui s’efface doucement.
Ma quête n’est pas dérisoire
Quand je m’évade au firmament.

Quand je m’évade au firmament,
J’aimerais bien encore y croire.

Quand je m’évade au firmament,
Il suffirait pour un moment,
De me bercer dans l’illusoire :
Apercevoir ce diamant,
Qui brille encore de ton serment .
C’est moi qui suis au purgatoire,
J’aimerais tant dans ton ciboire
Y rajouter mon pleurement,
Puis retrouver mon écritoire ;
Pour un moins triste testament 
J’aimerais bien encore y croire .

Annie

Le sonnet français : Les parfums du passé.

Les parfums du passé

Les senteurs du passé chatouillent ma mémoire,
Réveillent mon printemps, devenu si lointain,
Qu’il aime à s’endormir dans la touffeur du thym
Pour renaître à nouveau dans les bras d’une armoire.

Un parfum de lavande, à la robe de moire,
Rejaillit tout à coup, tel un rire enfantin
Laisse éclater sa joie aux portes d’un matin
Qui ravaude la nuit les pages d’un grimoire.

Le café qui s’égoutte, au charme ensorceleur,
Me renvoie aussitôt à cette Chandeleur
Faisant sauter la crêpe en campagne bretonne !

La pêche et le melon, la figue ou l’abricot,
Embaument ma demeure où parfois je m’étonne
De voir déjà l’hiver face au coquelicot !

Annie

La Courante : Malchance.

Malchance

Mais où sont les parents, les amis, la famille ?
Je les compte aujourd’hui sur les doigts d’une main…
Je vois que tout se fane entre lys et jasmin,
Même le souvenir tremble sur sa ramille.
Qu’ils étaient bons les jours des étés prometteurs,
Dès que le mois de juin m’apportait ses délices.
Suis-je sourde à vos cris, habiles séducteurs,
Papillons de velours, libellules complices ?

Pourquoi toujours punir celle qui de tout temps
Voulait concilier le ciel avec la terre ?
A quoi bon tout ceci, carême et vie austère
Sans pouvoir s’octroyer le droit à ses printemps ?
Honte à ce monde qui vous laisse en bord de route
Quand un peu moins de chance ouvre un filet suspect
Pour vous prendre à ce piège aux senteurs de baroute :
Payer toujours payer, seule issue au respect ! 

Annie

Le sonnet marotique : Fin de vie.

 

Fin de vie

Au feu de la Saint Jean tu n’iras plus rêver
Que le monde est à toi, que la vie est bohème,
Et voici que mes mots tremblent dans mon poème,
Aurai-je bien le temps de pouvoir l’achever ?

Ton corps devenu vieux peine à se soulever,
Il est pourtant moins lourd qu’un ris de chrysanthème
Que l’hiver abandonne en ce matin trop blême,
Me prouvant aujourd’hui que tout va s’aggraver…

Adieu les jours heureux, les tristes, les querelles !
Nous voici face à face avec tes aquarelles,
Reflets de tes étés en doux pays Gascon…

Le bonheur était là tout près de ces collines,
Mais tu cherchas ailleurs d’autres fleurs plus câlines
Tandis que j’arrosais celles de mon balcon…

Annie

Le sonnet français : Chagrin coupable.

 

Chagrin coupable

Quand le chagrin vous mine et vous ôte la force,
Mettez lui donc un masque en forme de fierté,
Vous risqueriez sinon de provoquer l’entorse
Au règlement du banc de la société !

Rongez votre colère en dessous de l’écorce
Mais levez bien le doigt en buvant votre thé
Si vous ne voulez pas que le climat se corse
A cause de votre air ruminant l’âpreté…

Et si la blague est bonne, accordez un sourire
A tous ces gens heureux qui n’aiment du martyre
Que le marbre figé dans le cœur d’un lieu saint…

Buvez votre amertume en trinquant tout de même,
Vous offrirez vos pleurs à votre traversin
Qui vous attend le soir pour vous dire, je t’aime !

Annie