Archives de catégorie : Poèmes

Le sonnet marotique : Souvenirs.

Souvenirs

Les yeux sur l’horizon, j’ai l’âme vagabonde,
Je me revois si jeune, entre lys et jasmin,
Pédaler à tout va jusqu’au bout d’un chemin
Sur lequel l’avenir m’étalait sa faconde !

Moi qui croyais encore en la beauté du monde
Bien loin d’imaginer ce que serait demain,
Je rêvais d’un amour qui d’un franc baisemain
M’inviterait le soir pour une tendre ronde !

Forte de songes fous, je poussais l’aventure,
Toujours un peu plus loin de la rose toiture
Qui me garantissait le gîte et son envers !

Désormais chaque jour chante mélancolie,
Ma liberté n’est plus qu’une fleur d’ancolie
Qui, noyant son chagrin, s’offre un tout denier vers !

Annie

La petite Balladette : Charité facile.

Charité facile

Tous les oiseaux ont bien chanté,
Je bénis mon jardin hanté
Par cette foule très étrange :
Un rouge-gorge ensanglanté,
Un doux pinson désargenté,
Le merle noir que tout dérange !

Je cueille alors mille chansons
Qui, chatouillant fleurs et buissons,
Me font sourire de tendresse !
J’oublie un peu mes chauds frissons
Pour mieux servir ces polissons
Dès qu’ils étendent leur détresse !

Dans cet univers enchanté,
Comprenez donc mon allégresse
A faire don de charité !

Annie

Le Maillet : Les mots.

 

Les mots


Flirter avec les mots pour enrichir la prose,
S’accrocher à toujours qui rime avec amour,
En caressant madame et son esprit glamour,
Pour oublier chagrin car il est trop morose.

Cueillir le mimosa qui fleurit au jardin,
Flirter avec les mots pour enrichir la prose,
Respirer le parfum que nous offre la rose,
Pour chasser le cafard qui n’est pas anodin.

Se lover dans un lit, dans ses draps de satin,
En berçant la paresse et sa dentelle rose ,
Flirter avec les mots pour enrichir la prose,
Essuyer la tristesse et sa glace sans tain.

Cultiver le bonheur, arrachant la névrose,
Pour croquer la douceur dans un morceau de fruit,
Accueillir l’oiseau bleu pour adoucir le bruit,
Flirter avec les mots pour enrichir la prose.

Annie

Le sonnet français : Le ridicule ne tue pas.

 

Le ridicule ne tue pas


J’ai cueilli quelques mots pour en faire un poème,
L’un d’eux s’est échappé, causant mon désarroi,
Pour lui j’avais rêvé d’une place de roi
Entre deux vers luisant d’un éclat de bohème !

Mais dès que le paon d’or me parle de noème,
En guise de Pégase, à dos de palefroi,
Au pays de la rime et de son grand arroi,
Je galope aussitôt en quête d’un phonème !

Vais-je accomplir mon vœu de plus de cent sonnets 
Afin qu’une couronne en guise de harnais
Élève au plus haut rang ma plume qui bascule ?

Mais comment donc conclure un écrit sans valeur
Qui, tel un merle en gris, frisant le ridicule
Affecte un air hautain en vantant sa couleur !


Annie

Le sonnet à rebours : Changement d’horizon.

Changement d’ horizon 

Je loge au pied d’un mur abritant des mésanges
Qui viennent éblouir mon regard éperdu,
N’ayant pour rêvasser que des toits en losanges !

Ô nouvel horizon ! sous les cieux suspendu,
Mais comment désormais accepter ce mensonge,
Croire en un paradis sur le dos d’un vieux songe ?

Pas un seul bruit pourtant ne trouble l’univers
Où nous avons à deux installé nos pénates,
Sachant que près de là valsent les odonates,
Quand la belle saison fait chanter ses revers…

En m’installant ici j’ai compté mes hivers,
Au lieu d’imaginer qu’aux prochaines sonates,
Les nymphes du printemps en déroulant leurs nattes
Viendront à ma fontaine y pêcher quelques vers !

Annie

Le sonnet espagnol : Raconte-moi Noël !

Raconte-moi Noël !

Pour raconter Noël, il suffit d’un crayon,
De quelques blonds fétus, de la plume d’un ange,
D’une femme à genoux à la voix de mésange
Qui serre sur son cœur, d’un doux fruit, l’oreillon,

De moutons dans le ciel, tous pendus au trayon
D’un astre plus goûteux que le jus d’une orange,
Déposée au matin à l’abri d’une grange,
Où le soleil tardif vient planter son rayon,

D’une branche de houx, de bonbons de guimauve,
D’un beau sapin tout vert où s’endort un chausson
Oubliant, pour un soir, tous les secrets d’alcôve !

C’est le clair gazouillis d’un nouvel enfançon,
Pour qu’éclate la fête avant que ne se sauve
A minuit, en douceur, la divine chanson !

Annie

Le Zégel Marocain : Soleil de décembre.

 

 

 

Soleil de décembre

Un soleil de décembre a doré ma palette
Qui, lasse de grisaille, ajustant sa voilette
En signe de grand deuil, pleurait la violette,
L’hirondelle jolie et le joyeux pinson.

J’ai plongé mon esprit dans ce rai de lumière
Pour éclairer les murs de ma tendre chaumière
Tout en rêvant d’amour et de rose trémière ;
Le silence riait en sifflant sa chanson !

C’est à ce moment-là qu’une muse aquarelle
Me souffla quelques vers, dont la rime si frêle,
Caressa mon matin d’un vol de tourterelle
En déposant sa plume en haut de mon buisson !

Tendrement j’ai cueilli cette offrande divine,
Afin de la plonger dans l’aube qui ravine
Entre les pans d’un jour aux éclats d’olivine,
Puis j’ai repris espoir sans crainte et sans frisson !

Annie

Le Zégel : Il neige.

Il neige

Il a neigé sur mon jardin !
Est-ce l’hiver et son gourdin
Qui décida comme un gredin
De secouer son ankylose ?

Il semblerait que les flocons
Se soient lassés de leurs cocons ;
En se penchant à leurs balcons
Ont préféré fêter ventôse !

Les voyez-vous valser au vent ?
Comme nonnes en leur couvent,
Vierges encor, c’est émouvant,
Riant de leur métamorphose !

Les innocents ne savent pas
Que pour bientôt marchant au pas,
Seul les attend un dur trépas
Pressé de voir fleurir la rose !

Annie

Le sonnet marotique : Après le foot la femme !

 
 
Après le foot, la femme !
 
Quand le monde se meut autour d’un grand sujet
Ne s’agit-il de foot, dont la ligne de mire
Le classe en tout premier, tandis que l’on admire
La force masculine en son habile jet ?
 
Si je place en second celle qui fait l’objet
De l’œil concupiscent lorgnant son cachemire
C’est que l’expérience en matière de myrrhe
M’autorise à sourire en rognant mon budget !
 
« La femme est un trésor que l’homme ne conteste
Mais pourquoi faut-il donc que le manant la teste ? »
Avais-je écrit un jour à l’ancre de mon cœur… *
 
A lire du Ronsard, j’ai l’âme bien naïve,
Car pour les jeux pervers je demeure rétive,
Et je bois de l’amour dans un verre à liqueur !
 
Annie Poirier
 
* A l’ancre de mon cœur » ,est mon premier recueil de poésie classique.

Le sonnet marotique : Paroles de silence.

 

Paroles de silence

En buvant du silence en face de moi-même,
J’avale chaque bruit qui croque sous la dent
D’un soleil réveillé par le désir ardent
D’une lune pâlotte à force de carême.

L’ombre d’une lumière, en cristal de Bohême,
Glisse sur ma mémoire, et son rêve obsédant
Creuse dans le puits sec d’un livre redondant
D’où ne jaillit jamais la perle d’un poème.

La frange de la nuit, en balayant les cieux,
Secoue une poussière en gestes gracieux
Telle une bonne fée au seuil de sa chaumière.

La plume d’un instant, au bord d’un encrier,
Lasse de ne servir qu’à l’encre d’un courrier
S’envole dans le cœur d’une rose trémière…

Annie