Article sur le Mortagnais : « Annie Poirier, poétesse classique passionnée. »

 
Suite à l’incendie  de Strasbourg je viens juste de récupérer mon serveur.  Merci à tous pour vos passages amicaux, je suis bien désolée de ce retard, le principal étant que je puisse retrouver ce blog !

 

Un grand merci à Madame Suptille, chargée de la communication de ma jolie commune,  pour avoir publié cet article élogieux sur ma passion de la poésie classique !

 

Le sonnet irrégulier : Les caprices des saisons.

Les caprices des saisons

Des fleurs sur ma fenêtre et du soleil enfin,
Est-ce donc le printemps qui s’est trompé d’horloge ?
S’attablant au jardin pour apaiser sa faim
Il taquine l’hiver et même le déloge !

L’automne en sa saison fut bien le plus gourmand,
Depuis l’heure d’été, pleurant de son déluge,
Il avait dévoré jusqu’au moindre gourmand,
Et privé de dessert le bonhomme et la luge.

Sur les pas japonais s’étale le gazon,
Faut-il déjà tailler dans l’épaisse toison
Afin d’apercevoir un ris de pâquerette ?

Le crocus s’est montré depuis belle lurette
A la douce pensée au grand cœur généreux,
Savourant un silence en son rêve amoureux…

Annie

Le sonnet espagnol : Rossignol du matin.

 

 

Rossignol du matin

Qu’importe la froidure ou l’actualité,
Rossignol du matin m’offre sa sérénade,
Je déguste son chant, telle une limonade
Désaltère ma soif de musicalité !

J’oublie alors d’un coup toute brutalité,
Mon esprit frétillant, du cœur de sa manade,
Laisse éclater sa joie et d’une talonnade
Fait tinter les grelots de ma vitalité !

La nature engourdie entrouvre une paupière,
Dès que la tourterelle amorce son refrain,
Tandis qu’une jacinthe ourle enfin sa guêpière.

Envolés les soucis, les cris et le chagrin,
J’imagine déjà, caché dessous la pierre,
Le grillon prisonnier de mon alexandrin !

Annie

Le sonnet français : Jour après jour.

 


Jour après jour…


Un nouveau jour encor va mourir dans l’espace
En cueillant au passage un rai de diamant
Pour offrir à la lune, ô précieux amant !
Un brin de souvenir avant qu’il ne trépasse.

Un autre le suivra se glissant dans l’impasse
Qui mène à l’inconnu du rouge firmament ;
C’est là que le Berger, d’un pur enchantement,
Protège son troupeau des serres d’un rapace.

Chaque ange de la nuit ouvre son coffre-fort
Pour y ranger l’amour récolté dans l’effort
Par les petites mains d’ouvrières nocturnes ;

Mais dès que le soleil étale ses rayons,
Tout un peuple à l’affût rechausse ses cothurnes
Pour colorer l’azur de ses plus doux crayons…

Annie

Le sonnet lozérien : Tôt le matin.


Tôt le matin

Sur le tableau du ciel, immuable farceur,
Comme à l’accoutumée
Je pose mon regard dans l’aube parfumée
En quête de douceur.

Pas un nuage en vue, aucun oiseau valseur,
Pas même la plumée
D’un ange qui s’enfuit du cœur d’une ramée,
Pour mon œil rêvasseur !

Je retrouve aussitôt mon encre bien-aimée
Et son refrain berceur,
En occultant la nue encore inanimée.

Quand un chant précurseur,
Annonce tout à coup d’une voix enflammée :
« Adieu triste noirceur ! »

Annie

Le sonnet marotique : Souvenirs.

Souvenirs

Les yeux sur l’horizon, j’ai l’âme vagabonde,
Je me revois si jeune, entre lys et jasmin,
Pédaler à tout va jusqu’au bout d’un chemin
Sur lequel l’avenir m’étalait sa faconde !

Moi qui croyais encore en la beauté du monde
Bien loin d’imaginer ce que serait demain,
Je rêvais d’un amour qui d’un franc baisemain
M’inviterait le soir pour une tendre ronde !

Forte de songes fous, je poussais l’aventure,
Toujours un peu plus loin de la rose toiture
Qui me garantissait le gîte et son envers !

Désormais chaque jour chante mélancolie,
Ma liberté n’est plus qu’une fleur d’ancolie
Qui, noyant son chagrin, s’offre un tout denier vers !

Annie

La petite Balladette : Charité facile.

Charité facile

Tous les oiseaux ont bien chanté,
Je bénis mon jardin hanté
Par cette foule très étrange :
Un rouge-gorge ensanglanté,
Un doux pinson désargenté,
Le merle noir que tout dérange !

Je cueille alors mille chansons
Qui, chatouillant fleurs et buissons,
Me font sourire de tendresse !
J’oublie un peu mes chauds frissons
Pour mieux servir ces polissons
Dès qu’ils étendent leur détresse !

Dans cet univers enchanté,
Comprenez donc mon allégresse
A faire don de charité !

Annie

Le Maillet : Les mots.

 

Les mots


Flirter avec les mots pour enrichir la prose,
S’accrocher à toujours qui rime avec amour,
En caressant madame et son esprit glamour,
Pour oublier chagrin car il est trop morose.

Cueillir le mimosa qui fleurit au jardin,
Flirter avec les mots pour enrichir la prose,
Respirer le parfum que nous offre la rose,
Pour chasser le cafard qui n’est pas anodin.

Se lover dans un lit, dans ses draps de satin,
En berçant la paresse et sa dentelle rose ,
Flirter avec les mots pour enrichir la prose,
Essuyer la tristesse et sa glace sans tain.

Cultiver le bonheur, arrachant la névrose,
Pour croquer la douceur dans un morceau de fruit,
Accueillir l’oiseau bleu pour adoucir le bruit,
Flirter avec les mots pour enrichir la prose.

Annie

Le sonnet français : Le ridicule ne tue pas.

 

Le ridicule ne tue pas


J’ai cueilli quelques mots pour en faire un poème,
L’un d’eux s’est échappé, causant mon désarroi,
Pour lui j’avais rêvé d’une place de roi
Entre deux vers luisant d’un éclat de bohème !

Mais dès que le paon d’or me parle de noème,
En guise de Pégase, à dos de palefroi,
Au pays de la rime et de son grand arroi,
Je galope aussitôt en quête d’un phonème !

Vais-je accomplir mon vœu de plus de cent sonnets 
Afin qu’une couronne en guise de harnais
Élève au plus haut rang ma plume qui bascule ?

Mais comment donc conclure un écrit sans valeur
Qui, tel un merle en gris, frisant le ridicule
Affecte un air hautain en vantant sa couleur !


Annie

Le sonnet à rebours : Changement d’horizon.

Changement d’ horizon 

Je loge au pied d’un mur abritant des mésanges
Qui viennent éblouir mon regard éperdu,
N’ayant pour rêvasser que des toits en losanges !

Ô nouvel horizon ! sous les cieux suspendu,
Mais comment désormais accepter ce mensonge,
Croire en un paradis sur le dos d’un vieux songe ?

Pas un seul bruit pourtant ne trouble l’univers
Où nous avons à deux installé nos pénates,
Sachant que près de là valsent les odonates,
Quand la belle saison fait chanter ses revers…

En m’installant ici j’ai compté mes hivers,
Au lieu d’imaginer qu’aux prochaines sonates,
Les nymphes du printemps en déroulant leurs nattes
Viendront à ma fontaine y pêcher quelques vers !

Annie